18e émission : Les générations, les âges et les sexes

Les grandes orientations culturelles
Cours de formation à l’interculturel

Encyclopédie sonore des Universités, Université de PARIS X - Nanterre

II. Domaines et cultures

18e émission : Les générations, les âges et les sexes

Les différentes sociétés historiques n’accordent pas aux différents âges la même considération. Dans sa médiologie historique Régis Debray précise ces changements. Dans la mnémosphère bien nommée d’après la fonction de mémoire alors orale, l’âge canonique désigne l’Ancien. Il est celui qui est toujours vivant à une époque où la mort survient tôt. On le respecte pour son expérience et le savoir qu’il en a tiré. A l’image de l’Ogotêmmeli qui informe Marcel Griaule sur la société des Dogons, un vieillard qui meurt c’est une “bibliothèque” qui brûle. Dans la logosphère, c’est toujours l’Ancien dans la mesure où son rôle dans la famille est homologue de celui du roi ou de l’empereur dans la société. L’exemple de la Chine des Zhou nous l’a montré. Par contre, dans la graphosphère, l’âge de référence central est celui de l’adulte et dans la vidéosphère, c’est celui du jeune.

 

Tout cela a évolué comme l’indique M. Mead dans le “Fossé des générations” où elle étudie les changements de processus dominant dans la transmission culturelle. Dans la transmission postfigurative, la transmission culturelle repose sur la co-présence, en un même lieu familial éducatif, de trois générations. Les figures d’autorité sont redoublées. L’enfant obéit à ses parents qui obéissent eux-mêmes à leurs propres parents. D’où une identification profonde, intériorisée, aux conduites prescrites et un respect plus facile des règles morales. M. Mead évoque ensuite une période spécifique de l’histoire américaine, la conquête de l’Ouest. Les films américains montrent que les parents, prêts pour le départ vers l’Ouest, ne peuvent pas emmener les grands-parents trop âgés.

 

Arrivé sur place, le père a besoin de l’aide inventive de son fils aîné : pour clore l’espace, construire la maison, s’y installer. La transmission culturelle est réciproque. Les fils inventent une partie de la nouvelle culture. Cette transmission culturelle est co-figurative dans la mesure où les figures de la culture sont coproduites par deux générations. La conquête de l’Ouest n’est qu’un exemple de changement des conditions.

 

L’évolution, toujours plus rapide, des sciences et des technologies place bientôt l’adulte en position d’infériorité par rapport au jeune. Celui-ci, en effet, grandit en étant immergé dans le courant d’informations concernant les dernières données esthétiques (musiques, vêtements) aussi bien que scientifiques, techniques et sociales. En dehors des transmissions médiatiques, le jeune est auprès des adultes le seul transmetteur personnel de la culture actuelle, par exemple informatique. La transmission est devenue pré-figurative car la culture que le jeune reçoit de l’actualité renouvelée préfigure la culture qui sera celle de tous demain. Les évolutions à venir ne seront pas exemptes de nouvelles surprises. Dans les sociétés les plus individualistes, le modèle de réduction familiale a peut-être atteint son terme extrême avec l’accroissement du nombre de ménages composés d’une seule personne et celui des familles monoparentales. L’accroissement de la durée de vie commune pourrait induire de nouvelles configurations familiales. Les membres de trois et même quatre générations pourraient instaurer de nouvelles relations.

Dans le dogme de la création, la nature est le produit de l’esprit divin. Dans les théories scientifiques, la vie est le produit de la nature et non l’inverse. La nature est si puissante que, dans le passé, elle a détruit 60% et même 85% de la vie. Dans le cas précis des arthropodes du schiste de Burgess, étudié par S. J. Gould, la proportion atteint 97%. Ces références sont importantes pour comprendre le sens de l’invention de la reproduction sexuée Celle-ci entraîne une création diversifiée et non répétitive des êtres vivants. La sexualité est ainsi comme une machine à produire de la différence. C’est en étant différents que certains des vivants feront face à des contraintes soudaines de la nature. Dans l’antagonisme entre vie et nature, la sexualité est une précaution anticipatrice. Ce qui est vrai de l’ensemble de la vie l’est aussi de l’espèce humaine d’autant qu’aux différences naturelles elle ajoute les différences culturelles. A ces deux niveaux, la différenciation « masculin, féminin » joue un rôle fondamental. Deux confusions sont à éviter. D’une part, tout être humain devient et advient dans un jeu de même et d’autre qui lui est propre. Hommes et Femmes n’ont ni à rester ou à devenir mêmes, ni à rester ou à devenir autres mais à rester et à continuer de devenir uniques, d’une façon qui ne peut être dictée par personne, ce qui n’exclut pas l’information.

