Leçon 8. Mondialisation et changements dans la conception des cultures

Les grandes orientations culturelles
Cours de formation à l’interculturel

Encyclopédie sonore des Universités, Université de PARIS X - Nanterre

I. Les problématiques (suite et fin)
Mondialisations et mutations dans la pratique et la pensée des cultures

Leçon 8. Mondialisation et changements dans la conception des cultures

Dans les évolutions récentes, les transformations spatio-temporelles ont été les plus remarquables. Le déplacement des biens, des services et des personnes s’est trouvé grandement facilité. Dans le domaine des traitements et des transmissions de message, les vitesses de communication sont telles qu’on est en présence d’une quasi-instantanéité.

 

Ce qui est, par contre, moins visible c’est que cette co-présence à elle-même de l’humanité dans l’actualité lui révèle l’hétérogénéité des sociétés qui la compose et leur profonde hétérochronie culturelle. Même si tous les humains, actuellement présents sur la terre, pouvaient théoriquement, sinon techniquement, échanger des messages, communiqueraient-ils vraiment pour autant ? Non, car ils viennent en réalité, d’univers géohistoriques et géopolitiques si considérablement différents que cette communication est en fait irréalisable au plan des contenus et de leurs sens.

 

Il en est ainsi d’une communication entre un juge d’un tribunal français et une femme malienne de la banlieue parisienne. Comme elle vient de faire procéder à l’excision de sa fillette – rite qui, dans sa culture, commande l’accès au statut de femme adulte, à marier – elle se voit, au nom de la loi française, accusée de complicité de mutilation sexuelle. Ou encore, il ne peut y avoir de communication entre l’Imam Khomeiny et Salman Rushdie dès lors que le premier s’est cru culturellement et stratégiquement obligé d’énoncer un verdict de condamnation à mort de l’écrivain en tant qu’il juge ses écrits sacrilèges.

 

Pour signifier des impossibilités semblables, le philosophe français J-F. Lyotard a employé le terme de “différend”. Un différend résulte de la mise en oeuvre de genres de discours qui ne peuvent que s’opposer sans jamais pouvoir se composer (1). Les problèmes ne se situent pas seulement au plan interpersonnel mais à tous les niveaux. Les cultures continuent à être globalement dans des dynamiques différentes d’évolution. En raison de leurs trajets antérieurs différents, elles ne vivent pas les situations nouvelles de la même façon. Les stratégies opposées qui en résultent peuvent, à un moment donné, conduire à des violences extrêmes, voire même au génocide. Dès lors, nous pouvons dire, en paraphrasant Paul Valéry : “Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes criminelles”. Cependant, cette coexistence, toujours problématique, peut aussi devenir plus évolutive et plus inventive. Un exemple comme celui de l’évolution actuelle de l’Afrique du sud peut nous en convaincre.

A partir de cette plus grande visibilité des cultures, de leurs différences et de leurs différends, nous sommes conduit à reconsidérer les conceptions passéistes et passives des cultures. Celles-ci ne sont pas seulement des produits du passé en voie de disparition. Elles apparaissent enfin pour ce qu’elles ont toujours été : des matrices stratégiques d’action et de pensée qui se testent en fonction des contraintes nouvelles. Les cultures sont en fait de véritables armes dans la lutte interculturelle mondiale. Nous savons aujourd’hui qu’une bataille, une guerre ne se gagnent pas seulement au plan militaire mais aussi à partir d’une maîtrise des images médiatiques. Ce qui vaut pour les médias vaut plus encore pour les cultures. Les rivalités et les concurrences en cours dans la mondialisation ne se développent pas hors cultures mais sur des bases culturelles, même si les stratégies qui s’en inspirent les modifient voire les réinventent.

 

Hier, nous vivions dans un univers où notre culture était dominante. La connaissance scientifique y était pour quelque chose mais nous la prenions comme une perspective objective et neutre. Elle servait ainsi à nous justifier et à nous innocenter.

