2e émission : la vision particularisante des cultures

Les grandes orientations culturelles
Cours de formation à l’interculturel

Encyclopédie sonore des Universités, Université de PARIS X - Nanterre

I. Les problématiques
1. Les cinq perspectives d’étude des cultures

2e émission : la vision particularisante des cultures

L’étude des cultures se heurte d’emblée à un sérieux paradoxe. Ceux qui parlent des cultures – ici nous en l’occurrence, (Jacques Demorgon, Nelly Carpentier de Paris V et nos invités futurs) en parlent nécessairement du point de vue de leur culture. Cette donnée est irrécusable et irréductible. Ce n’est pas à dire pour autant qu’il ne faille pas travailler à partir de là. Et c’est bien évidemment le sens de ce cours de permettre à chacun d’en venir à une compréhension en profondeur conjointe de sa culture et de celle des autres. Le but est d’aller moins vers une simple information prétendument objective que vers une culture des cultures. C’est là une perspective nouvelle de l’ordre d’une écologie de l’esprit, du coeur, de l’action dans la perspective du maître de l’Ecole de Palo Alto : Gregory Bateson.

 

Pour y parvenir nous emprunterons les différents chemins. C’est pourquoi nous prendrons cinq perspectives dans l’univers des cultures et de leur abord. Elles correspondent chacune à une attitude fondamentale.

  • La première correspond à une vision particularisante des cultures. Elles sont une somme de particularités que l’on constate et c’est tout.
  • La seconde est singularisante. Elle présente les cultures ou les civilisations comme une totalité irréductible à toute autre.
  • La troisième est généralisante à partir de grandes données que les cultures et les civilisations partagent.

La quatrième et la cinquième perspectives pourront être dites complexes dans la mesure où elles utilisent conjointement les trois perspectives précédentes.

  • La quatrième perspective, comparative-descriptive, se contente de décrire les fonctionnements ou les productions des cultures dans les divers domaines, en en dégageant les ressemblances et les différences.
  • La cinquième, compréhensive-explicative, entend nous permettre de comprendre comment et pourquoi les cultures sont devenues telles au cours de l’histoire. Cette perspective, qui est la plus exigeante, doit cependant éviter les simplifications des déterminismes historiques. Elle le fera en se référant à l’exercice des libertés singulières des hommes s’adaptant dans leurs environnements externes et internes. L’approche compréhensive explicative est seule à pouvoir situer chaque culture dans une aventure humaine qui s’invente comme sens.

Nous consacrerons nos premières émissions à ces cinq perspectives. Et nous commençons bien évidemment par la première perspective particularisante.

Dans la connaissance non savante des cultures, on oscille entre le point de vue des ressemblances et celui des différences. Les deux points de vue se soutiennent. Ou bien je pense que les autres sont comme nous et je m’étonne qu’ils soient différents. Ou, inversement, je pense qu’ils sont différents et je m’étonne quand je les trouve semblables.

 

Parfois, l’homme naïf finit par ne plus savoir si les coutumes des autres sont vraiment aussi étonnantes où si ce sont les ethnologues et les journalistes qui en ont, un peu, beaucoup, rajouté.

 

Si nous traitons de cette connaissance naïve et particularisante en tête de ce travail consacré aux études approfondies des cultures c’est pour ne pas nous cacher que, pour beaucoup, le premier point de vue, quand ce n’est pas aussi le dernier, est toujours profondément ethnocentrique. Nombreux sont ceux qui s’autorisent à être surpris, voire à rire de ce qui pour l’autre est sinon sacré du moins respectable.

 

Empruntons à un diplomate français – qui avait été nommé dans divers pays – deux étonnements interculturels qu’il relatait. Le premier se passait au Maroc. Il avait des amis marocains qu’il voyait souvent. Les circonstances firent que, lors d’un week-end, le couple ami dut rester dormir chez lui. Après leur départ, en rentrant dans la chambre qu’ils avaient occupée, il tombe pour ainsi dire nez à nez avec un petit tas de poussière. Cela l’étonne car il ressentait l’épouse comme particulièrement soucieuse de propreté et son interprétation est qu’au dernier moment, elle a tout simplement oublié de ramasser ce tas de poussière. Cependant, ce diplomate ressentait un doute..
Revoyant ses amis et confiant dans leur ouverture d’esprit il les interrogea. L’épouse lui répondit que c’était là une coutume. Faire entièrement le ménage aurait pu désobliger l’hôte à qui cette tâche incombait normalement. On faisait comme si on avait juste simplement commencer.

