L’HISTOIRE SCIENCE DU DESTIN DES HUMAINS

L’histoire science du destin des humains

Sources:J. Demorgon in La Révolution Prolétarienne n°799, 2017.

1./ Quand l’histoire devient pleinement science 

1.1./ L’histoire science est fonctionnelle et globale, planétaire et millénaire 

a./ L’histoire est déjà pensée comme une science par sa rigueur dans l’établissent des faits. En témoignent la paléographie, l’archéologie, les méthodes de datation. Mais elle doit être aussi une science à travers la conception même de son objet. Le morcellement excessif de celui-ci en pays séparés, à l’exception des guerres et du commerce, est encore parfois dominant. Pas d’histoire – communément revendiquée – de l’humanité. 

b./ Non seulement les extensions planétaires dans l’espace et millénaires dans le temps sont indispensables mais aussi la possibilité de traitements communs de toutes les histoires locales et datables. Au-delà des évènements singuliers et des acteurs identifiés, ces traitement doivent recourir à de grandes fonctions partagées : anthropologiques, culturelles, instituées, analysables dans toutes leurs variations. 

c./ Par exemple, relater de l’extérieur les évolutions des religions, politiques, économies et informations est précieux mais ne doit pas occulter l’essentiel. À travers les multiples et variables « actions, passions » de tous les acteurs humains, chacune des grandes activités – religion politique, économie, information – se pose en meilleure matrice d’unification des ensembles humains.

d./ Ces grandes activités, prises dans des dynamiques de rivalité, d’alliance, de conflits de pouvoir, peuvent alors être étudiées à travers leurs différentes stratégies liées à leurs fonctions primordiales dans chaque pays comme entre eux tous. Elles contribuent ainsi à façonner les visages et les vies des États et des peuples. 

e./ On peut mieux s’interroger sur la complexité du réel de l’histoire qui reste, certes, évènementielle et identitaire, mais devient aussi fonctionnelle et globale, planétaire et millénaire. Une intelligence autrement complexe peut advenir. 

f./ Ainsi, concernant les affrontements entre formes de société différentes, on peut étudier quelles sortes d’unification donnent aux unes et aux autres telle énergie, telle cohérence mais peut-être aussi telle faiblesse. Au 14e siècle, ibn Khaldûn (2012, 2002) le fait sur les conflits enchevêtrés et reconduits entre tribus et empires au cœur de l’Islam. Il établit ainsi une histoire fonctionnelle, une sociologie historique. 

g./ Cette évolution vers une histoire plus globale et plus fonctionnelle se poursuivit lentement. Jack Goody (2010, 2006) s’est rendu célèbre en montrant que l’Europe s’est longtemps vue en référence quasi-exclusive dans toute constitution d’une histoire globale. Mais le projet de globalisation, ainsi manqué allait aboutir au 20e siècle à une révolution de l’histoire. Les crises épistémiques de la science classique puis les crises éthiques liées aux deux guerres mondiales en furent les accélérateurs (Demorgon, Klein, 2018).

1.2./ Constitution d’une histoire science du destin humain au 20e siècle

a./ Des travaux nombreux et décisifs se cumulent au 20e siècle. En 1918, Spengler, pose la question de la fin de la civilisation occidentale. Il est devancé par Henri Berr, philosophe, qui comprend la nécessité impérieuse de coupler la philosophie et l’histoire synthèse, d’où sa Revue de synthèse historique (1900). Ensuite sa collection éditoriale est même intitulée « Évolution de l’humanité » (1920). Peu après, créée par Lucien Febvre et Marc Bloch (1929), on aura les Annales d’histoire économique et sociale, à la recherche d’une histoire « complète » d’une histoire « totale ».

b./ Cette orientation vers les civilisations et l’humanité devient déterminante. Arnold Toynbee (1996), en 12 volumes de 1934 à 1961, présente les civilisations à travers une métaphore biologique (naissance, développement, déclin, mort). Paul Valéry la rend célèbre : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Dans la perspective d’une histoire fonctionnelle générale, Toynbee montre qu’une civilisation émerge en réponse à un défi surmonté et meurt en raison d’un défi non surmonté. Il prolonge sa métaphore qualifiant même de cancer la militarisation démesurée qui surgit souvent avant la fin et l’accélère. 