 

Aujourd’hui, nous voyons bien que la culture et la science en particulier sont des bases pour les concurrences des sociétés. Nous voyons clairement que les sociétés doivent toutes continuer à s’inventer ensemble et elles ne peuvent le faire qu’en décidant constamment dans quelle mesure elles choisissent de se concurrencer et dans quelle mesure elles choisissent de coopérer. Elles le font à partir de leurs situations spécifiques mais aussi à partir des situations mondialisées où elles sont maintenant englobées. Elles peuvent concrètement et abstraitement, inventer de multiples tactiques et stratégies qui deviendront, à leur tour, si elles réussissent, de nouvelles matrices culturelles. La vision passéiste et réifiante, encore habituelle concernant les cultures, les travestit en ignorant leur fonction de régulation souvent adaptative et leur dynamique inventive. Une culture vit tout ensemble à travers ses stratégies et ses formations nouvelles comme à travers ses formations antérieures. Nous allons maintenant préciser les principaux changements de conception des cultures qui constituent la mondialisation interculturelle.

Le point essentiel dans cet énoncé c’est que toute activité humaine est susceptible de produire de la culture. Il n’y a donc pas le culturel, rubrique en pages finales de nos journaux et qui traite en réalité de l’informationnel scientifique, technique, esthétique, ludique et sportif. Le culturel est là, tout autant sinon plus encore, quand on parle d’économie et de politique. Cela devrait être une évidence si elle n’était pas recouverte par une idéologie de l’action stratégique qui se veut et se croit toute puissante. Tous les jours, nos informations décrivent des stratégies politiques ou économiques comme si elles venaient à tout moment d’être inventées par leurs protagonistes transformés en grands ou petits stratèges. Tout est censé se dérouler dans un univers stratégique dont nous ne sortons pas. Comme si les stratèges partaient de zéro et inventaient tout à chaud. Hier, quand les occidentaux étaient enfermés dans leur culture dominante, ils pouvaient se croire les tout-puissants inventeurs de stratégies sans cesse nouvelles et qui devenaient de facto, puis de jure, culture et civilisation. Le culturel était bien vécu comme simple produit des stratégies. Mais spontanément, les stratégies n’étaient pas vraiment pensées comme produites aussi par les cultures. On a cependant fini par voir qu’une stratégie, comme par exemple le communisme, était devenue bien différente selon qu’elle se développait à Londres, Paris, Berlin, Rome, Moscou, Pékin, Varsovie, Prague, Belgrade ou Hanoi. Une stratégie opposée, comme par exemple le capitalisme, ne devenait pas non plus la même quand elle se développait à Washington, Londres, Paris, Oslo, Bonn, New-Delhi, Johannesburg, Tokyo ou encore Shanghai. Notre vision est faussée si elle s’arrête seulement sur les résultats d’une actualité limitée dans le temps. Nous pouvons diagnostiquer des éléments d’homogénéisation, d’uniformisation. Mais ce n’est en aucun cas une raison pour ne définir l’avenir qu’à travers leur généralisation et leur prolongation. Des reprises de diversification peuvent être au même moment déjà présentes mais pas encore visibles. Unification et diversification sont sans cesse à l’oeuvre à travers la dynamique d’ensemble des stratégies et des cultures. Comme cette dynamique est présente dans tous les domaines, la culture comme unification et diversification est partout en cours de production.

 

Que le culturel concerne tous les secteurs c’est là une vérité de connaissance mais c’est là aussi une conquête fondamentale dans l’ordre de l’exigence éthique. En effet cela veut dire qu’il peut partout y avoir culture ou inculture. Et donc aussi dans le religieux, le politique et l’économique. Aucun de ces secteurs ne peut se dire comme il le voudrait pure stratégie et comme telle innocente, pur fait à l’abri de tout droit et de toute éthique. La raison d’Etat a voulu cela et aujourd’hui la raison économique récidive.

