PANDÉMIE – COVID-19 – PHILIPPE DESCOLA

J. Demorgon : Humains et Non-humains

SOURCES : La Révolution Prolétarienne n° 809, juin-juillet 2020, p. 16-19.

1./ Des virus, des bactéries, des animaux et des hommes !

a./ Avec le covid-19, les non-humains – animaux, bactéries et virus interdépendants – reviennent au premier plan de l’actualité.  L’émission « Le Dessous des cartes » sur Arte est bien connue des lecteurs de la RP (J.-C. Victor, RP n°796). Celle du 30-05-2020 portait sur les genèses millénaires des pandémies en particulier virales. 

b./ Dans leur cas, les non-humains liés entre eux et aux humains sont « le » virus, « la » chauve-souris, et pour le Covid-19, le pangolin, hier ignoré, aujourd’hui connu dans le monde entier. L’animal est « chassé pour sa viande et recherché pour ses écailles utilisées en médecine traditionnelle chinoise ». 

c./ Le nouveau non humain viral est donc un nouveau Coronavirus, le Covid-19. Rappelons qu’un virus est une « semi » cellule, dite acaryote. Elle est sans noyau comme les procaryotes. Plus limitée encore, elle ne peut se reproduire que sur une base invasive monopolisant à son service les moyens reproducteurs de « l’hôte » envahi. 

d./ Remontant l’histoire, Arte (2020) présente les plus anciennes maladies contagieuses mortelles et leurs liens aux animaux. La rougeole « apparait avec la domestication des bovins vers moins 6500 ans. » Au contraire, la variole, autre maladie virale, est qualifiée d’interhumaine. Bovins, singes, chameaux ont leur propre sorte de variole. Les virus sont spécifiques mais, comme un virus peut muter, son passage de telle autre espèce animale à l’espèce humaine peut finalement advenir. La peste relève d’une bactérie (cellule procaryote sans noyau mais se reproduisant elle-même). Elle est transmise par toutes sortes de rongeurs et pas seulement par les rats et leurs puces. Elle l’est aussi par des carnivores familiers, chiens et chats. 

e./ « Non-humain » ne caractérise pas seulement animaux, végétaux, bactéries et virus mais aussi des réalités physiques qui contribuent à la transmission comme l’air et l’eau. Certes du fait de leur pollution bactérienne ou virale. L’eau dans le cas du choléra.

f./ La pandémie du Covid-19 s’inscrit dans un cycle de nouvelles pandémies virales spécifiques que liste Vinciane Despret, préfacière du récent livre de Frédéric Keck (2020). Soit : Grippes  « espagnole » (1918), asiatique (1957), de Hong Kong (1968). Mais aussi fièvre hémorragique liée au virus Ébola (1976). La déforestation en République du Congo a favorisé les contacts entre animaux sauvages, telle la chauve-souris, et les humains. Quant au Sida (1981 en France), son virus, le VIH est issu de chimpanzés du Congo (années 20) puis du Cameroun (années 60). Il a la propriété de se transmettre par voies sexuelles et sanguines. 

g./ En 2003, le SRAS, forme très sévère de pneumonie, s’est répandu essentiellement en Chine, à Hong-Kong, Taïwan et Singapour. Ajoutons, le Mers (2012) syndrome respiratoire moins connu car cantonné au Moyen-Orient et à la Corée du Sud, transmis aux humains par les dromadaires qui l’ont attrapé des chauves-souris.

2./ Révolutions néolithiques, industrielles, croissances, histoire des pandémies 

a./ La croissance démographique des populations post-révolution néolithique a entraîné des regroupements humains en sociétés de plus en plus denses. Les échanges, guerriers ou commerciaux, sont allés croissant à mesure que les transports gagnaient en variété, capacité, rapidité. Tout cela conduit à la survenue des épidémies et pandémies.

b./ Au 4e siècle de notre ère, la variole est en Chine. Au 7e siècle, elle est en Inde et autour de la Méditerranée. La Péninsule ibérique est atteinte par la conquête musulmane et la variole passe alors en France. Au 11e et 12e siècles, elle suit les Croisés. 

