ANTILLES FRANÇAISES. Dans le noeud gordien des crises « nationale » et « mondiale » !

Sources : Antilles françaises. Dans le nœud gordien des crises « nationale » et « mondiale » La Révolution Prolétarienne n° 764, mars 2009, p. 3-7.

PLAN suivi de l’intégralité de l’article

1/ « Liyannaj kont pwofitasyon », L.K.P.

2/ Prix abusifs et conduites « douteuses » autour de l’essence

3/ Politique d’attentisme et d’allers-retours

4/ Prix abusifs et conduites « douteuses » autour de l’alimentation

5/ Les Békés, les autres et les autres…

6/ Le racisme bafoue histoire, mémoire, identité

7/ Un refus général de s’inventer avec l’Autre

8/ L’exemple algérien : la victoire-défaite du 8 mai 1945

9/ Comprendre les grandes dynamiques historiques de l’aventure humaine

10/ L.K.P. – Les Antilles françaises, au cœur de l’aventure humaine

11/ Sur ces bases, engageons une dynamique inventive « France-Antilles »

1/ « Liyannaj kont Pwofitasyon », L. K. P.

Le « Liyannaj » est une métaphore agricole. Des ignames croissant à proximité les uns des autres, leurs tiges courbes et souples en viennent à s’enlacer. Après de vives et nombreuses tentatives effectuées dans le temps, pour unifier les divers syndicats, les élections prud’hommales ayant aussi rendu leur verdict, « Liyannaj Kont Pwofitasyon », L. K. P. », est confirmé dans sa représentativité, et va s’insérer fortement dans une conjoncture dramatique tournant autour de la vie chère, du chômage, de l’essence impossible.  Dans ce contexte de « souffrance réelle du plus grand nombre, confronté à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits »,  L. K. P. a pu « lier, relier, allier, rallier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé ». D’où, l’intitulé du mouvement : « Liyannage kont Pwofitasyon ». 

La langue française dénonce bien des « profiteurs » mais n’en crée pas pour autant la notion de « pwofitasyon ». Elle pose seulement « le profit » comme s’il était objectif et neutre. Celui-ci existe-t-il, ou n’est-il pas souvent abusif, outrancier, indécent ? Certains ont voulu justifier les gains des « actionnaires » en référence au droit sacré de la propriété. Ils peuvent fixer eux-mêmes leur rémunérations puisqu’elle provient de l’argent qu’ils ont investi et qui leur appartient. Faute d’un rapport suffisant de leur argent, ils l’utiliseront ailleurs. C’est un peu rapide, car la question reste posée des conditions, loyales ou non, écologiques ou non, dans lesquelles les managers ont fait fructifier cet argent. Leurs bonus élevés ont sans doute à voir avec cette question ! 

On invoque encore une autre justification de la « profitation ». Elle est légitime si elle résulte du dynamisme que suscite  la fameuse « concurrence libre pure et non faussée ». Celle-ci a été, en 2005, si ridiculement matraquée comme panacée dans le traité constitutionnel européen, qu’elle a détourné de lui nombre de Français et de Néerlandais, acquis à la cause d’une autre Europe. 

La vérité commence à être connue : la concurrence est faussée. Certains ont déjà l’avantage de rentes préalables de situations. Personne ni aux Etats-Unis, ni en Europe, n’a pu venir à bout de la rente de situation de Microsoft et Bill Gates est aujourd’hui la première fortune au monde. La « main invisible » de l’économie n’offre pas une émulation objective qui favoriserait constamment l’innovation. Ceux qui existent déjà ont plus de chances de continuer à se reproduire que ceux qui ne sont pas nés, de naître. Il y a heureusement quelques exceptions. 

La « pwofitasyon », routine mutilante pour la multitude, demeure un vrai problème. Elle est une réalité singulièrement fréquente, surtout en Guadeloupe en raison de « la spécificité de son espace-temps relationnel à la métropole ». Voyons comment ! 