c./ S’orienter vers les civilisations et constituer une histoire coextensive à tous les humains se renforcent sous l’influence des barbaries extrêmes des nouvelles guerres mondiales du 20e siècle. Mais aussi du fait de l’accroissement des données et de leur échange. Citons les recherches d’un Needhamn sur l’avance incroyable de la Chine en sciences et en techniques. Ou les nouvelles synthèses de Braudel (2013,1963) et Wallerstein (2002,1985) pour les économies monde, le capitalisme historique, la grammaire des civilisations.

d./ L’histoire fonctionnelle se découvre antagoniste, au sens plein d’un antagoniste qui compose même dans les violences des opposés. À la fin du siècle, cette découverte s’approfondit avec Cosandey (2007, 1997).

e./ Dans la 1ère moitié du 20e siècle, Henri Pirenne présente déjà cette perspective d’une histoire humaine enchevêtrée dans un article de 1924 devenu livre posthume en 1937, sous une formulation saisissante :  « Sans l’Islam, l’Empire Franc n’aurait sans doute jamais existé et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. »

f./ Dans la deuxième moitié du siècle, Pierre Clastres en donnait un exemple dès l’origine de l’histoire, celui de « La société contre l’État  ».

1.3./ Lier histoire globale, histoire spécifique et philosophie de l’histoire

a./ L’histoire science ne peut pas résulter d’une simple juxtaposition des connaissances évènementielles et identitaires des pays de la planète et de leurs acteurs à travers les millénaires. Elle doit établir leurs fonctionnements, leurs stratégies, leurs interactions. Et cela dans le cadre des réponses culturelles et institutionnelles déjà produites par l’histoire des uns et des autres. 

b./ Parmi celles-ci, au premier plan, on trouve les grandes activités : religion, politique, économie, information. Elles se sont constituées puis instituées comme matrices d’unification et d’organisation des ensembles humains. 

c./ Elles produisent aussi de grandes activités mixtes : familles, groupes, jeux, arts, droits, morales, sciences, techniques. Ainsi, David Cosandey (2007, 1997) étudie les modalités sociétales propices ou non aux découvertes scientifiques et aux inventions techniques. E. Todd (2017, 1983) étudie les modes d’organisation planétaires des relations familiales. 

d./ Histoires spécifiques et histoires globales planétaires et millénaires s’intègrent pour un progrès fondamental du développement de l’histoire dans le cadre du 3e régime de science (Demorgon, 2017). 

e./ Certains penseurs ont parfois cru pouvoir synthétiser la complexité plurifonctionnelle de l’histoire à partir d’une dominante monofonctionnelle. On a nommé à tort ces tentatives des « philosophies de l’histoire ». Elles ne pouvaient l’être puisqu’elles se substituaient à une histoire manquante qui aurait dû être leur base réflexive. Ces « philosophies de l’histoire » ne partaient pas des multiples histoires humaines. Elles interprétaient l’histoire sur des bases seulement religieuses ou économiques.

L’histoire science est multi-transdisciplinaire. Elle se réfère aux sciences « dures » et humaines sans exclure les philosophies de l’histoire appuyées sur des études scientifiques. Celles qui relient données fonctionnelles multiples et genèses particulières, générales, singulières dans l’espace-temps planétaire. 