 

D’autre part, lorsque des femmes font état d’un nécessaire accès à des situations ou à des droits qui leur font défaut, on déforme leurs intentions, en disant qu’elles veulent devenir semblables aux hommes. Elles veulent simplement accéder à des moyens qui leur manquent pour pouvoir entrer pleinement dans ce jeu du même et de l’autre qui ouvre sur le développement de l’unicité : celle de chacun, celle de l’espèce humaine.

C’est un tout autre éclairage que nous apporte l’anthropologie. On se pose souvent la question de savoir ce que les hommes ont bien pu faire pendant les milliers et les milliers d’années de la période préhistorique. On a un début de réponse lorsque l’on découvre les amas de silex prétaillé d’une véritable industrie lithique, les grottes peintes, les monuments funéraires et aussi quand on s’interroge sur l’invention des langues. Certaines structures de langue révèlent des fonctionnements humains qui ont contribué à les produire à des époques lointaines hors de notre connaissance. Il en va ainsi de la structure des noms en genres masculin, féminin ou neutre.

 

Bien avant le développement de l’écriture, les hommes cherchaient à résoudre déjà les problèmes de conservation et de transmission du savoir acquis. Pendant tout un temps ce savoir s’est perdu et il a fallu à chaque fois le retrouver. La transmission devait passer des anciens aux adultes puis si possible aux enfants. Pour réussir ce tour de force, la transmission devait être, en même temps, théorique, pratique, imagée, personnalisée. Peu de moyens s’offraient pour y parvenir. Il fallait s’appuyer sur l’évidence de grandes différences aisément perceptibles : les chefs et les autres, les âges, les vivants et les morts, les hommes et les femmes. Divers rites soulignèrent ces grandes distinctions.

 

Conjointement, un autre problème se posait : celui de la cohérence entre la réalité vécue et la représentation abstraite que la langue en donnait. En effet, la représentation et la langue énonçaient les réalités de façon séparée. Certes, le plus souvent, ce qui était séparé dans la langue l’était dans la réalité. Mais la langue et la représentation présentaient aussi comme séparées des choses et des êtres dont, à certains moments, la réunion était fondamentale. Il fallait bien distinguer les deux sortes de situations. Celles où ce qui était nommé séparément était traité séparément représentaient la vie profane. Celles ou ce qui était nommé séparément était cependant réuni représentaient le sacré. La séparation du profane et du sacré définissait le pur. Leur mélange constituait l’impur que sacrilèges et profanations dénonçaient.

 

Cette distinction s’appliquait à tous les secteurs de la vie sociale qu’il s’agisse des âges, des vivants et des morts, des chefs et des non-chefs, des hommes et des femmes. Ainsi, l’amour était sacré, mêlant l’homme et la femme par ailleurs séparés par leur condition naturelle et leurs occupations. Cela s’appliquait même à des domaines que nous trouvons aujourd’hui simplement techniques. Ainsi le forgeron qui mêlait les contraires, le feu et l’eau, le chaud et le froid, était un être sacré. Nombre de rois, par exemple en Afrique, furent des rois “forgerons”.

La différenciation en sexes mise en oeuvre par la nature va se déployer à travers une différenciation en genres mise en oeuvre par les cultures et par les langues. L’apprentissage des catégories de choses, d’êtres et de conduites sera rendu plus facile si chacun, chacune, apprend en même temps ce qu’est son identité sociale, quelle partie de l’univers, masculine ou féminine, lui échoit, et quelles conduites doivent en résulter. La représentation va ainsi s’organiser en genres : masculin, féminin, en ajoutant parfois le neutre. La mémorisation des langues par les enfants sera facilitée dans la mesure où leurs pratiques sociales quotidiennes seront référées aux sexes et aux âges. On en trouvera un exemple particulièrement éclairant dans ce que Pierre Bourdieu a nommé le démon de l’analogie à propos de la répartition masculine ou féminine de tout l’univers qu’effectue la culture kabyle. D’hier à aujourd’hui, en fonction des cultures, le traitement social du masculin et du féminin oscille entre différenciation et ségrégation des activités d’une part, et assimilation à des rôles interchangeables, d’autre part. Masculin, féminin, hétérogènes ou homogènes. En dépit de la divergence, c’est le même souci d’identification sociale mais qui devrait toujours pouvoir s’ouvrir sur l’unicité personnelle.

