Penser l’histoire antagoniste

Sources J. Demorgon: « Penser l’histoire antagoniste » In La Révolution Prolétarienne n°800, mars 2018.

Jacques Demorgon : « Penser l’histoire antagoniste »

Les tragédies extrêmes et instantanées mais aussi les difficultés persistantes, chroniques, des vies quotidiennes repoussent la pensée cherchant aussi dans les passés récents ou  lointains une intelligence du présent. Un être humain qui veut comprendre la vie qu’il mène se retourne vers son passé, remonte à sa naissance et à son enfance.

 L’humanité est en train de naître, difficilement. Nombre de ses représentants ont, de longtemps, commencé un travail de mémoire et d’intelligence la concernant. Ce sont des cœurs qui s’émeuvent, des esprits pensant le réel, cherchant à comprendre, imaginer, agir autrement aussi. Pourtant, notre culture générale n’intègre toujours pas vraiment l’histoire. Encore moins celle qui est aujourd’hui quasiment devenue science. En effet, ce que nous nommons l’histoire était morcelée, elle s’est rassemblée. Elle était locale, régionale, nationale, limitée dans le temps. Elle est devenue globale, mondiale, planétaire et plurimillénaire. Certes, l’histoire reste liée aux identités des continents, des pays, des gouvernants et des peuples et aux évènements qui font irruption brutalement ou qui s’accumulent à bas bruit. 

Pourtant, la recherche des causes permet d’en trouver qui reviennent en partie semblables. Il y a toutes sortes de religions différentes, de politiques différentes, d’économies différentes. Elles ont aussi des caractéristiques communes, tout en variant leurs expressions selon lieux et temps. Ainsi, on découvre « sous » l’histoire identitaire, événementielle, qu’il y une histoire fonctionnelle générale humaine et poursuivie. Nous la nommons destinale.

Nous y avons consacré déjà quelques articles dont le précédent. Nous le prolongeons ici. En étudiant pourquoi l’histoire humaine fonctionnelle est antagoniste (1, 2, 3, 4). Et surtout comment l’histoire humaine, vécue, éprouvée, pensée – dramatique, tragique, miraculeuse – à travers tous ses acteurs a inventé trois grandes figures complexes et antagonistes de l’humain en acte (5, 6, 7). Ces apports essentiels permettront d’aborder sur leurs bases éprouvées la question capitale suivante : comment pouvons nous passer d’une telle histoire science rétrospective à une histoire prospective ? La réponse viendra de l’étude appliquée et renouvelée des figures de l’humain précédemment découvertes et comprises à travers leurs liens fonctionnels et génétiques. Or, les identités des pays, des peuples, des gouvernants et l’évolution des évènements qui les ont produites, constitue l’histoire comme antagoniste. Elle l’est comme violence mais en même temps comme processus normal à l’issue ouverte. L’histoire, ainsi vécue, est « différente, indifférente », « bénéfique et maléfique », perturbée entre « multiplicité et unité » (8, 9). 

Cet ensemble de compréhensions nouvelles est la condition sine qua non d’une reconsidération pertinente de nos implications et de nos engagements pour intervenir plus lucidement et plus librement dans nos responsabilités concernant le destin humain. À partir de tant de changements fondamentaux, l’histoire devient science. Ses rétrospectives donnent déjà lieu à des prospectives sur documentations, analyses, interprétations fondées. 

Ces changements bouleversants découragent l’homme d’aujourd’hui si violemment pris par son vécu en cours. Quoi qu’on en ait, il faut accepter que notre vécu personnel limité, perturbé, aliéné, ne puisse délivrer qu’un sens tronqué du destin humain.  S’il devient un membre de l’humanité et veut contribuer à sa constitution comme ensemble réel, sentiment profond, expérience effective, esprit créateur, l’individu doit apprendre à se vivre et à se penser dans toute l’histoire humaine. Lorsqu’il veut mieux devenir lui-même, il remonte à, sa naissance, à sa famille, à sa généalogie. On avait été surpris jadis quand Jack Kérouac, grand aventurier de la route américaine, de la vie instantanée, de la politique et de la religion mal intégrées, était finalement venu dans les bibliothèques françaises rechercher des informations sur ses ascendances bretonnes. Les références familiales, groupales, associatives sont précieuses et naturellement indispensables. Celle à l’humanité, tout autant, voire plus à terme. C’est très loin d’être acquis et même dénié. L’histoire humaine vécue au présent mais immémoriale est l’un des incontournable chemins vers l’humanisation. Ne l’empruntons pas mais laissons surhumains, post humains, trans humains. Le compte n’y est pas sans humains déjà membres d’une histoire moins inhumaine !