2/ Prix abusifs et conduites « douteuses » autour de l’essence

Concernant l’essence, trois perspectives différentes vont entrer en liyannaj involontaire.  A la mi-décembre 2008,  les patrons transporteurs routiers manifestent, pendant trois jours, bloquant la circulation avec leurs camions. Ils obtiennent une réduction de 30 centimes du prix de l’essence. D’autres patrons ont en tête de se partager la construction de treize stations de distribution automatique de l’essence alors que la consommation stagne, voire régresse. Beaux bénéfices en perspective, et aussi probable fermeture de dizaines de stations ordinaires avec des centaines d’emplois perdus : une belle promotion du chômage ! 

A la mi-janvier 2009, en réplique à ce projet, les gérants des stations services ferment, en accord avec leur personnel. Reste, on s’en doute, la population ordinaire qui, a fortiori, ne peut supporter le prix de l’essence. C’est un domaine au fonctionnement singulier puisqu’on y trouve un monopole de fait, celui de la « Société Anonyme de Raffinage des Antilles, la SARA., dont l’unité est en Martinique. Total, son premier actionnaire, associé à plusieurs autres grands pétroliers, contrôle aussi 45% des stations-service. De toute façon, c’est le préfet qui fixe un prix de l’essence qui, depuis 2004, dépasse celui de la métropole. 

3/ Politique d’attentisme et d’allers-retours

Aux prises avec des évènements de cette profondeur et de cette ampleur, les gouvernants parisiens ne sont pas au rendez-vous. On l’a souligné : si les mêmes évènements s’étaient installés au long des semaine dans n’importe qu’elle région de l’Hexagone, le Président de la République, si présent partout en France et dans le Monde, serait intervenu bien plus tôt. La relation avec les Antilles reste une relation avec un ailleurs qui déboussole. A la mi-févier, sur Europe 1, Yves Jégo parle de « chocs culturels » entre un « cartésianisme métropolitain » et une « culture créole qui est tout à fait particulière ». 

Par contre, dans un entretien au Journal du Dimanche, actualité oblige, il déclare que « le système de fixation du prix des carburants est complètement faussé ». Il s’interroge sur « une transparence qui n’est pas au rendez-vous, sur cet enrichissement sans cause des compagnies pétrolières. Il énonce même la possibilité que l’on ait « une action judiciaire de l’Etat ». 

Par ailleurs, alors qu’il a un rendez-vous avec une délégation du L. K. P., il n’a même pas la politesse de faire prévenir qu’il doit retourner d’urgence à Paris. Beau cartésianisme ! La délégation guadeloupéenne est stoppée de force devant la porte du lieu où elle était invitée. Elle doit faire face  à ce mépris. Domota  martèle : « On n’a pas à être traité comme des chiens ! »

4/ Prix abusifs et conduites « douteuses » autour de l’alimentation

Dans un texte du 20 févier 2009,  Jean Crusol, économiste de réputation incontestable, précise que les économies de ces régions sont très dépendantes des importations, ce qui implique une cascade d’intermédiaires : « importateurs, compagnies maritimes , transitaires, Etat et collectivités locales pour les taxes douanières et l’octroi de mer, Chambre de commerce et d’industrie pour les taxes portuaires, grossistes, grande distribution, détaillants…Ainsi les prix rendus sur le marché des Antilles et de la Guyane représentent le double, le triple, voire parfois plus, du prix d’origine… Ce phénomène renvoie à la structure coloniale originelle de ces économies… les marges bénéficiaires s’accroissent à chaque étape par la valeur du produit déjà augmentée à l’étape antérieure ». D’autant que des opérateurs peu scrupuleux  contournent « les règlements de la concurrence et des prix, en abusant de positions dominantes voire d’un monopole de fait ».

Dans la grande distribution alimentaire aussi, les différences entre prix dans l’Hexagone et en Guadeloupe sont sidérantes. On a 20% déjà sur le lait UHT Candia, 30% sur le riz au lait « La Laitière », 45% sur les Epinard Daucy,  55% pour le litre et demi de Coca-Cola, 65% pour l’huile de tournesol. La différence est même de 75% pour la biére « 1664 », ou le décaféiné bonne nuit « Grand mère ». Elle est de plus de 95% pour le riz Oncle Ben’s ou le  pack de 6 bouteilles de Volvic. Elle dépasse les 155% pour le paquet de Figolu. 

