Inscriptions minimales des auteurs de l’interhumains-mondes

1./ Les inscriptions planétaires et millénaires des auteurs-monde(s)

2./ Les inscriptions antagonistes ensemblistes et destinales dès auteurs-mondes

3./ La découverte-invention de « l’interhumains-mondes » 

4./ Bibliographie réduite

1./ Les inscriptions planétaires et millénaires des auteurs-monde(s)

L’auteur monde se multiplie aujourd’hui. Nous voulons souligner ce phénomène trop peu perçu comme nous l’avons fait pour les lanceurs d’alerte (Demorgon 2019). Les deux manifestations sont d’ailleurs interdépendantes. Disons cependant que les auteurs monde actuels ont nombre d’ancêtres depuis le début des civilisations. Avant d’énoncer les caractéristiques spécifiques des auteurs monde d’aujourd’hui. Disons que l’auteur monde est situable et datable et part de là mais prend en compte et en charge des espaces et des temps sans limites préalables. Il se réfère à une très large histoire et préhistoire humaine comme au monde du vivant et à la réalité du cosmos. Non par mégalomanie mais pour ne pas perdre de vue l’interdépendance cosmique, vitale, humaine. Cette référence le conduit à développer régulièrement une critique des travaux qui font fi de cette interdépendance. Davantage, cette référence le conduit à ne pas laisser les distinctions nécessaires l’empêcher de découvrir les dialogiques dynamiques des opposés, des contraires, des antagonismes. Enfin quatrième de nos caractéristiques l’auteur monde est soucieux d’une évolution et d’une histoire destinales. Non qu’il possède un savoir à ce sujet. Il ne possède que son impossibilité de se croire sage en ignorant la question.

Les auteurs monde tels que la majorité d’entre eux se constitue aujourd’hui réunissent plusieurs caractéristiques nouvelles d’expérience et d’expression. 

Les plus faciles à percevoir sont l’étendue des donnés-construits pris en compte et en charge dans l’espace, leur extension dans le temps. Viennent ensuite  les inséparabilités originaires puis déployées distinctes. Comme entre être et devenir, évolution et stase, « action-réaction vive » de contact, échange et connaissance des humains entre eux au cœur des mondes. La pensée monde traditionnelle d’hier était métaphysique de plus d’une façon, en extériorité, en  surplomb résolutoire, en jugement dernier. Elle est devenue une pensée monde davantage en sursaut, ne séparant plus l’économie, l’écologie, la politique et l’éthique. Sans assurance prophétique apocalyptique ou messianique, elle est destinale librement impliquée. Sans absolu autre qu’une évolution sans limites connues. La vie « action-pensée, individuelle et collective des humains dans le monde des vivants découvre, vit et pense cette évolution comme antagoniste ensembliste, « destructrice, créatrice », mais pas hors de compréhensions et d’apprivoisements impliqués. Ce n’est toutefois possible qu’en rupture avec plusieurs séparations radicalisées et paralysantes déclinées à partir des séparations générales précédentes : « objectif, subjectif », « analytique, synthétique, « inductif, déductif, « rétrospectif prospectif ». Leur intérité originaire, leur interdépendance évolutive ont conduit à l’implication, à la dialogique en acte et en représentation, à la transduction, aux destins individuels et collectifs à inventer en co-productions à la fois contraintes et libres.

À partir d’au moins quatre inscriptions plutôt délaissées. D’abord, son inscription dans les espaces-temps « planétaires, cosmiques ». Ceux-ci se déclinent en milliers, millions, milliards d’années. Ensuite, les réels dont traite l’auteur monde ne s’arrêtent pas au simple perçu, pas davantage au simple nommé, ni même au simple conçu. En effet tous doivent être reliés à leurs genèses. Ce sont elles seules rigoureusement explorées qui pourront retrouver le réel toujours vite (dé) formé par stratégies et idéologies individuelles, groupales, sociétales. 