1./ Thucydide : Périclès et la guerre du Péloponnèse

Thucydide est celui des 3 premiers historiens grecs qui pose déjà l’histoire comme fonctionnelle antagoniste. Sa vocation d’historien vient du choc qu’il ressent quand s’annonce la Guerre du Péloponnèse. Les cités-États grecques rivalisent entre elles non sans tempérances diverses dont celle du partage des Jeux Olympiques. Il y a une dynamique unitaire et plurielle stimulante du monde grec. De Marathon à Salamine, on a fait face aux troupes terrestres et maritimes d’un adversaire géant, la Perse. Athènes vit son « âge d’or ». La gloire qu’elle en retire la propulse et lui permet de rallier dans la ligue de Délos nombre de cités alliées. Quand cette hégémonie protectrice devient autoritariste, le mécontentement se répand.  Cela conduit Sparte et ses alliées à penser pouvoir s’en prendre à Athènes avant qu’elle ne devienne trop puissante. Ces antagonismes identitaires atteignent le niveau radical du tout ou rien : « Athènes s’impose et nous n’existons plus ! Ou nous existons si Athènes est vaincue. À la tête d’Athènes, Périclès analyse les enjeux c’est-à-dire, selon Thucydide les antagonismes fonctionnels à l’œuvre. Athènes est imbattable sur mer. Sur terre, si les deux adversaires s’opposent globalement, c’est Sparte qui gagne. Avec un bémol que souligne Périclès : attendons l’offensive de Sparte. Si elle survient, loin de ses bases, elle peut même gagner mais elle ne peut se maintenir. Périclès consolide les Longs-murs derrière lesquels les paysans des campagnes attaquées se réfugient temporairement. Tout à sa stratégie logique pondérée, Périclès oublie de penser à de possibles hasards contraires (antagonismes externes). Celui-ci prend la forme d’un navire égyptien apportant le typhus. Celui-ci sera d’autant plus meurtrier que les paysans réfugiés l’apportent en ville. Entre -430 et -425, près d’un tiers de la population d’Athènes est atteinte. Périclès meurt dés -429.

Ce bref récit recèle l’essentiel. Périclès abaisse le niveau général d’affrontement. Tout « va-t-en-guerre » le lui reproche. Périclès stratège et Thucydide analyste sont sur les traces du secret des antagonismes. Plus ils sont tempérés, plus ils peuvent durer. Plus ils durent plus leurs bénéfices politiques, économiques et informationnels sont importants pour l’ensemble humain « uni, divisé » dans lequel ils ont lieu. Et, par la suite, pour l’humanité entière. Cette stratégie antagoniste tempérée est peu connue, moins comprise, toujours débattue aujourd’hui. Hommage à Platias et Koliopoulos (2010) qui concluent : « Les Athéniens ont perdu la guerre quand ils ont radicalement inversé la stratégie de Périclès qui leur enjoignait explicitement de s’abstenir de nouvelles conquêtes ». La guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte dure 27 ans (-431, -404). Le récit fonctionnel antagoniste de Thucydide parvient jusqu’à l’année -411. Il s’arrête en plein milieu d’une phrase. Thucydide sera, semble-t-il, assassiné entre -400 et -395. Périclès et Thucydide voyaient la tempérance des antagonismes favorable au meilleur déroulement même d’une guerre.

2./ Deux millénaires et demi de Thucydide à Cosandey

Cosandey (1997, 2007) dans son travail exceptionnel d’histoire science planétaire plurimillénaire montre le chemin miraculeux des antagonismes tempérés à l’origine des progrès scientifiques et techniques. L’équilibre économico-politique informationnel exceptionnel, l’âge d’or des Cités-État grecques, Cosandey le nomme la « méreuporie » hellène. Or, elle agonise pendant les trois décennies de la guerre du Péloponnèse. Le temps de la Macédoine vient à une autre échelle qui engendre même l’Empire d’Alexandre. Le hasard de sa mort engendre quatre ensembles politiques rivaux. Athènes et Sparte sont maintenant perdues dans l’un deux jusqu’à ce qu’il soit lui-même renversé par le rouleau compresseur impérial romain. Nous exposons en détail cette évolution dans notre prochaine contribution en définissant plus la « méreuporie » (division rivale avec bonne issue).