2./ D’histoire vive en histoire science. Figures ambivalentes du destin humain

2.1./ Histoire vive, longue, et figures antagonistes de l’humain

a./ Ce sont, au cœur de l’histoire, les fonctions humaines – repérées, comprises, traitées – qui ont conduit à la constitution d’une histoire science. Elles seules évitaient les fonctionnalismes plaqués sur les évènements comme ceux des messianismes religieux identitaires annonçant le  retour de personnages absolutisés. Ou encore ceux liés aux aveuglements des intérêts privés, tel le triste homo économicus (Cohen, 2013).  

b./ Les fonctions antagonistes retenues pour l’histoire science sont celles dont on peut découvrir l’origine et le développement conflictuel renouvelé dans l’histoire en acte. Ainsi des grandes activités – religion, politique, économie – (2e figure)  repérées par Dumézil (1995) dans les panthéons et les épopées des peuples indoeuropéens. Ou, encore, les formes de société – tribale, impériale, nationale, mondiale (3e figure) repérées par Testart (2012) « avant l’histoire ».

c./ Ces grandes figures constituent les bases à partir desquelles les acteurs humains parviennent non sans difficulté à se rassembler, à s’opposer, à se détruire. Elles détiennent la clé des imbroglios dans lesquels les humains perdent sans cesse  le sens de l’histoire. Et donc la clé d’une histoire science en invention désormais permanente. Précisons-les, à commencer par la toute première figure, si basique qu’elle est devenue inconsciente.

2.2./ La (dé)régulation (dés)adaptative de toutes les « actions passions.

a./La 1ère figure de tout humain est la « (dé)régulation (dés)adaptative de toutes les « actions, passions » humaines. Cet océan est si complexe et si vaste que les humains tentent, selon leurs cultures, de s’en donner une saisie simplifiée, à travers des dyades d’orientations opposées. 

b./ Ainsi, dans l’espace : « avant, arrière », « droite, gauche », « haut, bas ». Dans toutes les « actions passions », les dyades sont nombreuses : « ouverture, fermeture », « liberté, autorité, « ressemblance, différence », etc. 

c./ Elles peuvent être ternaires comme les trois orientations  de l’espace : « hauteur, largeur, longueur » ; du temps : « passé, présent, futur » ; de la pensée : « particulier, général, singulier ». Mais aussi quaternaires et quinaires (les cinq sens).  

d./ Les oppositions peuvent aller jusqu’aux « contradictions…indestructibles, constituantes, non modifiables » (Ghils, 2012 :134). Ainsi, elles garantissent les bases fixes des adaptations humaines à composer  par la totalité des acteurs dans l’infini de leurs  situations changeantes.

e./ Certes, les termes des oppositions évoluent dans les devenirs stratégiques et culturels des ensembles humains selon lieux et temps. À côté d’oppositions substantielles on a parfois de simples écarts (Jullien, 2012). Ceux-ci divergent plus ou moins à partir de fonctions générales communes antérieurement acquises ou en cours d’invention.

2.3./ Religion, politique, économie : de rivalités en (dés)unions

a./ Ce sont les infinies et incessantes conduites (dé)régulées de la 1ère figure qui orientent, affaiblissent ou soutiennent, bref, informent les grandes « Activités, Passivités » – religion, politique, économie, information – qui composent la 2efigure de l’humain en acte. Les acteurs humains, associant des activités particulières proches et liées, ont constitué, distingué, organisé, institué ces grandes Activités globales. 

b./ Ils n’ont pas toujours perçu leur rivalité quant à leur rôle commun de « matrice d’union des humains » que chacune exprime non sans ostentation. C’est le cas de la religion avec ses temples, églises, mosquées. Celui de la politique avec ses trônes, palais gouvernementaux, parlements, tribunaux. Celui de l’économie avec ses marchés, banques et bourses. C’est le cas encore de l’information avec ses écoles, collèges, lycées, universités, académies, et ses multiples médias, eux aussi organisés et institués.

c./ Les grandes Activités ont chacune de nombreuses activités déclinées ou mixtes. Ainsi l’information est orale, écrite, gestuelle, ludique, sportive, artistique, juridique, scientifique et technique. 

f./ Les pratiques et les représentations historiques des grandes Activités les montrent (à travers leurs acteurs) en relation d’opposition, de concurrence mais aussi d’association et de complémentarité. C’est ainsi qu’au long de l’histoire, selon les lieux, les temps et les circonstances, elles sont à l’origine des diverses grandes formes de société : tribale, royale-impériale, nationale, mondiale (3e figure de l’humain). 