 

Le second étonnement lui avait aussi coûté beaucoup plus. Cela se passait en Somalie. Il s’était retrouvé le seul européen reçu par une tribu somalienne après une chasse. Le chef lui fit non seulement l’honneur de le placer auprès de lui mais encore celui de partager avec lui le plat de choix qui se trouvait être les deux mains du gorille, l’une pour le chef, l’autre pour lui. Impossible de refuser cet honneur ! Les cultures sont donc ainsi souvent pour nous ce que font les autres et que nous ne faisons pas.

 

N. C.

 

Donnons maintenant un ensemble d’exemples en les regroupant thématiquement selon les différents domaines des rituels alimentaires et des manières de table, des rituels vestimentaires et de communication non verbale. Ou encore dans les domaines de l’espace, du temps, de la religion.

 

Regardons d’abord du côté des rites alimentaires

 

C’est sans doute dans le domaine alimentaire que les exemples frappent le plus les imaginations. Chacun a en tête les nombreux interdits alimentaires déjà énoncés dans le Lévitique mais qui remontent bien avant la Bible. L’interdit sur le porc existait chez les Égyptiens tout en n’y étant pas toujours strictement respecté.

 

Dans de nombreux exemples communiqués par les voyageurs ou les chercheurs, l’étonnement est fréquent : comment peut-on manger ceci ou cela. Le cas des rats et des chiens est connu. Celui des chenilles et des insectes aussi. Même à l’intérieur de cultures voisines les chocs sont déjà là. Pour les Anglais, les Français sont des mangeurs de grenouilles et d’escargots. A l’intérieur d’une même culture nombreux sont ceux qui, par exemple, ne pourront pas manger d’huîtres ou même simplement du lapin. Au delà de la question des animaux utilisés ou non pour se nourrir on trouve encore celle des manières culinaires fort variées. On peut manger cru ou cuit et dans ce cas bouilli, rôti, grillé, cuit à l’étouffée ou poêlé. Même la définition du cru n’est pas la même. C’est ainsi qu’un fromage sera perçu comme cru par des Allemands qui donc le feront cuire, ce qui sera plus rarement le cas pour un Français. Dans les particularités culturelles sans cesse signalées pensons encore aux manières de table. Chacun sait que l’humanité connaît ici au moins les doigts, les fourchettes, les baguettes.

 

Rites vestimentaires et autres rites de communication non verbale

 

Les particularités des cultures sont en très grand nombre. Elles concernent bien évidemment les manières de se vêtir. Et l’on connaît le succès des kilts écossais. On sait aussi à quel point les vêtements des occidentaux en vacance choquent les orientaux. Même en Espagne du Centre un vieil
espagnol, au passage des touristes en short, murmurait encore naguère : “ils sont sans vergogne !”

 

Toutes ces données particularisantes comportent la connaissance de situations dans lesquelles les signifiants verbaux ou gestuels finissent par avoir une signification diamétralement opposée. Le plus connu est le hochement de tête de haut en bas ou de droite à gauche qui échangerait ses significations de « oui » ou de « non ». Ou encore tel signe avec la main n’aura pas la même signification s’il est fait en montrant le dos de la main ou la paume. Et même un signe en tous points semblable pourra être injurieux pour les uns flatteur pour les autres.

 

Rites religieux

 

Un domaine particulièrement sensible aux différences concerne ce qui tourne autour de la mort et du culte des morts. Les exemples étonnants abondent et ils sont régulièrement signalés dans les guides touristiques.

 

On souligne que la croyance en la métempsycose entraîne dans certains rituels les moines à ne pas avancer sans “balayer” légèrement devant eux pour éviter d’écraser les animaux qui pourraient s’y trouver.

 

On apprend, qu’ici ou là, les cadavres sont déterrés et leurs os soigneusement lavés comme à Madagascar.