 

Mais qu’est-ce qui échappe au culturel ? Beaucoup : toutes les conduites ponctuelles, incertaines, produites au hasard, désordonnées, voire pathologiques. Le caractère culturel d’une conduite ou d’un produit, à un moment donné, n’est pas toujours évident. Il y a là une problématique qu’au besoin il convient de laisser ouverte. Disons cependant que l’on peut penser culturel d’abord ce qui est sélectionné pour être privilégié et transmis. Mais dès lors que ces conditions, d’ailleurs très exigeantes sont remplies, nous sommes en présence de culture, même cela va de soi, s’il s’agit de conduites qui de notre point de vue culturel, devraient être écartées de la culture. Revenons toujours à “cultura”. C’est le “travail”, mental et pratique, qui signe la culture.

 

Ce changement conceptuel fondateur qui fait de la culture une part de tout secteur d’activité humaine, est lié aux autres changements et en particulier au rejet d’une conception de la culture comme simple produit du passé. Tel est le point fondamental jusqu’ici constamment occulté. La culture est présente et aussi en genèse dans tous les secteurs d’activité humaine et à tous les niveaux d’extension, de l’individu à l’humanité entière.

Dans le secteur dominant de l’économique (commerce international et management dans les multinationales), on est tributaire d’une temporalité courte et d’une recherche immédiate d’efficacité. Celle-ci est en partie responsable du clivage sommaire déjà souligné entre, d’une part, “cultures = passé = obstacles” et, d’autre part, “stratégies = actualité = remèdes et inventions”. Les problèmes culturels et interculturels sont de ce fait peu abordés sous l’angle du devenir à long terme.

 

Cependant, la longueur de la crise globale et la diversité de ses expressions successives selon les pays, ont contribué à une optique plus reliante dans l’espace et le temps terrestres humains. On a commencé à prendre en compte les échecs des deux tentatives opposées d’explication. Les unes “culturalistes” : ce sont les cultures comme engendrées dans le passé mais toujours présentes qui sont déterminantes. Les autres “actualistes” : ce sont les stratégies actuelles qui sont déterminantes.

 

Si ce double échec était mieux reconnu, il y aurait alors des possibilités pour poser les questions culturelles et interculturelles comme ensemble complexe d’interactions dont le devenir ne se laisse pas facilement traité.

 

Par exemple : quelles peuvent bien être, pour la genèse culturelle en cours, les conséquences de conduites économiques et informationnelles nouvelles liées aux organisations et institutions telles que Grandes banques et bourses nationales, Banque mondiale, Fonds monétaire international, O.N.U., Unesco, Organisation du commerce mondial, O.N.G, etc. ?

 

Or, d’une part, un tel devenir, nous venons d’y insister, a opéré et opère à partir de l’ensemble des activités humaines : religieuses, politiques, économiques, éthiques, scientifiques, artistiques ou techniques.

 

D’autre part, ces activités sont en même temps enracinées dans des passés multiples et différents, dans des présents non moins variables et dans des perspectives d’avenir tout aussi dissemblables. Chaque culture d’un pays intègre ou cherche à intégrer, comme elle le peut, sa propre dynamique complexe liée à celle de chacun des pays partenaires ou adversaires. Une telle intégration comprend racines du passé, prégnances de l’actualité et fascinations ou répulsions à l’égard des futurs imaginés ou imaginaires.

 

Aujourd’hui, dans la mondialisation en cours, c’est l’évolution de l’ensemble culturel mondial qui devient déterminant. D’où la nécessité de parvenir à en constituer une représentation plus exacte, plus complexe, par prise en compte de la temporalité entière. Nous allons voir sinon comment y parvenir, du moins comment nous en approcher mieux.

La modélisation de l’histoire humaine – pour y découvrir de grandes mutations sociétales et culturelles – est longtemps restée une entreprise hasardeuse. Les tentatives d’hier se rangeaient sous l’appellation de “philosophie de l’histoire”. Celle-ci fut illustrée par les Bossuet, Hegel, Comte ou Marx. Cette philosophie de l’histoire a largement montré ses limites. Ce n’est pas seulement la généralisation abusive de la notion de progrès qui a contaminé notre conception de l’histoire, c’est encore le fait de ne lui donner que le sens qui émanait de l’idéologie des nations dominantes.