Le système économique n’a-t-il pas son ressort vertueux, la concurrence, libre pure et non faussée ? Parlons-en. Tatiana Kalougine précise : « Dans la grande distribution, Bernard Hayot (GBH) contrôle 43% des surfaces de vente en Martinique alors qu’un seul acteur ne peut en posséder plus de 25%. Robert Parfait, puissant propriétaire de la licence « Hyper U », a porté plainte en mars 2007, lors de la construction du deuxième Carrefour de GBH. La grande surface a quand même ouvert.  La plainte traîne depuis deux ans au tribunal administratif ».

5/ Les Békés, les autres et les autres…

La question que nombre de Français hexagonaux ont en tête est celle des arrières plans ethniques des mouvements sociaux antillais. C’est ainsi que Guy Sitbon (2009) envoyé spécial de Marianne, écoute ce qui lui est dit et s’en fait l’écho : « La profitation porte couleur sur son visage, c’est la couleur de l’homme blanc…Le Noir travaillait pour le Blanc contre un bol de riz, il continue à travailler pour lui contre un salaire de misère…La profitation de classes trotte du même pied que la profitation de races ». 

Béatrice Gurey et Benoit Hopquin, dans « Le Monde », cherchent à faire le point sur les Békés. Venus en Guadeloupe dès 1635, ils ont au cours des siècles, grâce aussi à un monogénisme blanc,  finit par se constituer en aristocratie possédante que la durée légitime.

S’il y a des Blancs-pays en Guadeloupe, les Békés, au sens strict, sont installés en Martinique à Cap-Est, « Békéland ». « Les Hayot, Despointes, Loret, Barbotteau (sic !), Reynal, Aubéry règnent sur l’économie de l’île depuis toujours. « Ces descendants d’aventuriers, de cadets de famille désargentés, ou même de relégués de justice, ont même été payés pour libérer leurs esclaves, en 1848. L’esclavage a disparu mais ils sont restés les maîtres de père en fils ». Les journalistes questionnent ceux qui acceptent de parler car la plupart préfèrent se taire. 

Toutefois, c’est un moment de vérité sur « Canal Plus » quand Alain Huygues-Despointes endosse sans complexe la nécessité de « préserver la race » et son dégoût du métissage. On présume que ce monogénisme n’a pas dû être facile ! L’entretien a été diffusé en plein air dans les deux îles. De quoi alimenter les réflexions. Dehors, en fin de journée, un manifestant  s’exclame : « Les Békés vous êtes des malpropres ! Cela fait trois cent cinquante ans que vous nous exploitez, ça suffit. Nous ne sommes plus vos esclaves. Donnez-nous ce que vous nous devez ! ». 

Il y a aussi ceux qui disent que les békés sont un symbole dépassé et que l’on devrait regarder du côté de ceux qui les remplacent, venant de l’hexagone, Juifs, par exemple, précisent certains, anonymement, sur Internet.

6/ Le racisme bafoue histoire, mémoire, identité

Alain Huygues-Despointes, béké raciste, semble être un homme d’un autre âge. Mais voici, rapportées au coeur des évènements, deux anecdotes. Un Antillais, quarantenaire, fait son jogging. Il change son parcours et passe en limite d’un quartier résidentiel. Sans problème pendant deux jours. Le troisième, quelques clôtures habituellement fermées sont légèrement entrouvertes. Certes, les chiens ne sont pas en liberté dans le jardin mais un homme averti…peut changer à nouveau de parcours.

La seconde anecdote vient d’un haut administratif, juste arrivé de l’hexagone. Après une journée difficile, il regagne son quartier résidentiel et sa villa. Il entre dans son jardin et, comme c’est son habitude ailleurs aussi, il néglige de fermer la porte derrière lui. A côté, son voisin qu’il n’a qu’aperçu jusqu’ici, se promène avec ses deux chiens. Lui, aussi, a laissé entr’ouverte sa porte de clôture et les chiens se faufilent d’une propriété vers l’autre. Mais percevant la relative inquiétude de l’administratif hexagonal, il l’apostrophe rapidement : « Ne vous inquiétez pas ! Ils sont dressés à ne pas attaquer les blancs ! ».

