VOYAGE(S)

De Jacques Demorgon, in Itinéraires. Le voyage, entre expérience et formation

Le vif du voyage : Préface, p. 8-14.

  • Le bouquet des contradictions
  • Les coordonnées du voyage
  • Le jardin extraordinaire des allers-retours…
  • Le voyage et sa mise en abyme
  • Et l’Europe ?

Le voyage mondialisé et ses coordonnées : Postface, p.111-115

  • Mondialisation du voyage… 
  • Temps de l’histoire 
  • Espaces des stratégies, des tragédies…

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Jacques Demorgon in  Penser et agir en commun. Fondements et pratiques d’une éducation populaire. Peuple et Culture. Chronique Sociale, 2017, p. 216-217.

Voyager, ce n’est pas rencontrer des personnes isolées, c’est rencontrer l’histoire. 

Pour Jacques Demorgon, « l’interculturel est une aventure humaine faite de multiples aspects, se confronter à des destins différents, partager des histoires différentes, comprendre le tragique des existences humaines. L’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) expérimente des pédagogies pour construire un destin commun ».

[…] Mais le voyage est aussi l’occasion d’un interculturel externe : découvrir des mœurs, certaines semblables aux nôtres et d’autres bien différentes, et même incompréhensibles, voire insupportables. La question interculturelle est ainsi de plusieurs façons présente au cœur du voyage. Mais il n’y a pas d’interculturalité dans notre altérité-ressemblance. Le voyage permet-il cela ? Il peut y avoir bien des réponses parce qu’il y a bien des voyages. Il faut un temps minimal pour qu’entre nous et l’autre un échange réel puisse s’instaurer. Mais nous ne sommes pas toujours démunis. Nous sommes l’autre et nous, chacun dans son cadre religieux, politique, économique, médiatique, à partir duquel nous pouvons situer aussi nos destins, semblables et différents, incertains et changeants. Voyager, ce n’est pas rencontrer des personnes isolées. C’est rencontrer l’histoire, celle de leur pays et la leur qui ne sont pas séparables. Une double histoire, jamais dépourvue d’un tragique profond, qui a déjà tourné à la tragédie ou pas encore ou peut-être heureusement jamais. Dans les rencontres du voyage, les voyages de vie se rencontrent. Dans l’échange nous en croisons les représentations. Nous sentons bien qu’à tout moment peuvent naître un cœur partagé, une intelligence singulière qui emportent au-delà de lui-même, sans fiction, par la simple vertu de l’expérience. […]

L’impulsion politique pour engager les personnes et les peuples dans une connaissance partagée de leurs réalités culturelles actuelles et en développement semble pourtant insuffisante par rapport à l’effort développés sur le plan économique. On pense sans doute impossible de faire partager à tous l’histoire des uns et des autres. Et pourtant, le voyage révèle que ce besoin existe. […]

Les recherches expérimentales des groupes interculturels, elles aussi soutenues par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, ont démontré qu’il existait des ressources pédagogiques nouvelles pour permettre aux personnes et aux peuples d’Europe de construire ensemble un destin : en découvrant et en approfondissant leurs stratégies d’hier et leurs stratégies d’aujourd’hui. Mais les voyages et les informations se mondialisent de plus en plus, de façon essentiellement marchande. Nous sommes ici en présence d’un conflit entre deux sortes d’informations, deux sortes de voyages. Le calibrage marchand l’emporte avec les restes limités qu’il comporte encore de curiosité d’un côté, d’aventure de l’autre.

Mais il y a et il y aura toujours des informations dont nous avons besoin et qui nous manquent. Mais il y a et aura toujours des voyages qui demeureront irremplaçables : les voyages les plus vivants, ceux où l’on invente un vivre et un penser ensemble. Par rapport aux innombrables et permanentes violences planétaires qui ne cessent de se reproduire, le voyage dont nous parlons ne sont pas de trop pour contribuer à l’indispensable reconstitution du lien fragile entre les hommes. La reconstitution et le développement de ce lien n’ont lieu que si les multiples tensions entre unité et diversité, présentes ici ou là, font réellement l’objet d’ »preuves, de travaux, d’inventions. Les voyages ont leur façon, unique, d’y contribuer. […]

Voyager et se rencontrer, d’où que l’on vienne et où que l’on aille, c’est participer à la profonde et dangereuse aventure humaine sous ses diverses formes. C’est chercher à comprendre le lien qui s’y maintient, ou s’y défait, s’y construit ou s’y détruit, annonçant dans un cas des victoires inventives et, dans l’autre, les violences les plus extrêmes. Voyager, c’(est aussi comprendre le tragique de la vie qui ne peut pas nous être étranger. Et toute construction, poursuivie hors de ce lien, ne devient que nouvelle Babel.

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