2.4./ Profils d’évolution géo-historique et formes des sociétés

a./ L’histoire fonctionnelle générale permet de comprendre par quelles voies se constituent les sociétés diverses, selon quel profil historique d’évolution sociétale. La raison de cette genèse tient à ce que les grandes Activités fonctionnent comme des matrices rivales d’unification des ensembles humains. 

b./ Soit la 1ère forme de société, les tribus de l’époque des chasseurs-cueilleurs, elles évoluent avec la double révolution néolithique. Celle des pasteurs nomades des steppes usant du cheval monté. Celle des agriculteurs, éleveurs sédentaires des plaines fluviales. Les progrès démographiques consécutifs vont entraîner le passage à une forme nouvelle d’ensemble humain. Grâce à la religion et à la politique associées un 2e profil d’évolution sociétale de type fidéiste va engendrer chefferies, cités-États puis royaumes et empires. 

c./ Les conditions d’implications humaines se modifiant, les deux autres grandes activités, l’économie et l’information, jusque-là dominées, s’associent à leur tour . Elles sont ainsi à l’origine d’un 3e « profil d’évolution sociétale » engendrant la nation marchande industrielle en relatif appui démocratique. 

d./ Plus près de nous, avec les progrès des transports et les multiples modalités techniques nouvelles d’information et de communication, un 4e profil d’évolution engendre la société d’économie financière informationnelle mondiale.

e./ L’histoire fonctionnelle antagoniste est constituée par les oppositions et les luttes de pouvoir entre les acteurs en tant qu’ils s’impliquent différemment au sein de chacune des grandes Activités « associées, dissociées » Ainsi, elles sont à l’origine des quatre formes principales de société, déjà citées, tribale, royale-impériale, nationale, mondiale (3e figure de l’humain). 

2.5./ Complexe évolution de chaque société singulière

a./ Chaque forme de société historique met en évidence ses problématiques et les réponses qu’elle trouve. La forme suivante pour devenir à son tour dominante doit les reprendre et rebattre autrement le jeu. Reste que les problématiques et les réponses antérieures et nouvelles coexistent, interagissent se modifient. Certes les nouvelles l’emportent mais les anciennes loin de disparaître peuvent, affaiblies, se maintenir.

b. / Conséquence de ce phénomène : les sociétés singulières sont d’une hyper complexité impensée puisqu’elles sont faites de leur propre enchevêtrement géo-historique des différentes formes de sociétés successivement apparues. 

c./ Dès lors, la confrontation de sociétés si complexes, constitue en elle-même un défi extrême. Un véritable nœud gordien. Celui-ci est plus souvent tranché dans l’extrême violence  que dénouer dans l’invention subtile. 

d./ Reste que les parcours historiques (les quatre profils et leurs variantes) peuvent être mieux compris en référant les conflits aux antagonismes entre les grandes activités rivales (2e figure). La triple étude qui suit teste la possibilité qu’offre la dynamique suivie des activités rivales de penser l’histoire dans une globalisation singulière unique, par exemple, un millénaire et demi d’histoire européenne. La rétrospective de trois parcours, en partie répétitifs pour trois des grandes activités, conduit à des réflexions prospectives décisives pour le destin des humains.

e. Nous présentons ailleurs d’autres rétrospectives planétaires du même niveau d’intelligibilité globale. Elles partent toujours des trois figures de l’humain investies de façon antagoniste entre conscience et inconscience comme dans les études de Cosandey  (Demorgon, 2018).