Le racisme est un racisme blanc. Il s’inscrit dans la situation de non-reconnaissance de l’autre, liée à son exploitation. Dans un tel contexte, on voit mal comment les exploités pourraient avoir une bonne opinion de leurs exploiteurs. Mais cette mauvaise opinion ne peut pas être assimilée à du racisme. Il n’y a, à strictement parler, pas de racisme noir. 

Par ailleurs, l’invocation des races n’est que le masque d’un déni de l’histoire. Les « Blancs » s’en reconnaissent une et n’en reconnaissent pas à l’autre. Dénis de l’autre histoire, de l’autre identité, de l’autre tout court. Ce processus accompagne une large part de l’histoire humaine. 

Agir contre est difficile, car c’est le maître qui contrôle l’histoire et la mémoire. A preuve, ces enfants antillais qui entendent leur professeur dire « Je vais vous parler des évènements de mai 67 ». Tous, heureux de reprendre l’enseignant, s’exclament en choeur : « de mai 68, Monsieur ! ». Mai 67, ce moment tragique de la présence française aux Antilles est aujourd’hui régulièrement évoqué. 

Un marchand de chaussures, blanc, tolérait difficilement un antillais, handicapé, qui, devant son magasin, proposait aux passants des bouts ferrés pour leurs chaussures. Ce jour-là, plus énervé, le boutiquier, laisse partir son chien contre l’Antillais. 

Il faut avoir en tête que c’est ce qui, jadis, arrivait aux esclaves en fuite. Les passants s’interposent aussitôt et s’en prennent au boutiquier. L’intervention de la police va dégénérer. Sept morts seront officiellement déclarés. Il y en a eu presque une centaine. Peu soucieux de faire connaître la vérité, les pouvoirs publics français ne lèvent toujours pas le « secret défense » prévu jusqu’en 2017.

7/ Un refus général de s’inventer avec l’Autre

Les royaumes et les empires européens de l’âge classique ont, en dépit du christianisme, repris l’esclavagisme des empires antiques. Appuyés sur l’alliance du religieux et du politique, ils ont, en partie, contribué à stabiliser, ralentir voire stériliser les évolutions. La modernité s’est fondée sur l’alliance des acteurs de l’économie et de l’information. Le progrès scientifique et technique devenait le garant d’un renouvellement constant dans la production et la consommation, amorçant une sorte de paradis sur terre. La Grande-Bretagne y est parvenue la première et, à sa suite, les Etats-Unis et la France. 

Ces Nations modernes, industriellement performantes, articuleront pourtant mal les différentes classes sociales, d’où des conflits sociaux à répétition. Elles ne sauront pas non plus faire évoluer les sociétés restées royales impériales, d’où l’impossibilité d’éviter deux guerres mondiales aux violence inimaginables. Elles ne gèreront pas mieux leurs propres rivalités. Enfin, elles manqueront l’établissement d’une relation viable entre métropole et pays colonisés. 

Cette quatrième situation nous intéresse dans la perspective d’autres relations entre la France hexagonale et les Antilles. Un long travail reste à faire sur quatre siècles d’aventure mal partagée. Pour le moment, prenons un raccourci exemplaire, celui de l’Algérie pour nous rendre compte du désastre de l’entreprise coloniale des nations marchandes industrielles, en l’occurrence ici la France, au sortir même d’une guerre contre l’Allemagne nazie.

8/ L’exemple algérien : la victoire-défaite du 8 mai 1945

En Algérie, en 1936, le Congrès musulman se déclare en faveur de l’assimilation. A Paris, le projet Blum-Violette entend, sans attendre, donner la citoyenneté à 30.000 personnes. Devant l’opposition des colons, et pour d’autres raisons, le projet est remis. 

En 1937, devant une foule immense, Messali Hadj prononce pour la première fois le mot « indépendance » et, prenant un peu de terre dans ses mains, déclare : « Cette terre n’est pas à vendre, c’est la nôtre ! ». 