c./Au 16e siècle, ce sont les marins espagnols et portugais que les virus accompagnent vers le Nouveau Monde. Même si les situations d’alors et d’aujourd’hui sont de connaissance et de complexité différentes, Philippe Descola (2020-06-03) fait bien de rappeler la monstruosité du phénomène qui frappe le continent américain : plus de 50 millions de morts. Rapporté, à la France actuelle, il faudrait l’imaginer perdant « les neuf dixièmes de sa population… Il suffit de penser que des gens ont réellement connu des événements de ce type pour comprendre que la situation présente n’est que modérément inédite ». 

d./ Quant à la peste, une information surprendra. Vers 1344, elle part de Chine : déjà elle aussi de Wuhan, ville aujourd’hui connue du monde entier. « Via les routes de la soie, la peste voyage avec les Mongols dans les steppes d’Asie centrale puis en Inde…Elle emprunte les navires génois qui la répandent, à Constantinople, Messine et Gênes » (Arte, 2020). Elle arrive à Marseille en 1347, remonte le Rhône, gagne Paris et toutes les grandes ville d’Europe moins d’une décennie après son départ de WuhanQuand, vers 1352, elle prend fin, la peste a fait 50 millions de morts en Europe. 

e./ Le Choléra suit et provoque déjà l’actuel débat. Plutôt s’abriter de la contagion ; ou plutôt poursuivre la vie économique. C’est seulement 50 ans plus tard que Koch découvre le bacille transmis par l’eau. Après 1817, il y aura 7 épidémies.

f./ Les processus de contagion pandémique à l’échelle planétaire s’accélèrent avec la grippe espagnole, en fait américaine. Vers la fin de la 1ère Guerre mondiale (mars 1918), elle va des États Unis vers l’Europe, atteignant tranchées, camps, contrées. Elle cause 50 millions de morts : plus du double de ceux déjà causés par la Guerre même.

g./ Un demi-siècle après, à l’été 1968, la grippe de Hongkong prend les transports aériens de masse vers Taiwan et Singapour. Dès septembre, du fait de la guerre menée par les États-Unis au Vietnam, les Marines emmènent la grippe en Californie. Enfin le virus se retrouve en Europe dès l’hiver. « En quelques semaines », en France, « plus de 30.000 morts », sans émouvoir l’opinion ou les médias.

h./ Particulière est l’épidémie liée au virus Ébola. Originaire de la République du Congo, elle touche Guinée, Sierra Leone, Liberia. Les graves déficiences des systèmes de santé locaux font que 50% des malades atteints décèdent.  Une telle mortalité « limite la propagation du virus hors d’Afrique. » (Arte, 2020).

i./ Un contexte de départ semblable et les modalités spécifiques de transmission du virus HIV contribuent à une progression échelonnée du sida. Pour Paul Benkimoun (2014) « le virus est apparu en 1920 à Kinshasa ». Il réapparaît au Cameroun dans les années 60, il se redéveloppe au Congo-Kinshasa et en Afrique centrale. Il faudra sa propagation en Californie au début des années 80 pour qu’il gagne le monde entier. Au total en 40 ans, « le virus a fait 36 millions de morts dans le monde ». 

3./ Covid-19. Les avertissements successifs de tous ordres n’ont pas manqué

a./ Au fur et à mesure de sa constitution poursuivie au long des siècles, la longue histoire des épidémies que nous venons de rappeler, constituait déjà un avertissement répété.

b./ Plus près de nous, la survenue d’un virus menaçant l’espèce humaine et partant de Wuhan a été posée dans un roman de science-fiction au milieu du 20e siècle. Cela nous a valu en février 2020, un début de théorie du complot, peut-être énoncée de bonne foi. 

c./ Le fait historique bien établi de la peste partant de Wuhan au 14e siècle était très certainement connu du romancier. Il projette ce passé réel sur un futur vraisemblable qui, quelques décennies plus tard, se révèle exact au présent. La fiction avertit à sa façon.