 

Encore plus surprenant pour des occidentaux : dans les steppes d’Asie centrale, le mort ne doit être contaminé ni par l’humidité, ni par l’air, ni par le feu. Mission impossible sauf si l’on pose le mort en hauteur sur une palissade où il est exposé.. à la venue des vautours. Sommes-nous ensuite rassurés dans nos propres croyances par une ressemblance qui persiste : les significations favorables et défavorables de la droite et de la gauche (sinistra en latin) ? En effet, nous apprenons que si le vautour s’attaque à l’oeil droit du mort c’est meilleur signe pour sa destinée future.

 

Espace et temps

 

L’espace et le temps sont largement recouverts par des significations religieuses.

 

La définition religieuse et différentielle des calendriers est connue de tous. L’année est entièrement balisée par un découpage religieux ponctué de fêtes qui structurent encore le temps. Dans un pays laïque comme la France les jours de repos hebdomadaires Arabes et Juifs ne parviennent pas à obtenir la même prégnance structurante que le dimanche catholique.

 

Le temps quotidien a été lui aussi découpé religieusement. Le catholique qui signale les appels du muezzin dans les pays musulmans ne se dit pas souvent que les ponctuations des cloches peuvent être tout aussi dérangeantes pour des musulmans dans les pays catholiques.

 

L’espace relève aussi de traitements différents, par exemple analogique ou digital, mais qui peuvent fonctionner ensemble.

 

Dans la perspective analogique, je situe les bâtiments en les caractérisant dans l’espace commun, par leur taille, leur couleur, leurs autres caractéristiques.

 

Dans la perspective digitale, je donne un numéro et un nom de rue.

 

Ainsi l’espace peut difficilement être séparé de la manière dont les circonstances me conduisent à l’appréhender. Quand des Japonais vont à la plage, il y a souvent l’un d’eux qui tourne avec la voiture en attendant car les places de stationnement sont toutes occupées.

 

Dans le domaine de l’espace religieux, nous préciserons ci-dessous l’opposition entre le lieu sacré celui du temple et le lieu profane, hors du temple.

 

Des Français qui séparent aujourd’hui les domaines public et religieux sont étonnés de découvrir dans de simples épiceries asiatiques la petite lumière d’un autel religieux. Ou encore de voir dans un petit hôtel parisien le responsable de la réception utiliser cet espace pour y installer son tapis de prière et s’agenouiller.

 

J. D.

Plus on s’éloigne des cultures connues, moins on est en mesure de décoder ce qui se passe. Souffler sur le feu de cuisson des aliments pour l’activer est un acte banal qu’ici chacun peut effectuer. Mais un chef maori ne va jamais le faire. Ceux qui mangeraient les aliments ainsi cuits en mourraient.
C’est que l’une des grandes dimensions de la culture première de l’humanité est la distinction entre le sacré et le profane. Le chef maori est le représentant du sacré. La cuisine quotidienne est profane. Leur séparation doit être strictement observée.

 

Le problème est plus général qu’on ne le pense. Si l’eau et le feu, l’homme et la femme sont représentés comme séparés et agissent séparément en fonction de leur représentation, il y a concordance entre la réalité, la représentation et l’action. On est dans la catégorie du profane quand ce qui est régulièrement réuni ou séparé le reste.

 

A l’opposé, si ce qui est pensé et vécu comme séparé (l’eau et le feu) doit aussi à d’autres moments être pensé et vécu comme réuni, (la trempe du métal) il y a une “contradiction”. La résolution que les cultures “communautaires” apportent à ces contradictions est leur référence à une catégorie spécifique de pensée et d’action : le sacré. Ainsi la forge sera un lieu sacré et le forgeron un personnage sacré en tant qu’il oblige l’eau et le feu à opérer ensemble pour la trempe du métal. Ce lieu et cette activité relèveront ensuite de divinités singulières, grecque ou romaine : Héphaïstos ou Vulcain. Là où se rencontrent les contraires, là est le sacré.

 

Il en va de même pour les hommes et les femmes, question toujours décodée aujourd’hui à la lumière de notre culture pensée comme supérieure et démystificatrice des erreurs des autres cultures. On connaît les connotations que l’évocation du harem produit en occident. Or le mot provient de hram qui signifie sacré, à respecter, interdit. C’est que la rencontre des hommes et des femmes est décodée sous la catégorie des contraires et que c’est donc le lieu du sacré.