3./ Suite de mondialisations : Papauté romaine. Europe coloniale. Finance-monde

3.1./ La Catholicité romaine du sommet au repli

a./ Après la Chute de l’Empire romain, l’Église catholique romaine va produire l’unification religieuse de l’Europe et s’installer comme forme de société dominante.

b./ De Clovis à Charlemagne, elle devient la caution du politique. Elle manifeste diversement sa puissance. Avec ses ordres monastiques opérant localement ou ses constructions architecturales de toutes sortes voire sublimes. 

c./ De plus, la Papauté romaine parvient, pendant plusieurs siècles, à contrôler le politique. Elle nomme dans chaque pays les évêques qu’elle souhaite. Elle excommunie les rois et empereurs dont le comportement déroge à ses yeux. 

d./ En économie, son contrôle passe par l’interdiction du prêt à usure entre chrétiens. Du côté de l’information, la vérité qui compte est la vérité révélée. Les publications réprouvées sont interdites. Les savants sont menacés dans leur recherche et dans leur vie. 

e./ La Catholicité romaine gère même le développement colonial mondial dans la paix entre nations européennes. En 1494, elle garantit le traité de Tordesillas qui met fin aux guerres coloniales entre la Castille et le Portugal. Une ligne de démarcation « Est, Ouest » répartit les droits de navigation et de conquête des territoires dans tout l’Atlantique. 

f./ Suite à ses corruptions graves et répétées – dont la vente d’indulgences pour gagner le Paradis (les subprimes religieuses) – l’Église perd ses atouts sous la montée victorieuse des divers Réformateurs protestants. Les guerres de religion vont suivre donnant à la grande activité politique – depuis longtemps contestatrice de la domination religieuse – l’occasion de s’imposer à son tour au sommet.

3.2./ La rivalité politique européenne coloniale du sommet à la chute

a./ Avant la Réforme, plusieurs politiques ont manifesté de très fortes oppositions à la Papauté romaine. Henri IV d’Allemagne, humilié par Grégoire VII à Canossa (1077), revient à Rome avec son armée. Les batailles conséquentes atteignent durement les Romains qui en rendront responsable le Pape. Grégoire VII (1015-1085) finira tristement ses jours alors qu’Henri IV d’Allemagne (1050-1106) lui survit pendant deux décennies. En France, en 1307, le roi de France, Philippe Le Bel, dépouille les Templiers liés à la Papauté. 

b./ Avec la réforme protestante, le politique est clairement restauré. Les Princes allemands nomment eux-mêmes leurs évêques et chaque peuple prend la religion de son Prince. Schisme supplémentaire : Henri VIII d’Angleterre se proclame chef suprême des catholiques anglais. Il instaure l’Eglise anglicane, imposant la suprématie du politique national sur le religieux prétendu universel (catholique). 

c./ L’économie va devenir plus dynamique quand Calvin proclame la liberté du prêt à usure entre chrétiens. Pour ce qui est de l’information, l’Inquisition est affaiblie. Les scientifiques sont protégés par le politique et l’économique. 

d./ Les principaux acteurs politiques ainsi libres vont entrer, eux aussi, dans un ensemble d’excès, d’erreurs et de fautes, en commençant par la constitution de monarchies absolues. Les absolutismes produisent des « crases » forçages unificateurs alimentés par la religion comme la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV. L’activité politique n’est pas en mesure d’inventer une autre unité et la paix conséquente.

e./ Du 16e au 18e siècle, on a des guerres politico-religieuses violentes, durables : Guerre de Trente ans, Guerre de quatre-vingts ans. Les Européens hostiles se précipitent dans d’inhumains massacres. 

f./ La brève reprise impériale napoléonienne met fin au Saint-Empire romain-germanique (962-1806) resté contenu et limité. Napoléon vaincu, les grandes puissances victorieuses se proposent de réaliser un « Concert européen » (1815-1914). 

g./ Cela n’empêche pas les Etats de développer un nationalisme exacerbé. Pour l’emporter chaque pays invente sa propre « union sacrée » entre autoritarisme politique et séduction religieuse. Toute orientation pacifique vaudra traîtrise comme en feront les frais pacifistes allemands et français de 1917. Dans l’entre-deux-guerres, prolifèrent les dictatures : fascistes, nazie et stalinienne. La grande activité politique tombe elle aussi dans des meurtres massifs militaires et civils.

h./ Certes, en 1945, l’analyse est recouverte par la victoire avec la libération des peuples et des camps. Plusieurs politiques dévoyés sont vaincus. Cependant, le règne général de la grande activité politique laissée seule au pouvoir a pris fin avec son aboutissement à de telles guerres. La politique n’a pas protégé l’avenir au Traité de Versailles, n’a pas empêché Munich ; n’a pas sauvé les européens stigmatisés comme Juifs,  ne soutenant ni les « lanceurs d’alerte » comme Bonhoeffer ni les « sauveurs » comme Wallenberg, assassiné en Urss. 