Chacun, en France, connaît le 8 mai 1945, date de la victoire sur le nazisme. En Algérie, ce 8 mai 1945, des manifestations festives et pacifiques ont lieu. A Sétif et à Guelma, des drapeaux algériens se mêlent aux drapeaux des Alliés. La police ouvre alors le feu, entraînant révolte et  répression d’une sauvagerie inimaginable, cela sur plus de deux mois. Automitrailleuses, incendies de personnes vivantes, font au moins 40.000 morts pour le Consul américain et plus de 80.000 pour les Oulémas. Sur cet abîme d’inhumanité, l’Algérie indépendante émergera dix-sept ans plus tard après combien d’autres horreurs. 

On peut raconter la même histoire concernant l’Indochine ou Madagascar. Dans les trois cas, les responsables et leurs populations ont été, un moment, tentés de rejoindre  la grande nation. 

La forme sociétale de la nation aura duré bien moins que les royaumes et les empires. Elle va être dépassée par l’histoire. Pour quatre raisons. Elle n’a pas installé une véritable démocratie intérieure. Elle n’a pas été en mesure d’éviter les horreurs extrêmes des deux guerres mondiales et des génocides qui les ont accompagnés ou suivis. Elle n’a pas mis fin aux empires d’hier. Et surtout, elle n’a pas été en mesure, en dépassant le colonialisme, de s’inventer autre en inventant une régionalisation du monde, unique et originale. Elle y trébuche aujourd’hui encre avec les Antilles, la Guyane, la Réunion, la Nouvelle Calédonie…

Elle l’aurait dû pouvoir le faire sur la base d’une reconnaissance des trésors identitaires et relationnels que constituaient, de facto, les multiples sociétés et peuples  rassemblés. Certes assemblés de façons diverses et souvent plus que contestables et cependant prêts à faire le saut dans un ensemble nouveau capable de les reconnaître au sein d’une aventure humaine commune. 

9/ Comprendre les grandes dynamiques historiques de l’aventure humaine

Ampleur, durée, dignité, efficacité du mouvement « L. K. P. » prouvent que des symboliques profondes sont à l’oeuvre. Des intuitions sont produites par une expérience longue, lente difficile. Il faut pour le comprendre les situer en référence aux dilemmes de l’aventure humaine. Celle-ci s’invente comme une série antagoniste. Des constructions sont, sur la longue durée, suivies de déconstructions qui ne détruisent, en partie, la construction antérieure que pour réussir la construction suivante. 

a/ « Détribalisation » et construction impériale : elle a occupée trois millénaires pendant lesquels les empires, plus sédentaires, se sont mesurés aux tribus plus nomades, laissant ces traces géantes que sont  le limès romain et la Grande Muraille de Chine. 

b/ « Désimpérialisation » et construction des nations. Les Nations ont enchaîné sur les guerres de conquête et de colonisation des empires. Elles n’ont qu’à grand-peine contenu les empires en deux guerres mondiales aux violences extrêmes. Elles ont échoué dans la tentative de constituer politiquement des unités mondiales (Union française, Commonwelth). 

c/ « Dénationalisation » et mondialisation. Celle-ci est liée à la vitesse et à l’étendue des communications économiques et informationnelles. Elle a conduit à l’implosion de l’URSS et à l’évolution de la Chine. Elle met en question l’ensemble des sociétés dont les nations.

10/ L.K.P.-Les Antilles françaises, au cœur de l’aventure humaine

L.K.P. participe de toutes ces dynamiques. Du côté du passé, le mouvement s’inscrit dans la décolonisation, la « désimpérialisation » que la France laisse inachevées. D’où le rappel : « La Gwadlup Sétan nou, pas ta yo !»

Du côté de l’avenir, il s’inscrit dans une « dénationalisation » de la France que celle-ci  ne sait comment effectuer pour une autre ouverture aux défis de l’Europe et du monde. 

Du côté de l’actualité : ni l’indispensable réparation du passé, ni la nécessaire préparation de l’avenir ne sont possibles aux conditions actuelles de vie d’une large part du peuple antillais. C’est à une profonde « déprolétarisation » qu’il faut procéder. Les pouvoirs publics s’en détournent, laissent la misère s’aggraver par de multiples subterfuges. Or, cette « déprolétarisation » est la condition sine qua non pour que l’aventure commune puisse se poursuivre. Elle définit le point de rupture, car la preuve y est faite d’un mépris incommensurable et qui ne renonce pas.