L’opposition entre masculinité et féminité, comme celle entre individu et espèce, a l’avantage de reposer sur une donnée biologique fondamentale. Mais les sociétés veulent donner leur sens propre à cette opposition. Les emprises socioculturelles sur le féminin sont toujours très importantes. Comme si toute culture humaine, – structurée davantage à partir d’orientations masculines – percevait la puissance du maternel reproducteur et du lien maternel lui-même comme une menace de la nature affirmant son pouvoir, indépendamment de toute organisation sociale.

Rappelons à cet égard comment la société carthaginoise, “royale-impériale”, guerrière, entend préparer ses membres à consentir le sacrifice de leur vie à la collectivité. On y trouve religieusement institué le sacrifice obligé par la mère de son premier né mâle (N. Loraux, 1981). Les cultures comportent souvent des sacrifices d’enfant. Aujourd’hui, non institué et même informel, le “sacrifice” n’en est pas éliminé pour autant, si l’on songe au meurtre des fillettes dans divers pays. Le sacrifice de la mère continue lui aussi, y compris dans les sociétés occidentales actuelles. Sous sa forme “douce”, c’est la soumission des femmes à une multiplicité de tâches. Sous sa forme “dure”, c’est la solitude fréquente de la femme qui ne se soumet pas à l’ensemble des exigences sociales. Que l’on pense à l’abandon, voire au rejet par la famille, à la maternité célibataire dé-socialisée, aux tendances à substituer parfois une gestion sociale de l’éducation à certains déficits familiaux.

 

1) Dans les sociétés communautaires, la transmission des savoirs et des pratiques utilise comme surfaces d’inscription le territoire social ou le corps humain. Elle opère à partir de marquages sur le corps (cf. Clastres) et aussi à partir de prescriptions et d’interdits concernant les conduites par rapport aux environnements naturels et humains.

Les grandes structurations liées aux divisions entre les vivants et les morts, entre les sexes, entre les âges, entre les fonctions sociales, sont les bases à partir desquelles s’organise la société, et se constituent et se transmettent les savoirs et les pratiques. Mais nombre de sociétés ont jugé que la masculinité et la féminité étaient mal déterminées par la nature. Chaque être humain, même dans la conformité organique de son sexe, conjoint quelque chose de son sexe et de l’autre sexe. D’ailleurs, au début même du vingtième siècle, Fliess (1887-1902) et Freud (1905) ont remis à l’ordre du jour la bi-sexualité; et Jung (1928) les a suivis sur ce point en définissant les concepts d’animus et d’anima. Au plan de l’organisation sociale, des rituels tenteront de rétablir une distinction plus claire des sexes : pour les hommes, circoncision du prépuce, jugé féminin; pour les femmes, excision du clitoris, jugé masculin. Cela signifie que c’est la société qui, par ce rite, institue, définitivement tels, l’homme et la femme.

 

Par ailleurs, en dépit de critiques en partie justifiées qui lui ont été faites, M. Mead (1928, 1935) a montré que des sociétés, de taille limitée, et plus particulièrement communautaires, pouvaient produire un seul modèle social commun aux hommes et aux femmes : modèle d’agressivité chez les Mundugumor ou de douceur chez les Arapesh. D’autres sociétés produisent deux modèles partiellement différenciés. Ainsi, chez les Chambouli, on attribue plus de douceur aux conduites des hommes et plus d’agressivité aux conduites des femmes. A l’inverse de ce que l’on affirme souvent en ce qui concerne nos sociétés occidentales.

 

Bien d’autres caractéristiques seraient à prendre en compte. Citons d’emblée l’une d’entre elles car elle détermine des prises en compte différentes de la féminité dans les sociétés singulières. Dans nombre de sociétés communautaires, la situation prioritairement prise en compte concernant les femmes est celle de leur fécondabilité, à tel point que, dans certaines cultures, elles ne sont vraiment considérées que dans la mesure où elles ont fait leur preuve en ce domaine. Ce point de vue n’est pas abandonné dans les sociétés de culture royale-mpériale. Cependant, surtout dans celles qui ont déjà constitué un domaine juridique, le point de vue de la fécondité est limité par une référence nouvelle à la virginité. Cette notion souligne la nécessité de garantir à l’époux la transmission d’un héritage aux enfants qui sont effectivement les siens.