3.3./ L’Économie financière mondiale : le triomphe et l’échec

a./ Longtemps barrée par les pouvoirs religieux puis politiques, l’économie n’a cependant pas cessée de se renforcer. Dès le 11e siècle, avec la Ligue hanséatique dans la Baltique, et les cités marchandes italiennes dont Venise, en Méditerranée. Les grandes compagnies maritimes mondiales vont accroître encore les ressources de puissance de l’économie. 

b./ Après la 2e Guerre mondiale, la grande trouvaille sera de réanimer la concurrence économique y compris avec les adversaires d’hier. Ce sera la « Triade » : Etats-Unis, Europe (grâce au plan Marshall) et Japon. Stimulée, l’économie internationale devient performante. À tel point que, sans guerre chaude, l’URSS s’effondre, redevenant Russie ; et la Chine joue l’économie mondiale. 

c./ L’économie mondialisée apparaît comme la matrice d’unification humaine la plus performante au nouveau niveau planétaire. Cela lui ouvre le contrôle des autres Activités. Religions, politiques, informations médiatiques, scientifiques et techniques dépendent d’elle. Cet accès au pouvoir suprême, via les dérégulations nationales et la mondialisation financière des grandes entreprises, va vite conduire à une inégalité vertigineuse des ressources entre les acteurs humains. 

d./ Au dernier bilan, les huit premiers milliardaires détiennent les mêmes ressources que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 3 milliards ½ de personnes. Au delà de la crise engendrée par le mensonge quasi-institué d’une offre de titres toxiques (« sub-primes »), cette nouvelle variété d’économie est encore en mesure de produire des miracles. Elle n’en est pas moins en échec grave : maffias incontrôlables, misère humaine endémique, écologique terrestre hyper-menaçante, guerres régionales interminables, migrations désespérées très meurtrières.

3.4. L’histoire science de la rétrospective à la prospective

a./ La triple étude qui précède concernant l’atteinte du pouvoir suprême quasi-exclusif par chacune des trois grandes activités montre clairement que pour ces trois dominations extrêmes étudiées, force est de constater des débuts novateurs, des moments producteurs de réussites voire de miracles dans leur ordre mais hélas aussi des incapacités finales de plus en plus graves conduisant même à des massacres. 

c./ Un complément indispensable à la présente étude montrera comment dans des conditions historiques étonnantes mais nombreuses, les figures de l’humain, interactives, composées, articulées ont entraîné plutôt davantage de miracles. 

b./ Une telle étude rétrospective répétitive ouvre sur une réflexion étendue et approfondie et pose la possibilité d’une nouvelle prospective innovante. 

Bibliographie

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Cosandey D. 2007. 1997. Le secret de l’Occident. Paris : Flammarion.

Demorgon J., Klein E. 2018. La science est-elle née en Occident ? Une étude de l’œuvre de David Cosandey. Alger : Editions El Borhane.

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Demorgon J. 2017. Histoire des sciences, histoire science, histoire entière. Figures de l’humain et Carré culturel, Synergies Monde méditerranéen, 6. Sylvains lès Moulins : Gerflint

Demorgon J. 2016. L’homme antagoniste. Paris : Economica.

Dumézil G. 1995. Mythes et Épopées, I. II. III. Paris : Gallimard

Goody J. 2010, 2006. Le vol de l’histoire. Paris : Gallimard.

Ibn Khaldûn, 2012, 2002. Le Livre des exemples. 2 T. Paris : Gallimard.

Testard A. 2012. Avant l’histoire. Paris : Gallimard`

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Toynbee A. 1996. L’histoire. Paris : Payot.

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