d./ Quant au complot, Trump et Bolsonaro le reprennent contre la Chine. Déjà pour discréditer l’OMS jugée prochinoise et pouvoir arrêter ainsi leurs subventions. 

e./ La philosophie et la science aussi avertissent. Peter Singer (1975), philosophe australien qui enseigne aux États-Unis à l’Université de Princeton, voit son livre la Libération animale traduit en français en 1993, dix-huit ans après l’édition originale survenue un demi-siècle avant le Covid-19 mais à un an seulement d’Ébola qui sera suivi du Sida, du Stras, du Mers.

f./ Singer ne manque pas de rappeler les avertissements utilitaristes encore plus anciens : de Jérémy Bentham (1748-1832) à Henry Sidgwick (1833-1900). Dans La Libération animale, le chercheur étend « le principe d’égale considération des intérêts » aux non-humains. Cette égalité fonde l’interdépendance ignorée ou déniée de tous les êtres.

g./ Cela le conduit à compléter les mises en évidence des erreurs et fautes du racisme et du sexisme. Pour celles concernant les animaux, il invente le terme de « spécisme », nommant ainsi toute conception et pratique dégradante à l’égard des espèces animales. 

h./ Xénophobies, indifférences sont de bien mauvaises conseillères. Traiter les animaux de façon inconsidérée, voire monstrueuse, déclenche des perturbations étendues et profondes qui retentissent inévitablement aussi sur les humains Nous payons à un tarif élevé le prix de l’ignorance voire du déni de la puissante interdépendance écologique.

i./ Un nouvel évènement sanitaire hyper grave survient peu avant la dernière décennie du 20e siècle et joue aussi sur le moment son rôle d’avertissement : la catastrophique maladie de la vache folle. L’ESB, encéphalopathie spongiforme bovine, touche d’abord le Royaume-Uni où elle infecte plus de 200.000 animaux. Elle est le résultat d’une escroquerie commerciale, la fabrication et la vente admises dans l’alimentation des herbivores de farines carnées produites à partir de carcasses et de cadavres d’animaux non consommables. 

j./ L’affaire se révèle fort dangereuse quand, en 1996, il est avéré que la maladie est transmissible aux humains consommant de la viande (Demorgon, 2001). La maladie peut atteindre aussi nombre d’autres espèces. En 2004 encore, on découvre « le cerf fou » au Colorado. Une battue gigantesque permet d’en abattre plus de dix mille.

k./ Dans un tel contexte, c’est un avertissement global qui est donné par Agnès Sinaï et Yves Cochet en 2003 sous le titre programme  : Sauver la terre. Les avertissements sont nombreux, d’ordre divers mais concernent toujours aussi les relations entre humains, non humains. 

l./ Dès lors comment s’étonner que, dès 2005, paraisse, entièrement centré sur ce thème, le livre exceptionnel de l’anthropologue Ph. Descola  : Par-delà nature et culture (2015, 2005). Certes, l’écologie bénéficie d’apports multiples dont ceux traités ici. Et d’autres apports plus généraux visant à la fonder. Ne citons que Grégory Bateson, Félix Guattari, ou John B. Cobb.

m./ Avec Descola, un seuil fondamental tout à fait nouveau est franchi. Grâce à une ethno-sociohistoire multimillénaire jamais faite sur les genèses idéologiques et pratiques des relations « humains, non-humains ». Suite inédite de l’histoire multiple, cosmobiologique, des longues genèses conjointes de la Terre et de la vie. Ensemble, ces deux histoires établissent la première « critique de la raison écologique ». C’est la condition pour la possibilité de faire advenir l’écologie comme science destinale. 

n./ Ces apports de Descola et leurs conséquences juste évoquées, feront l’objet d’une prochaine étude. En tout cas, le lien avec nos soucis actuels ne fait aucun doute. Il est même singulièrement personnifié par Frédéric Keck, chercheur des plus liés à l’œuvre de Descola. Dès 2010, dix ans avant le Covid-19, il sort un livre au titre inédit Un monde grippé. Faisant le bilan des grippes meurtrières successives et de leurs causes, Keck est tout à fait conscient d’une épidémie future et de notre impréparation. 

o./ 2012 The Lancet sort un numéro avec Carlos Zambrana-Torrelio et plusieurs chercheurs : la prochaine pandémie est annoncée huit ans avant dans un dossier intitulé Zoonoses

p./ Marina Aizen (2020) évoque David Quammen (2013) et son livre aux titre et sous-titre en quasi cri : SpilloverAnimal Infections and the Next Human Pandemic. Métaphore de « La tache d’huile », épidémie en extension ! Sous-titre prophétique, sept ans avant.