 

Les travaux d’aujourd’hui sont d’orientation plus modeste. La perspective d’une représentation synthétique n’est pas abandonnée mais elle s’est “nourrie” d’un savoir plus étendu et plus profond et, semble-t-il, moins idéologique. En France, les historiens de la “nouvelle histoire” – de Lucien Febvre à Fernand Braudel et à leurs successeurs – se sont orientés sur le temps long de l’histoire et, par là même, sur les cultures. De même, des géographes comme Paul Claval contribuent à la fondation et au développement de la géographie culturelle. Plusieurs travaux récents, de disciplines et de nationalités différentes nous permettent, à partir de leurs convergences, d’établir des généralisations historiques utiles, tout en nous situant au delà de la philosophie de l’histoire.

 

Ainsi, tandis que les philosophe et psychanalyste français, Gilles Deleuze et Félix Guattari (2), parlent ironiquement de “Sauvages, barbares, civilisés”, l’anthropologue américain, Marvin Harris, parlera lui, de “Cannibales, monarques (et civilisés)” dans son ouvrage sur l’origine des cultures (3).

 

René Girard (4), pour sa part, oppose les sociétés préventives de la violence (sociétés sacrificielles), les sociétés curatives de la violence (sociétés juridiques) et les sociétés futures qui devraient être auto-sacrificielles ou risquent de ne pas être. A sa suite, Jacques Attali distingue l’ordre rituel, l’ordre impérial et l’ordre marchand (5). Il les caractérisait par trois verbes : “sacrifier, représenter, répéter”. Le verbe “composer” signifiait notre propre époque informationnelle-mondiale.

 

Chez Thierry Gaudin (6), au delà de la préhistoire, la distinction est faite entre trois cultures sociétales se référant à trois territoires : la terre, le capital et le mental qui constituent les objets à conquérir, successivement privilégiés.

 

Récemment, Régis Debray, dans son “Cours de médiologie” a distingué quatre grandes périodes historiques qu’il nomme : mnémosphère, logosphère, graphosphère et vidéosphère, sphères où dominent successivement la seule mémoire humaine, la parole divine, l’écriture reproductible, la réalité reproductible en images. Ces quatre médiasphères représentent de grandes formes culturelles historiques qui se sont ajoutées les unes aux autres et qui interfèrent aujourd’hui (7).

 

Le canadien Marshall Mc Luhan, dont Debray se réclame, distinguait au delà de l’âge oral, la galaxie Gutenberg puis la galaxie Marconi (8).  Conjointement on se reportera aux ouvrages de Pierre Lévy : World philosophie – Cyberculture – L’intelligence collective. Il distingue quatre espaces anthropologiques historiquement produits : la Terre, le territoire, le marchand et le savoir (9).

A partir des travaux précédents qu’il nous fallait donc rappeler, un certain accord s’est constitué autour de la succession de quatre grandes formes sociétales : communautaires, royales-impériales, nationales-marchandes, informationnelles-mondiales (10). A chaque évolution de l’histoire, la dernière forme en genèse peut rester longtemps sous-jacente et dominée. Mais elle se construit et se renforce et finit par devenir dominante, à travers toutefois diverses solutions qui diffèrent en fonction des lieux et des époques. C’est ainsi que la forme nationale-marchande a commencé à se constituer à travers les activités économiques constitutives de la République de Venise au sud de l’Europe ou de la ligue hanséatique au nord. Ce n’est que plus tard qu’elle aboutira à des nations-marchandes plus accomplies avec, par exemple, les Pays-Bas et surtout la Grande-Bretagne.