2./ Les inscriptions antagonistes ensemblistes et destinales dès auteurs-mondes

Tood (2011 :49) schématise : « le propre de la science n’est-il pas de rechercher sous l’apparente complexité du réel, la simplicité d’un ordre mathématique ? » Jean Vioulac (2018 :101), à partir de Marx, Husserl et d’autres précise :

« Les idées universelles et abstraites (production, monnaie)… bien que valables, à cause de leur abstraction pour toutes les époques… ne peuvent pas être prises comme points de départ. »

Ce sont des « concepts non critiques ». Ils doivent être « reconduits à leur fondement… le dispositif qui a effectivement et réellement universalisé, abstrait, formalisé la production, la société, la vie humaine. » Ce sont des hommes qui produisent leur pensée culturelle, ils le font toujours dans une inter-humanité qui constitue le réel originel dans ses deux dimensions liées interhumaine (éthique) et inter-cosmique (écologique). 

On comprend pourquoi la 3e inscription de l’auteur monde est nécessairement antagoniste ensembliste, comme le sont toutes les genèses qu’il étudie. L’auteur monde est « actuel et potentiel », « rétrospectif et prospectif », « local et global, « instant et durée », « spécialiste, généraliste », « pluri, inter et transdisciplinaire », « multi, inter et transculturel ». Il sait qu’il n’est pas tout cela mais qu’il en détient une partie mobile avec les humains, les vivants, le cosmos. À la grâce de l’infini qui, seul, peut le préserver de tout autre absolu prétendu. Et par là-même de mégalomanie si ridicule dans l’immense évolution destructrice, créatrice. 

C’est dans ces conditions que l’auteur monde est toujours aussi « impliqué destinal ». Todd (2017) se demande « Où en sommes-nous ? » Amin Maalouf (2019) interroge « Le naufrage des civilisations. ». Trois auteurs d’origines et de disciplines différentes mais de langue française seront nos premiers exemples avant tant d’autres. Grâce à eux nous pouvons d’emblée découvrir la généralisation de l’auteur monde à tout domaine. 

Ainsi, Philippe Descola (2005), ethnologue anthropologue, étudie le monde des vivants, découvrant les quatre ontologies relationnelles effectivement inventées entre humains et non-humains. Emmanuel Todd (2017, 2011), historien démographe explore par rapport à l’économique, au  politique et au religieux la façon dont l’histoire humaine s’est fragmentée en systèmes familiaux opposés. Cela en passant des chasseurs cueilleurs d’un espace-temps ouvert aux agriculteurs éleveurs pris dans des espaces-temps à défendre ou à conquérir, abaissant ainsi le statut féminin. Enfin, Stéphane Lupasco (1986, 1960), épistémologue, s’appuie sur la thermodynamique et la la microphysique pour (dis) associer les trois univers énergétiques cosmiques traditionnels « matière, vie, esprit » et mettre en évidence le conflit des trois éthiques.  

3./ La découverte-invention de « l’interhumains-mondes » 