 

De même, dans les sociétés communautaires, si j’appartiens à un groupe d’âge ou d’occupations, mon intrusion dans le domaine d’un autre groupe d’âge ou d’occupations doit être prohibée pour que la représentation et l’action de chacun soient claires. Le chasseur Guayaki ne portera pas le panier de sa femme, laquelle ne touchera pas son arc ! Doù les interdits et les tabous.

 

Autre exemple encore : les vivants forment ensemble la société. Quand certains sont morts, ils sont séparés. Toute relation entre morts et vivants relève donc du sacré. Ainsi les cimetières doivent être situés à l’écart des lieux de vie habituels. Par contre, ils peuvent être situés à proximité des églises. Les morts doivent être écartés des vivants pour ne pas être tentés de revenir parmi eux comme c’est le cas pour les esprits, morts qui reviennent hantés le monde des vivants.

 

Un ethnologue a raconté qu’au début du siècle un néo-calédonien, débarquant en Australie à Sydney, est demeuré pétrifié devant l’abondance des personnes qui circulaient. Interrogé sur sa stupeur par l’ethnologue, il finit par demander si ce grand nombre de personnes venait de ce que les morts circulaient encore parmi les vivants !

 

Nous pensons aujourd’hui qu’il n’y a pas de contradiction parce que nous rapportons les différences aux mêmes êtres en dépit de leurs lieux et moments différents. Mais continuellement nous sommes obligés de constater la différenciation qu’exercent ces lieux et ces moments sur les êtres. Nous disons, par exemple, « dans ces circonstances, on ne le reconnaissait pas, il n’était plus lui-même ! »

 

Les cultures font ici deux choix différents : soit les identités des êtres sont pensées comme en mesure de s’imposer aux circonstances, soit les circonstances sont pensées comme modifiant l’identité des êtres. Or ces deux perspectives opposées sont vraies l’une et l’autre et complémentaires. La question reste donc bien complexe en dépit des simplifications inventées par les cultures.

 

On le voit, dans de nombreuses cultures anciennes et moins anciennes, l’univers des représentations et des actions est organisé par cette distinction majeure du profane et du sacré. Traiter le sacré comme profane sera profanation. Ainsi de la violation des tombes. Traiter le profane comme sacré sera sacrilège. Ainsi par exemple des idolâtries fétichistes. La catégorie de l’impur recouvrira ces orientations pervertissant l’ordre cosmique.

 

*

Particularités culturelles et constructions linguistiques

 

L’organisation de l’action en société, la genèse de la représentation du monde et des conduites des hommes, la création sémantique sont ainsi liées. Cela peut atteindre un tel niveau de système social intégré que les conduites humaines ne pourront qu’en partie s’y conformer.

 

André-Marcel d’Ans nous en donne un exemple saisissant dans son étude des Cashinahua. En fonction des sexes, des générations et des moitiés exogamiques, ils établissent huit groupes de “parenté”.

 

“Votre nom personnel (serait-il d’adoption) vous classe dans l’un des huit groupes et vous place ainsi dans des rapports définis avec tous les autres Cashinahua, selon votre groupe nominatif : phrases obligatoires, phrases permises, phrases tolérées, phrases interdites.

 

Les prescriptions portent sur les questions de langage, d’élevage et de sexualité; mais aussi sur ce que vous pouvez chanter, chasser, cuisiner, cultiver, etc”. C’est là une réglementation de principe si rigoureuse qu’elle ne pourra pas toujours être suivie à la lettre.

 

Par contre, comme Lyotard le souligne dans son analyse : “l’obligation concerne la distribution du stock des noms et leur récurrence régulière à travers les générations. Ce sont eux seuls qui, grâce à leur nombre fini, à leur permanence (rigidité) et à leur distribution, constituent l’identité de la communauté. Les humains sont nommés ou ne sont pas”.

 

Dans des langues plus marquées par les cultures royales-impériales comme nombre de langues asiatiques, ce qui frappe l’occidental c’est la variation des expressions et des modalités verbales en fonction de la relation sociale aux autres.

 

La personne n’est pas définie comme une substance individuelle indépendante des conditions sociales dans lesquelles elle est placée. Elle se trouve en un lieu d’une hiérarchie et cela définit sa conduite verbale et non verbale comme cela définit les conduites verbales et non verbales de ceux et celles qui se trouvent au-dessus ou en dessous d’elle.