 

Les généralisations ainsi découvertes visent à constituer une analyse plus fine de chaque société singulière d’aujourd’hui. Les pays du monde seront décrits de façon plus dense et plus exacte si nous pouvons les analyser comme composition complexe qui s’est réalisée à partir des quatre grandes formes sociétales (11). C’est là en tout cas une description bien supérieure à la généralisation du F.M.I. traitant les pays d’Afrique et d’Asie comme s’ils étaient de pures nations marchandes comme celles d’Europe et d’Amérique.

 

Bien évidemment, la classification actuellement retenue est susceptible d’être intégrée demain dans une construction plus raffinée et plus complexe, en fonction du progrès des recherches et des analyses de toutes sortes. En attendant, résumons seulement ces quatre grandes sortes de formations culturelles qui ont contribué, de différentes façons, à la constitution des sociétés singulières d’aujourd’hui.

 

1) Les formes sociétales de type communautaire sont représentatives du lointain passé de l’humanité. Elles visaient à constituer, à partir de l’organisation sociétale, une identité quotidienne et globale, individuelle et collective. Cette identité était fortement structurée par des prescriptions et des interdits, des rites et des mythes. Cela permettait un apprentissage, précoce et régulier, lié aux sexes et aux âges, et accompagnant tout le développement de l’individu dans ces sociétés. La transmission de cette organisation était elle-même sacrée et fut par la suite, comme tradition, clairement présentée ainsi. Ces compositions culturelles communautaires sont parfois encore présentes de façon séparée mais le plus souvent intégrées à l’intérieur des compositions historiques qui ont suivi, où elles insistent en direction des solidarités et des égalités de fait.

 

2) Les compositions suivantes sont mieux connues car elles ont occupé l’essentiel de la période historique : ce sont les cultures royales et impériales dont l’influence se fait encore sentir (en dehors de nos contes enfantins) à travers toutes sortes de conduites prédominantes dans certaines circonstances et dans certains pays. Ce fut, par exemple, le cas, en ce XX ème siècle, en URSS., où le communisme, hérésie du christianisme selon le mot de Berdaïev, fut conduit, en dépit de son égalitarisme doctrinal, à emprunter des formes politiques impériales.

 

3) La culture actuellement dominante est la culture nationale-marchande. Tous les pays ont pensé et pensent ne pas pouvoir se réaliser autrement que comme État-Nation ou Nation-État inscrivant leur existence à l’ONU et dans le commerce international. Mais cette forme n’est même pas parvenue à se généraliser dans le monde. On le sait maintenant, elle est elle-même en crise grave dans le contexte de développement des mondialisations.

 

4) A travers ces faits, une autre culture informationnelle-mondiale est sans doute en train d’installer sa future domination.

Les problèmes caractérisant la crise économique mondiale contrastée et sa cascade de crises locales viennent des interactions concurrentielles entre pays qui se sont historiquement constitués différemment à partir des quatre compositions fondamentales.

 

Avant-hier, les pays de culture impériale et de culture nationale marchande (“l’Est et l’Ouest”) se livraient une lutte de clientèle dans les pays du Tiers monde. Hier, l’économie mondialisée délocalisatrice utilisait et utilise encore les décalages culturels qui caractérisent les pays dénommés en voie de développement. Qu’il s’agisse de besoins de main d’oeuvre à bon marché ou de sites de matières polluantes.

 

La crise économique est contrastée dans la mesure où certains pays, en raison de tels ou tels atouts stratégiques et culturels, se retrouvent successivement en position dominante. Ce fut le cas du Japon. Ca l’est plutôt maintenant des États-Unis qui y ont été aidés par les défis successifs auxquels ils ont dû faire face (Urss, Vietnam, Japon, Irak, Chine).

 

La concurrence généralisée entraîne la constitution de ces “marchés” préférentiels régionaux qui tentent de dominer au sein du marché mondial. D’où ces nouveaux blocs de pays plus ou moins en cours d’unification relative autour de l’Europe, des U.S.A. et du Japon.