3./  Khaldûn (1332-1406) : tribus et empires antagonistes et complémentaires

Chez Thucydide, la fonctionnalité étudiée par l’histoire est celle d’une rivalité des sociétés en temps réel. Chez ibn Khaldûn (2002, 2012) elle s’appuie sur une temporalité pluriséculaire. L’objet de l’histoire est aussi les sociétés mais au niveau de leurs formes reconduites. Il succession d’invasions tribales triomphant d’empires affaiblis. Mais les tribus ne peuvent pas consolider leur victoire au niveau d’un empire sans utiliser ses structures et ses fonctions. Elles dépendent de tout le cadre politique impérial. Elles apportent leur énergie au renouvellement des empires. On passe de l’antagonisme diachronique à la synchronie d’un antagonisme adaptatif fonctionnel entre les deux premières grandes formes de société : tribus et empires. L’antagonisme de violence se change en un antagonisme de composition. Le processus fonctionnel se reproduisant, on passe de l’histoire singulière, identitaire événementielle à une histoire généralisant ses observations. On met ibn Khaldûn à l’origine de la sociologie historique. 

4./ L’histoire antagoniste enchevêtrée : Tönnies, Dumont, Pirenne, Clastres

L’antagonisme génétique du passage des tribus aux empires est clairement présent au cœur de la médiation des chefferies. Pierre Clastres (1972) l’a bien montré. En temps de guerre, les membres de la tribu reconnaissent l’autorité nécessaire du chef. Lorsque le chef les a menés à la victoire, ils rejettent son encombrante autorité pour retrouver leur liberté du temps de paix. En réalité, on a un antagonisme entre les avantages et les inconvénients de l’État, vu du côté de la société tribale d’alors. Dans ce contexte les Grecs ont fait une invention politique exceptionnelle le sport de compétition. L’alliance fondatrice des royaumes entre politique et religion se lit dans l’intégration des sports intégré comme aussi des à des Jeux voués aux dieux de l’Olympe. La naissance de l’État et sa violence se tempère de sa garantie religieuse. Un nouveau destin glorieux état offert aux héros d’hier : triompher aux Jeux sous le regard des hommes et des dieux. Clastres était remonté juste avant, révélant dés son titre  « La société contre l’État  » un antagonisme qui, n’a pas disparu mais s’est transformé. D’où le succès de son ouvrage dans le contexte des évènements de 1968.

Louis Dumont (1911-1998) a opposé sociétés holistes, traditionnelles (1967)  et sociétés individualistes, modernes (1977-1978). Il passe de cette suite de différences historique à l’antagonisme fonctionnel synchronique. On a, dans toute société, une tentative de réguler pôle individuel et pôle collectif. Un autre ouvrage antérieur « Communauté et société » de Ferdinand Tönnies (1886) montrait que la succession historique diachronique d’un primat du communautaire (tribal) avant le sociétal (royal, impérial) cachait aussi un antagonisme fonctionnel régulateur de tout ensemble humain. Communauté, communautaire communautarisme sont toujours en question dans nos sociétés modernes.

Ces antagonismes fonctionnels n’en ont pas moins à chaque époque leurs incarnations identitaires événementielles. Ainsi, l’antagonisme entre les différentes façons d’associer la religion et la politique dans la constitution des ensembles sociaux qui conduira aux croisades est à l’œuvre déjà au huitième siècle. Henri Pirenne surprend quand, dans la 1ère moitié du 20esiècle, un moment de l’histoire humaine comme caractérisée par une solidarité antagonisme enchevêtrée autour de deux grandes figures symboliques opposées.  Celle d’un Charlemagne qui sépare et unit l’Église catholique et la monarchie capétienne, celle d’un Mahomet fondateur d’un islam pour qui religion et politique sont indissociables. Henri Pirenne diagnostique une évolution qui conjoint, oppose, déjoue et renoue les deux courants. Henri Pirenne, dans un article de 1924 (livre posthume de 1937) use d’une formule saisissante : « Sans l’Islam, l’Empire Franc n’aurait sans doute jamais existé et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. » 