 

Le changement d’optique est d’importance. Dans les cultures communautaires, la fécondité de la femme valorise le devenir du groupe. Celui-ci en rend fréquemment grâce à une “Déesse de la fécondité”. Certes, dans les cultures royales et impériales, la fécondité garde ses vertus anciennes. Que l’on songe au célèbre “Croissez et multipliez” de la Bible. Mais elle est aussi envisagée, selon les circonstances, comme possibilité de mise en cause de l’honneur des hommes.

 

2) Dans les cultures nationales-marchandes, telles qu’elles sont aujourd’hui devenues, les caractéristiques de fécondité et de virginité ont perdu de leur impact. La valeur est désormais le développement individuel et celui-ci est censé concerner aussi bien la femme que l’homme. D’où le développement d’une culture de l’unisexe. Cependant, bien qu’on les dénonce, de fortes inégalités se maintiennent.

 

Cette tendance conduit, en même temps, à des conséquences positives de progression du statut civique et professionnel des femmes et à des conséquences négatives. Parmi ces dernières, ne comptons pas le chômage qui dépend de causes bien plus larges et profondes. Soulignons par contre le déficit de conjugalité et de parentalité qui culmine dans la situation de plus en plus répandue de la maternité célibataire, situation très insuffisamment prise en compte par la société. Dans les cultures nationales-marchandes, il semble que le développement d’une dimension “productiviste” entraîne un abandon important des responsabilités de reproduction. Comme le fait remarquer Chesnais (1996), Valéry déjà le notait hier, avec humour : “Des Européens, prévoyants de l’avenir, font aussi des Européens insouciants de l’avenir. Il semble qu’il faille perdre sa tête, ou perdre sa race”.

 

Masculin, féminin, il y a bien là, pour G. Hofstede, deux orientations culturelles opposées. Les cultures nationales tiennent davantage compte de l’une ou de l’autre. Pour lui, les valeurs féminines sont orientées vers ce qui est faible, ce qui demande protection, le petit (small is beautiful). Les valeurs masculines, au contraire, sont orientées vers ce qui est grand, vaste, voire géant (big is beautiful). Il est évident qu’il ne s’agit là que d’orientations dominantes et non de références exclusives. A partir d’un traitement de réponses à des questionnaires, Hofstede (1987) met en évidence les écarts entre indices de masculinité de cadres nationaux surtout masculins des filiales I.B.M. dans 53 pays. Les résultats obtenus sont loin d’être dépourvus de sens comme le montre la possibilité de classer les pays en cinq groupes.

  1. Au plus bas de l’indice de masculinité dont la moyenne est 49, on trouve les cadres IBM des pays les plus au Nord de l’Europe. Ceux où, à l’origine, les cultures communautaires valorisaient la fécondité : la Suède, 5; la Norvège, 8; les Pays Bas, 14; le Danemark, 16; la Finlande, 26 .
  2. Dans les pays diversement influencés par la forme sociétale royale-impériale chrétienne ou musulmane, l’indice de masculinité des cadres est proche de la moyenne ou supérieur : Espagne (42), France (43), Turquie (45), Brésil (49), Pays arabes (53).
  3. Les pays de cultures anglo-saxonnes relativement influencés par le puritanisme ont un indice de masculinité encore plus élevé : Canada (52), Nouvelle-Zélande (58), Australie (61), États-Unis (62), Grande-Bretagne et Allemagne (66).
  4. Enfin, les pays orientés par le catholicisme de la Contre-Réforme dépassent encore ces scores : l’Irlande (68), l’Italie (70), l’Autriche (79).
  5. Au delà, il n’y a que les cadres I.B.M. du Japon avec l’indice maximum de 95. Au début de la décennie quatre-vingt, la situation est encore très
    traditionnelle au Japon. C’est la mère qui est responsable pour toutes les conduites de l’enfant. Les filles doivent le respect à leur frère.

 

Les médias de masse vont dans ce sens. Pendant tout l’été 1979, on pouvait entendre la chanson de Sada Masashi “Ton mari et Maître Ordonne” dont les paroles étaient : “Avant de devenir ma femme, écoute ceci, tu n’iras pas te coucher avant moi, tu ne te lèveras pas après moi; ne cuisine que de bons plats et sois toujours belle; tais-toi et tiens-toi derrière moi”. Le livre le plus vendu au Japon en 1982 était “Conseils pour être respecté” de Kenji Suzuki. On y lisait : “Lorsqu’un homme rentre du travail, sa femme devrait lui préparer des vêtements pour se changer, en l’accueillant par “bonsoir, bienvenue à la maison, tu dois être très fatigué !”.