11/ Sur ces bases, engageons une dynamique inventive « France-Antilles »

L’ensemble des analyses précédentes devraient faire comprendre qu’une nouvelle dynamique inventive « France-Antilles » peut être construite par une correction profonde des manques de la relation actuelle. Le moment historique s’y prête. En effet les politiques s’étaient abonnés  à la rengaine de la sagesse immanente et suffisante de la main invisible du marché. 

La crise généralisée des Banques, Bourses, Assurances et industries financières et autres, indique clairement l’erreur. L’aventure humaine a inventé de grandes orientations d’actions telles que la religion, la politique, l’économie, l’information. Elle s’est successivement fourvoyée en accordant la prééminence au religieux, puis en l’accordant au politique et aujourd’hui, à l’économique. Il est donc temps de comprendre que ces grandes orientations ne doivent pas se succéder mais s’articuler et continuer à s’inventer ainsi. Par exemple, l’économie et l’information associées peuvent se montrer inventives aux Antilles. 

Comme le souligne Jean Crusol. Deux points sont incontournables.  Le premier est l’indépendance énergétique. La Réunion montre ici l’exemple. « Les énergies renouvelables y couvrent déjà plus du tiers des besoins de l’île… Or, les Antilles et la Guyane sont, ici, particulièrement bien dotées : énergies solaire, éolienne, houle océanique. Elles doivent s’engager dans cette voie et accéder dans les meilleurs délais à l’autonomie énergétique ». Second point : « la recherche d’une plus grande autosuffisance alimentaire. Ceci suppose non seulement que soit poursuivie et amplifiée la substitution de la production locale (riz, poulet, porc) aux importations… mais que soient développées de nouvelles ressources alimentaires ». Crusol le souligne : « lorsque l’on visite les régions tropicales à travers le monde, on est frappé par le fait que des ressources alimentaires largement utilisées dans certaines contrées sont ignorées dans d’autres. »Aux plans politique et informationnel, la reconnaissance de l’identité antillaise doit donner lieu à des changements significatifs. Dans l’ordre statutaire, mais aussi dans l’ordre médiatique. Par exemple, R.C.I. Guadeloupe ne devrait pas voir sa manne publicitaire dépendre des opinions émises. Par ailleurs, la question identitaire historique doit pouvoir donner lieu à des écritures différentes de l’histoire. On a tenté, en Europe, d’articuler une histoire croisée franco-allemande avec une réussite plus que mitigée. 

Toutefois, la perspective, en elle-même, mérite d’être généralisée. La mondialisation géographique entraîne la mondialisation historique. C’est à plusieurs voix que s’écrira demain l’histoire humaine. France hexagonale et France antillaise n’ont aucune raison d’attendre. Il faudrait aussi, pour cela, savoir suspendre, à temps, un « secret défense », abusif concernant la répression de mai 1967, en Guadeloupe. Comment justifier qu’on interdise aux historiens la consultation du dossier jusqu’en 2017 ?

Autre « pas de travers » politique inquiétant : accuser Domota de racisme ! C’est ridicule, comme, hier, d’accuser d’antisémitisme Edgar Morin. Tout un groupe d’Antillais s’est réuni, répétant les propos tenus par Domota. L’accusation, ainsi ridiculisée, sera sans doute abandonnée. Domota s’est clairement expliqué. On ne peut pas confondre racisme et divergence sur les événements historiques. Et de citer Napoléon qui reste un héros dans l’hexagone. Toutefois, de son vivant, certains le critiquaient déjà, par exemple, sur la grande mortalité de ses guerres. Ils s’entendirent répondre : « une nuit de Paris y pourvoira ! » 

Pour Domota, Napoléon a rétabli l’esclavage, y compris militairement. La plupart des Français ignorent la barbarie inimaginable que connût alors Saint Domingue. On peut en avoir une idée si l’on sait qu’un corps expéditionnaire métropolitain de 37000 soldats en perdit 27000. L’envoi de renforts fut insuffisant et le corps expéditionnaire dut évacuer l’île. Les anciens esclaves victorieux proclament alors leur indépendance en cette fin 1803. 

L’histoire n’est pas avare d’informations même si, en avril 2009, elles n’ont guère servi de fondement aux « états généraux de l’Outre-mer ». 

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