4./ Déni de l’interdépendance écologique « humain, végétal, animal, viral »

a./ Co-fondatrice de l’agence Journalistes pour la planète et connue pour ses diverses études écologiques, Marina Aizen fait le point sur les situations à l’origine de certaines maladies contagieuses transmissibles aux humains. Elle se réfère à plusieurs chercheurs présents dans les divers lieux menacés de la planète. 

b./Ainsi, Zambrana-Torrelio (2020), chercheur bolivien, vice-président d’EcoHealth Alliance, étudie plusieurs foyers épidémiques de la planète. Il travaille au Liberia et en Sierra Leone, suite à la survenue de l’épidémie « Ébola ». Or, l’origine est dans la déforestation. Elle chasse les chauves-souris et les met en contact avec d’autres espèces. On a un bouillon de culture avec circulation et mutation du virus franchissant la barrière des espèces jusqu’à l’homme. 

c./ Loin de l’Afrique, pour une autre pathologie contagieuse, Zambrana-Torrelio fait le même constat « À Bornéo, la fragmentation du couvert forestier provoque une recrudescence du paludisme. Dans des espaces ouverts, il y a de grands trous dans lesquels s’accumule l’eau et où se reproduisent les moustiques. Ceux-ci vont transmettre le parasite, donnant la malaria aux hommes qui, près de là, exploitent les palmiers à huile. »

d./ Concernant cette pathologie contagieuse, M. Aizen ne peut qu’évoquer aussi le Brésil : « Jair Bolsonaro s’enorgueillit de la souveraineté brésilienne sur les cendres de l’Amazonie. » Elle rappelle l’étude de la revue Emerging Infections Diseases montrant qu’en 2010 : « la destruction de 4% de la forêt avait entrainé une hausse de 50% des cas de paludisme. »

e./ L’été dernier, Zambrana-Torrelio découvre l’existence d’un nouveau foyer épidémique en Bolivie, causé par le virus « Chapare » (nom d’une province au cœur du pays). Or, surprise on avait déjà identifié dans la région de Cochabamba, en 2003, ce virus dans une zone déboisée pour y installer des rizières. Seize ans plus tard, à 300 kilomètre de là, par hasard ( !) un homme s’en trouvait porteur. « Sans que l’on sache comment le virus avait voyagé des rizières tropicales aux altitudes andines ». 

f./ Aizen se réfère de nouveau à Quammen (2020). Celui-ci, dans un reportage pour la National Public Radio (USA), souligne que les êtres humains sont « le point commun à toutes les zoonoses » (maladies d’origine animale). « Nous avons tellement proliféré ; nous perturbons tant la planète. Nous rasons les forêts tropicales. Nous dévorons la vie forestière. Quand on entre dans une forêt, il suffit de secouer un arbre pour que tombent les virus ».

g./ Il y a plusieurs grandes origines des épidémies mais elles sont en rapport avec toutes sortes de conduites humaines identifiables comme « n’importe quoi qui rapporte » suivi d’un Après nous le déluge. Les maléfices extrêmes qui accompagnent ces propos ont été souligné dans un livre éponyme de P. Sloterdijk (2016, 2014) auteur aussi d’une Critique de la raison cynique

h./ En tout cas, la déforestation sauvage, irréfléchie, désordonnée est bien l’une des principales causes. Les chercheurs sont conduits à répéter la leçon d’écologie peu entendue et incomprise. À savoir l’étendue et profonde interdépendance entre le végétal, l’animal, le viral et l’humain. 