 

En 1987, une loi fut cependant votée sur l’égalité des chances entre les sexes. En 1994, un Secrétariat pour l’Égalité entre les hommes et les femmes fut créé juste avant l’ouverture, en 1995 à Pékin, de la 4e Conférence mondiale des Nations-Unies sur les femmes . Tout cela fut relativement peu efficace dans le domaine du travail en entreprise d’autant plus que la crise économique a remis en cause les quelques progrès réalisés. Par contre sur la scène politique quelques progrès furent obtenus. Entre 1986 et 1999, les élues à la Diète passèrent de 3, 6% à 9,1 % ; les membres des Assemblées locales de 1,6 % à 4,9. Début 2000, pour la première fois, une femme fut même élue gouverneur d’une province.

 

Au plan domestique, une étude de 1996 a montré que dans les couples où les deux partenaires travaillent, le temps consacré par les femmes aux travaux ménagers et aux enfants étaient de 3 h 35 mn par jour. Le temps consacré par les hommes à ces mêmes tâches était de 7 minutes. C’est seulement en 1999 que les Japonaises ont obtenu le droit de se procurer la pilule. Il n’est évidemment pas question de remboursement.

 

En décembre 1999, le gouverneur d’Osaka, extrêmement populaire, fut cependant contraint à la démission après avoir été inculpé de harcèlement sexuel sur la plainte d’une étudiante de vingt et un ans qui faisait partie de son équipe de campagne électorale. Il fut condamné et dût verser 11 millions de Yens.

L’Union interparlementaire a fait au 5 février 1998 le bilan de la présence des femmes comme députée ou sénatrice dans les parlements nationaux. Comme dans bien d’autres domaines, nous l’avons déjà constaté, l’Europe nordique se détache en tête. Pour la chambre basse ou unique, voici les pourcentages de femmes députés dans ces pays : Suède 42, 7%  ; Danemark 37,4%; Norvège 36,4%; Pays-Bas 36 %; Finlande 33,5%; Allemagne 30,9%. On trouve ensuite au 11e rang, l’Islande avec 24,7 %.

 

A cette même époque,  pour l’Union Européenne, on a ensuite par ordre décroissant du nombre de femmes députées : l’Autriche 26,2; la Belgique 23,3 %; l’Espagne 21,6 %; le Luxembourg 20 %; le Royaume-Uni 18,4 %; le Portugal 13 % ; l’Irlande 12%; l’Italie 11,1 %; la France 10, 9 %; et la Grèce enfin avec 6,3%.

La moyenne mondiale se situe à 13, 4 %. La Nouvelle-Zélande avec 29,2 et l’Australie avec 22,3 sont au-dessus. Les États-Unis en dessous avec 12,9; la Russie aussi à 10,2.

Précisons qu’alors 39 pays se trouvent mieux placés que les États Unis, 51 pays se trouvent mieux placés que la France. Tous les autres pays se situent entre 0 et 10 % de femmes députées dans leur Parlement.

 

En décembre 2017, on peut se faire une idée de l’évolution de la situation dans l’Union européenne. L’Union interparlementaire a publié un classement mondial des parlements, selon le nombre de femmes parlementaires en leur sein. Seules sont retenues les chambres basses des parlements de l’UE (dans certains pays, il n’y a qu’une seule chambre)

 

« Aucun pays de l’UE n’atteint le podium mondial : le Rwanda arrive en tête avec 61,3% de députées, suivi par la Bolivie (53,1%). Ce sont les seuls pays au monde comptant plus de femmes parlementaires que d’hommes. Vient ensuite Cuba en 3ème position (48,9%).

 

Les trois pays membres de l’Union européenne les plus à l’avant-garde en ce qui concerne la parité « homme, femme » sont la Suède, la Finlande et l’Espagne avec, respectivement : 44%, 42% et 39% de femmes au sein de la chambre basse ou unique. Ils sont respectivement au 5e, 7e et 13e rang mondial.

 

On relèvera aussi la France : 38,8% de femmes à l’Assemblée nationale; le Danemark : 37,4% ; la Slovénie : 36,7% ; le Portugal : 34,8%.

 

Dans le bas du classement européen, on peut pointer la Lettonie (26e avec 16% de femmes), Malte (11,9%) et la Hongrie qui ferme la marche avec 10,1%. Au niveau mondial, ces pays sont respectivement aux 126e, 148e et 157e places.