 

C’est vrai dans de nombreuses langues, chinoise, coréenne, japonaise, vietnamienne, etc.

 

Revenons à des exemples plus simples de la construction linguistique et culturelle. Ainsi, la signification d’un même mot sera inversée d’un peuple à l’autre. A table, l’emploi du mot « merci » pourra vouloir dire : « je suis d’accord que vous me resserviez » ou, inversement, « je ne désire plus rien ».

 

*

 

Si nous avons donné tous ces exemples, c’est pour montrer que la première vue des cultures est d’abord un peu extérieure, superficielle et désordonnée.

 

*

Cela nous permet aussi de comprendre pourquoi même d’un point de vue savant on assimile souvent les cultures à de simples codes. Cela s’est répandu dans le grand public comme une idée suffisante des cultures. On peut le comprendre dans le cadre de notre culture post-moderne actuelle qui se caractérise selon la juste formule de Deleuze et Guattari comme un permanent codage, décodage, recodage.

 

Cela est lié à la recherche du renouvellement des marchandises utilisant les changements techniques et sociaux. Mais cette façon de voir relève donc elle aussi de la culture et non d’une information qui serait hors culture. A cet égard le philosophe italien, Carlo Sini, a manifesté une profonde inquiétude en ce qui concerne la révolution informationnelle. Il y a vu la menace d’une information visant à s’installer en lieu et place de la culture :

l’information, comme allant de soi, neutre, objectif, sans limite, dépossède l’humain de la recherche du sens.

Sini précise : “La culture doit être atteinte et c’est aussi pourquoi elle doit être conservée, transmise et dispensée. L’information en fait partie, à la condition qu’elle ne veuille pas en devenir le tout”.

 

C’est pourtant ce qui tend à s’instaurer non sans une certaine terreur. D’une part, avec “la lutte à mort pour la reconnaissance sociale et juridique”. D’autre part, avec cette “aliénation aux techniques de l’information qui conduit au consensus de millions d’âmes libres de choisir la chaîne de télévision et l’itinéraire touristique des vacances”. Carlo Sini poursuit : “La culture comme information est en train de se répandre sous nos yeux sur la terre. Elle produit la réduction de toute signification à sa pure représentation et reproductibilité technique, à un jeu de codes. Les hommes de culture deviennent de plus en plus de purs fonctionnaires préposés à la chaîne de production de l’information : ils conduisent moins à la culture qu’ils ne sont eux-mêmes conduits : in-formés à informer”.

 

Sini veut souligner que la culture ne peut pas être simple code et simple convention. Il tire un exemple remarquable des travaux de Kalir. Les lettres de l’alphabet phonétique ne sont-elles pas ce qu’il y a de plus conventionnel ?
Kalir montre qu’il n’en est rien pour le A. Loin d’être une convention, cette lettre est un condensé de sens oublié. Il donne des indications permettant de découvrir qu’elle a sans doute été construite à partir de l’image que, de sa place, le laboureur a du joug adapté à la tête du bœuf. Pour Sini, cet exemple montre que le signe le plus abstrait n’est jamais pure convention mais toujours condensé de culture, c’est-à-dire d’expérience remarquable et remarquée.

 

Même si la culture est aussi code et s’il y a souvent arbitraire du signe, l’expérience humaine précède, accompagne, soutient toujours cela, consciemment ou inconsciemment. Ne ramenons donc pas si vite les cultures à ceci ou à cela de purement conventionnel mais sachons découvrir le construit de l’expérience humaine qui invente en même temps son code pour pouvoir se partager entre les membres d’une même société.

Bibliographie

ANS, (A.M. d’) Le dit des Vrais Hommes, Paris, 1978,
in J. F. LYOTARD, Le Différend, p. 220-221, Ed. Minuit, 1983.

BATESON Gregory, Vers une écologie de l’esprit, 2 t. 1977-1980, Seuil.

DELEUZE Georges, GUATTARI Félix, L’anti-Oedipe. Capitalisme et schizophrénie, Editions de Minuit, Paris, 1972.

KALIR, sans référence de livre in Sini, La culture comme information….

LYOTARD J-F., Le différend, Ed de Minuit, Paris, 1983

SINI Carlo, La culture comme information in Recueil de textes
édité par Verdiglione, 1973

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