On pourrait, on devrait présenter plusieurs récits de la constitution de cette interdépendance. Ce ne sera donc ici qu’un raccourci mais pourtant fruit d’une longue élaboration que nous empruntons pour partie à la reconstitution opérée par Jean Vioulac (2015). Le monde apparaît « d’abord » comme « donné » avec ses positivités et ses négativités qui nous dépassent. D’où le déploiement premier d’une poétique cosmogonique, cosmologique. Sa problématisation a pu entraîner la constitution d’une expression de la philosophie comme métaphysique. Celle-ci à son tour problématisée par la critique kantienne entend séparer. D’un côté, les objets phénomènes qui nous apparaissent et sont les objets des sciences et de science  légitime. De l’autre, tout le réel tel qu’il échappe à notre compréhension et à notre perception. Il ne relève pas de la science mais d’une foi, d’une croyance n’excluant pas une dimension de doute.  À la suite de Kant, en le prolongeant, en le « dépassant »,  ce monde métaphysique qui est lié dès la Grèce antique au primat de l’économie monétaire étatique est l’objet  d’une critique étendue et approfondie. Selon Vioulac (2018a, b,) elle réunit au minimum Marx, Nietzsche, Heidegger, Husserl, Derrida. Ce monde métaphysique est pris par la Grèce et l’Europe platonicienne dès Galilée  comme le véritable objet-monde. Kant montre déjà qu’il est le produit des catégories de notre esprit à travers lesquelles, les choses sont pensées. C’est le sujet humain qui caractérise la structure et le fonctionnement de ce monde que la science étudie. Le monde indépendamment du sujet humain  existe mais lui est inaccessible. Marx d’abord au 19e siècle, puis Heidegger en partie, et le dernier Husserl  montrent que le sujet humain ne tire pas son monde de sa pensée comme Kant le pense mais d’abord de son activité toute entière située, datée et collective. Elle est ainsi dans une implication plurielle, inséparable du monde extérieur lui-même qu’elle « manipule ». Et surtout, elle est inséparable de tous les autres hommes avec ou à travers lesquels ce monde s’éprouve. Rappelons la crise des sciences européennes, référence centrale de Husserl. Il écrit dans l’ombre de la relativité einsteinienne et de la physique quantique. Celles-ci on remis à sa place l’objectivisme de la physique classique très lié à l’esprit métaphysique. Elles n’admettent plus la séparation radicale de l’objet et du sujet et pas davantage celle des humains entre eux. Elles mettent au premier plan « la manifestation de la raison immanente à la communauté humaine ». Le monde de « l’information étendue et approfondie » est aujourd’hui un monde en même temps trans-subjectif et trans-objectif. Il ne peut pas séparer dans l’humain, les élites et les masses. La vérité quand certains la mettent d’un côté ou de l’autre constitue ipso facto ce monde comme non réel. 

Ainsi Todd (2017 : 477)  écrit :

« L’obstination dans l’affrontement populisme/élitisme, s’il devait se prolonger, ne saurait mener qu’à la désagrégation sociale. »

Il est vrai, la conversion constructrice de cet antagonisme destructeur « Élites, Peuple » n’est pas vraiment en vue. Elle supposerait qu’à partir de la laïcité de 1905 il y ait intuition et découverte du processuel synchronique des laïcisations à l’œuvre dans l’histoire humaine entre les grandes activités. À commencer par la 1ère laïcisation, celle du politique guerrier du 1er millénaire AEC par les sursauts spirituels – religieux et philosophiques – de « l’âge axial de l’humanité » pensé sans datation rigide. 

La conversion constructrice de l’antagonisme destructeur « Élites, Peuple » reste même impossible si les humains ne parviennent pas plus nombreux à se découvrir comme d’emblée en perspective  ouverte « dissociés, associés ». C’est à dire non pour se poser les uns, les autres en opposés absolus mais pour décider – cas par cas – comment « faire face » à l’infini du monde et d’eux-mêmes. Sans cette libre intention humaine, les humains (élites ou peuple) n’ont pas de réel horizon monde. Ils n’ont qu’un vide. Qu’importe qu’ils le remplissent d’illusions religieuses, politiques, médiatiques, économiques. Seules les articulations inventives – « objet, sujet », « moi, autrui », « eux et nous », « les uns, les autres » fondent un horizon-monde qui met en question tout comblement absolutisé du vide : rentabilités sans fin, concurrences illimitées, « libres » échanges pervertis. 

Vioulac (2015 :149) peut écrire :

« Le monde… projet situé à l’infini… est appel à la liberté… au lieu d’écraser le sujet par la massivité de son fait.. »

*

4. / Bibliographie réduite

Demorgon J. 2019. Lanceurs d’alerte. La Révolution prolétarienne n° 805, juin 2019.

Demorgon J. 2019. Des auteurs-Monde. La Révolution prolétarienne n° 806, sept. 2019. Descola P. 2005, Par delà nature et culture. Gallimard.

Lupasco S. 1986, L’homme et ses trois éthiques, Éditions du Rocher.

Lupasco S. 2003, Les trois matières, Sophon, (1960).

Todd E. 2017.  Où en sommes-nous ?  Esquisse de l’histoire humaine. Seuil.

Todd E. 2011.  L’origine des systèmes familiaux I./ L’Eurasie. Gallimard

Vioulac J. 2018b. Marx. Une démystification de la philosophie. Ellipses

Vioulac J. 2018a. Approche de la criticité. PUF.

Vioulac J. 2015. Science et révolution. PUF.

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