5./ les (dés) orientations des « actions, passions » humaines

L’histoire globale planétaire millénaire grâce aux répétitions variables sur la longue durée, dépasse l’identitaire et l’évènementiel. Elle révèle de grandes fonctions à l’œuvre selon trois niveaux de complexité croissante. Le premier niveau élabore une multitude de conduites antagonistes (ouvert, fermé ; associé, dissocié ; autorité, liberté ; égalité, inégalité ; uni, divisé ; etc.). ? Leurs fonctionnements et résultats sont repris au cœur des grandes activités organisées, instituées : religion, politique, économie, information. Ce sont ensuite les associations, dissociations de ces grandes activités qui, au cours de l’histoire des multiples acteurs vont conduire à l’invention des formes successives de société : tribus, empires, nations et mondialisation. Trois niveaux, une genèse à travers ces trois grandes figures de l’humain. Elles s’inventent en permanence de façon « continue, discontinue » en témoignent. Elles constituent la matrice hypercomplexe de l’histoire humaine.

La première Figure pose l’adaptation comme problématique d’orientation de toutes les « actions, passions » humaines. Choisit-on une attitude d’autorité ou de laissez-faire, ou tel mixte des deux. Les orientations « données, construites » varient avec les cultures et leurs évolutions mais en relation avec des problèmes humains généraux analogues ; Étonnant exemple de LéviStrauss. Notre culture sportive fait fond sur l’inégalité. Or, le match est d’autant plus attractif que les deux équipes sont de force presque égale. Chez divers peuples premiers, la compétition part de l’inégalité naturelle. Or, il faut un score final d’égalité. Ici et là même vérité : le « jeu » relève d’une adaptation antagoniste et complémentaire entre l’égalité et l’inégalité. 

6./ Religion, politique, économie, information

Les grandes activités : religion, politique, économie, information sont constituées avant même l’histoire (Testart, 2011) et devenues des institutions.  Dumézil (1995) les montre incarnées par les dieux des panthéons indo-européens. Nous les pensons aujourd’hui sous cette forme profane des grandes activités. Elles sont influencées par les (dé) régulations innombrables des « actions, passions ». Ainsi, l’antagonisme « autorité, liberté » peut prendre en religion, en politique, en économie, dans la vie familiale, des orientations différentes et variables en temps et lieu. Chaque grande activité en comprend d’autres particulières. Elles sont aussi rivales comme matrice d’unification des ensembles humains. Chacune pense avoir les  meilleurs atouts. Dans cette compétition à trois puis à quatre (l’information) elles se hiérarchisent plus qu’elles ne s’égalisent. Elles choisissent de s’opposer ou de composer engendrant ainsi le mode d’organisation de chaque société et de son type d’État.

7./ Tribus, empires, nations et sociétés mondialisées

Nous venons de le dire ce sont les combinaisons des grandes activités qui sont à la source de l’évolution historique des formes de société, 3e figure de l’humain. Deux grandes périodes de l’histoire sont aisément repérables. La « dissociation, association » traditionnelle de la politique et de la religion est à la source des tribus, royaumes et empires. Cette forme traditionnelle de société plurimillénaire s’est vue contestée par celle, moderne, qui domine le religieux et le politique à travers l’association de l’économie et de l’information scientifique et technique. Ce qui a commencé quand la Ligue hanséatiques s’impose au roi du Danemark ; quand Venise devient plus riche que son employeur principal, l’empire byzantin. La « dissociation, association » de l’économie et de l’information soutient les révolutions scientifiques, techniques, industrielles et politiques. Cette période pluriséculaire conduit aujourd’hui des nations aux sociétés mondialisées. Tribus royaumes, empires n’ont pas disparu, d’où un vif imbroglio des formes de sociétés dans chaque société singulière. Impossible de garder la caricature « démocratie, dictature, démocrature ». La complémentarité antagoniste des formes de sociétés doit être plus, inventive.

8./ Antagonismes des grandes activités et genèses évolutives des formes de société