La question des couples mixtes a donné lieu à des études comme celles de Gabrielle Varro. Celle-ci a le mérite, selon Ursula Stummeyer, de mettre en lumière les stratégies individuelles très complexes liées à la recherche de cet Autre que l’on trouve aussi dans le partenaire d’une autre culture. Cependant, les personnes qui forment ces couples mixtes, chaque fois singuliers, ignorent pour la plupart qu’il s’agit aussi d’une rencontre de deux “institués” mutuellement inconscients. Les nations, leurs États, leurs cultures ne sont pas absents dans la rencontre d’un couple mixte. Les relations hommes/femmes sont toujours une rencontre “interculturelle” avec ce que cela suppose en termes de terrains, de territoires et de frontières à partager.

 

Ursula Stummeyer prolonge sa réflexion du côté des enfants des couples mixtes. Elle écrit : “C’est sans doute dans l’éducation des enfants que le couple est davantage traversé par l’interétatique et que les enjeux se font sentir le plus. Lorsqu’il s’agit de cultures plus ou moins symétriques, les enfants ont plusieurs choix. Ils optent pour la culture “dominante” ou pour l’autre. Ou bien ils deviennent des bi- ou triculturels, non sans certaines dominances… Pour les enfants issus de couples aux cultures asymétriques, la question se pose différemment. Un “métissage idéal-typique” repose sur la réciprocité. Mais ces conditions ne sont pratiquement jamais données car aucun couple ne peut vivre intensément de la même manière dans deux ou trois pays à la fois. L’un des membres (homme ou femme) sacrifie toujours quelque chose; la plupart du temps ce sont les femmes. Grâce au métissage, les couples mixtes servent de surface de projection d’un monde meilleur. Le “métissage”, au lieu de rester un objet de recherche, devient alors un idéal à atteindre, une utopie, une idéologie.”

Une perception étendue et profonde des problématiques de l’interculturel “masculin, féminin” est d’une importance extrême pour toute la question de l’interculturel. Le problème du masculin et du féminin est déjà inscrit dans le sens même de la reproduction sexuée en opposition à la reproduction par scissiparité qui la précédait. La reproduction sexuée est déjà elle-même une machine à faire de la différence. Chaque enfant qui vient au monde est en quelque sorte inventé dans son unicité à partir de l’ensemble de ses ancêtres. Ensuite, les êtres humains peuvent aussi s’inventer à partir de tout l’héritage culturel humain auquel ils peuvent accéder. En ce sens, le couple et la famille, comme “le forum politique”, le laboratoire scientifique ou l’atelier artistique, représente l’un des lieux majeurs de cette invention.

 

Pourtant, les blocages, dans l’ensemble, y paraissent encore d’une grande résistance. Cela tient à ce que les oppositions et les dominances sociétales entre les pays comme celles sociales à l’intérieur de chaque pays transposent une trop large part de leurs problèmes dans le domaine terminal du masculin-féminin. C’est en ce sens qu’il importe de remédier à cette situation de terminus-repoussoir en insistant sur les possibilités fondatrices de l’interculturel masculin-féminin. Le couple est un lieu d’épreuve commune de tous les antagonismes adaptatifs que chaque être humain est conduit à gérer. Ils sont nombreux : ouverture-fermeture, centration sur soi ou sur l’autre, disponibilité à soi ou à l’autre, vie privée et vie publique, primat du long ou du court terme, production sociale de soi ou prolongement de soi dans une descendance, etc. Cela veut dire que le repérage et la régulation en complémentarité de ces antagonismes doivent être faits en fonction des cultures de sexe elles-mêmes reliées aux cultures nationales, aux cultures d’âge, aux cultures de secteurs d’activité.

 

Un intense travail d’exploration et d’analyse a déjà été effectué par la littérature romanesque, par les médias, par les disciplines des sciences humaines. Toutefois, ces travaux sont trop peu connus, diffusés, intériorisés pour permettre le surgissement réel d’une mentalité nouvelle en ce domaine. En particulier, en ce qui concerne la production d’un savoir historique, psychologique, psychanalytique et systémique. De même, au plan juridique, des progrès théoriques et pratiques ont été accomplis mais nombre d’autres restent à venir.

Masculin et féminin, c’est un microcosme, un récepteur, un catalyseur, des autres antagonismes régulateurs ou destructeurs partout à l’oeuvre.

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