 

Hier, on ne voyait pas que les stratégies économiques dans leur dynamisme étaient en train de constituer la nouvelle culture nationale-marchande, en remaniant la culture des royaumes et des empires. Aujourd’hui, on commence à voir que les stratégies informationnelles sont en train de remanier la culture nationale-marchande et de produire la nouvelle culture informationnelle-mondiale.

 

A travers des aspects économiques, plus honteux ou plus glorieux, la crise actuelle n’a été si longue, si complexe et si contrastée, que dans la mesure où elle représente une grande crise culturelle d’ensemble.

 

Beaucoup d’analystes restent prisonniers de notre ancienne culture nationale-marchande où l’économique était bien la principale stratégie productrice d’une nouvelle culture. Ce rôle n’avait pu se constituer et se maintenir qu’en s’appuyant sur les activités informationnelles nouvelles, scientifiques, techniques, médiatiques. Et c’est cela qui s’est poursuivi de nos jours mais cette fois à un niveau mondial. C’est ce qui change fondamentalement la donne. Les sociétés singulières d’aujourd’hui les plus avancées sont écartelées entre les résistances, qui peuvent être d’ailleurs justifiées, de leur culture nationale-marchande et leurs tentatives diverses pour se produire plus informationnelles-mondiales les unes que les autres.

 

C’est donc tout à fait à tort que l’on a continué toutes ces années à croire que nous vivions une simple crise économique alors qu’en réalité nous vivions une grande crise culturelle dans laquelle l’économique se développait au niveau mondial avec les technologies informationnelles nouvelles, inventant ainsi la nouvelle culture informationnelle-mondiale. Celle-ci une fois de plus, est davantage une arme pour les uns et davantage un défi pour les autres. Les prises en considération différentes des problèmes écologiques comme on l’a vu au sommet de Rio ou les variations continuelles des prix du pétrole résultent des enjeux de cette sorte dans nos évolutions actuelles.

Bibliographie

1) LYOTARD J-F., Le différend, Ed de Minuit Paris, 1983

 

2) DELEUZE G. GUATTARI F., L’anti-Oedipe. Capitalisme et schizophrénie.

Chap.III, Sauvages, barbares, civilisés », pp.229. Ed.Minuit, Paris, 1972.

 

3) HARRIS M., Cannibals and kings, Random House, N.Y., 1977, trad. fr., Cannibales et monarques. Essai sur l’origine des cultures. Paris, Flammarion, 1979

 

4) GIRARD R., La violence et le sacré, Paris, Grasset, 1972.

 

5) ATTALI  J., Bruits, Paris, 1967

Les trois mondes, P.U.F, Paris, 1981

 

6) GAUDIN Th., Les métamorphoses du futur. Essai de prospective technologique.        Paris, C.P.E., 1989.

 

7) DEBRAY R., Manifestes médiologiques, cf. Annexe, Tableau médiologique,pp.205-  216 et 193, 198 ; cf. Lexique, p.219, Paris, Gallimard, 1994.

– DEBRAY R;, Cours de médiologie générale, Cf. Tableau récapitulatif, « Trois âges en même temps », Paris, Gallimard, 1991.

 

8) MAC LUHAN M., The Gutemberg Galaxy: The making of Typographic Man,The      university of           Toronto press, Toronto, Canada, 1964;  trad.fr., La Galaxie Gutemberg, Paris, Mame, 1967

– Mc LUHAN M., Understanding Media, McGraw-Hill Book Company, N.Y., 1964;

trad.fr., Pour comprendre les média, Paris, Mame/Seuil, 1968.

 

9) LEVY P., World Philosophie, O. Jacob, 2000.

Cyberculture, Rapport au Conseil de l’Europe, O. Jacob, 1997.

L’intelligence collective. Pour une anthropologie du Cyberspace, La Découverte, 1994.

 

10) DEMORGON J., L’histoire interculturelle des sociétés, Anthropos,1998.

 

11) DEMORGON J.,Complexité des cultures et de l’interculturel, Anthropos –    Economica, 2e éd. 2000

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