Après tribus et chefferies, la politique et la religion se précisent et s’associent en constituant ces ensembles humains plus importants, royaumes et empires, Cette alliance fut ainsi contractée avec ostentation par Constantin (Par ce signe tu vaincras !). Puis, chez les Francs avec Clovis et Charlemagne. Après eux, c’est encore Wladimir inventeur de la « Sainte Russie ». Poutine, en ce moment même, rivalise avec l’Ukraine en élevant une statue plus grande à Wladimir. Pour mettre en difficulté ces alliances théologico-politiques ou politico-religieuses, les acteurs de l’information et de l’économie ont eu fort à faire et longtemps ont échoué. Ils ont dû construire une 3e forme de société, la nation moderne, marchande, en appui démocratique. Il a fallu quatre révolutions enchevêtrées. Une des mœurs religieuses (protestantismes) ; la 2e, des sciences ininterrompues « hypothèse, mathématisation, expérimentation » ; la 3e, des gouvernances jusqu’à la mort infligée à deux rois et à un empereur ; la 4e, des techniques industrielles renouvelées. Ces deux associations opposées, politique et religion d’un côté ; économie et information, de l’autre, sont toujours à l’œuvre et se mêlent. Les formes rivales de société qu’elles ont produites sont aussi à l’œuvre dans chaque société : royaumes et empires, d’un côté, sociétés nationales de l’autre. Cependant elles aussi se mêlent ; surtout dans la mondialisation. La question ouverte est celle de savoir si ces interférences peuvent tourner en régulations, compositions, articulations intelligentes ou non ! L’interférence supplémentaire avec l’information s’est puissamment renouvelée. Elle reste un enjeu ambigu : internet, nouvelles pratiques sportives (NPS), réseaux sociaux, téléphones portables multitâches, économie du partage (Schwerer, 2017).

8./  Religion, politique : l’entre laïcisation réciproque impensée

Cette façon fonctionnelle antagoniste et globale de vivre et de penser l’histoire renouvelle tout problème. N’en prenons qu’un.  Si la laïcité est confondue avec la législation française de 1905, le processus qui la permet, est à l’œuvre depuis longtemps. Loin de n’être qu’une régulation des religions par le  politique, elle a produit, bien avant, des essais religieux de réguler des politiques guerrières inhumaines des empires. Au 2e siècle EC., le grand historien chinois Sima Qian (2015, 2002) fait état de récits fondés relatant qu’en 262 AEC, l’armée impériale victorieuse reçoit l’ordre d’enterrer vivants les 400 000 prisonniers de l’armée du royaume vaincu. Or, un grand nombre de sursauts philosophiques et religieux se sont produits dans l’espace-temps eurasiatique du premier millénaire AEC. Le philosophe allemand Karl Jaspers (1949) les a présentés comme un âge axial de l’humanité, en raison d’une incroyable émergence de religions de salut, soucieuses de la souffrance humaine liées aux misères et aux violences guerrières incessantes accomplies dans les guerres. De l’hindouisme au christianisme, en passant par les prophètes juifs, le zoroastrisme, le bouddhisme, le jaïnisme (Demorgon, 2016b : 33-70). Sur la laïcisation, on le voit, l’histoire longue repensée change totalement la donne. Si politique et religion montrent leur entre-laïcisation, celle-ci ne pourrait-elle englober l’économie et l’information. Mais nous anticipons sur le passage de l’histoire à la prospective, thème de l’étude à venir.

Bibliographie

  • Cohen D. 2013. Homo Economicus : Prophète (égaré) des temps nouveaux. Paris : A. Michel.
  • Clastres P. 1972 La société contre l’État, Paris : Seuil.
  • Demorgon J. 2016 b. Le grand universalisant laïque (L’homme antagoniste), in Phaéton 2. Bordeaux
  • Demorgon J. 2016 a. L’homme antagoniste. Paris : Economica.
  • Dumézil G. 1995. Mythes et Épopées, I. II. III. Paris : Gallimard
  • Dumont L. 1967. Homo hierarchicus, Gallimard
  • Dumont L. 1977-1978. Homo aequalis, Gallimard
  • Goody J. 2010, 2006. Le vol de l’histoire. Paris : Gallimard.
  • Ibn Khaldûn, 2012, 2002. Le Livre des exemples. 2 T. Paris : Gallimard.
  • Jaspers K. 1949. Nietzsche et le christianisme. Ed. Minuit.
  • Kérouac J. 1976 (1957). Sur la route. Le Livre de Poche. 
  • Romilly J. de, 1964, Hérodote et Thucydide, Paris : Gallimard
  • Platias A.G., Koliopoulos K., 2010, Thucydide on Strategy : Grand stratégies in the Pelopennesian War and their Relevance Today, Columbia University press
  • Schwerer C.A. 2017. Partage. Le nouveau stade du capitalisme ; Paris : le bord de l’eau.
  • Sima Quian, 2015, 2012. Mémoires historiques. Picquier.
  • Testart A. 2012. Avant l’histoire. Paris : Gallimard`
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