i./ Zambrana-Torrelio entre dans la complexité temporelle des ajustements entre espèces.  « Les espèces sauvages ne sont pas malades des virus dont elles sont porteuses, car elles ont évolué avec eux depuis des milliers d’années… Tout animal peut être porteur d’une cinquantaine de virus différents. Cela fait partie de la dynamique du système écologique. Les virus ne sont nouveaux que pour nous… ». 

j./ Fidel Baschetto, de l’Université de Cordoba (Argentine) confirme : « De nombreux virus ont co-évolué avec certaines espèces et ces dernières ne sont pas malades. L’agent (potentiellement) pathogène « sait » que, quand il pénètre dans un nouvel organisme (de cette espèce), il ne « doit » pas le faire succomber car cette mort entraine aussi la sienne. ». Certes, « avant l’évolution de ce micro-organisme viral… la cohabitation produit la maladie. »

5./ Promouvoir les laboratoires. Interdire totalement les Wet Markets

a./ La rumeur accuse un laboratoire fruit d’une coopération scientifique franco-chinoise. Jadis, dans l’empire ottoman, on accusait les observatoires astronomiques d’être la cause des épidémies d’alors. En réalité, le laboratoire a été conçu avec quatre niveaux de sécurité. 

b./ On veut trouver la cause du « mal » dans l’exercice hyper-précautionneux de la science alors que c’est elle qui nous donne les seuls moyens efficaces de le connaître et d’y remédier. L’éradication réussie de la variole, les réductions de la rougeole et de la tuberculose en témoignent. D’autant que la cause est hyperconnue. Avant déjà mais – en tout cas depuis 2003 avec l’épidémie du SRAS, symbole respiratoire aigu sévère – on sait que cette cause est au vu et au su de tout le monde sous zéro niveau de sécurité.  

c./ Spécialistes et experts et même, là-bas, de simples passants savent bien ce que soulignent Peter Singer et Paola Cavalieri (2020): « L’épidémie actuelle trouve ses origines dans les wet markets » où des animaux vivants en plein air sont abattus à la demande. Pendant tout décembre 2019, les Chinois « contaminés par le virus avaient un lien avec le marché de Huanan, à Wuhan ». Des marchés similaires sont disséminés en Chine, au Japon, au Vietnam, aux Philippines et dans bien d’autres pays sur tous les continents. 

d./ Wet Markets, « marchés humides », quel euphémisme ! Singer et Cavalieri citent la description qu’en donnait récemment le journaliste Jason Beaubien à la Radio publique nationale américaine : « Des poissons s’agitent dans des bacs ouverts, éclaboussant le sol. Les étals dégoulinent de sang, tandis que le poisson est vidé puis découpé sous les yeux des clients. Tortues et crustacés grimpent les uns sur les autres dans des cageots. La glace fondue se mêle à la boue. Il y a beaucoup d’eau, beaucoup de sang, d’écailles et de boyaux ».

e./ M. Aizen cite le scientifique Claudio Bertonatti qui les décrit tels aussi en Amérique latine : « Louveteaux, hamsters, rats, loutres, blaireaux, civettes, volailles, poissons, reptiles vivants, entassés les uns sur les autres, mêlent leur souffle, leur sang et leurs excréments. » 

f./ Tous les scientifiques s’accordent à reconnaître qu’une telle promiscuité animale et humaine génère un environnement particulièrement malsain. Celui-ci, est inévitablement responsable de la mutation qui a permis au Covid-19, se propageant d’animal en animal, d’acquérir aussi la capacité de se fixer sur les récepteurs de cellules humaines.

g./ Dans ces conditions, et depuis le 26 janvier 2020, les responsables chinois ont, pour le moment, interdit tout commerce d’animaux sauvages. Lors de la crise du SRAS, en 2003, ils avaient interdit déjà l’élevage, le transport et la vente de civettes et autres animaux sauvages. Ils avaient levé ces interdictions au bout de six mois.

h./ Singer (2020), rapporte que depuis le covid-19, Zhou Jinfeng de la Fondation pour la conservation de la biodiversité et le développement vert de la Chine, demande que le « trafic illégal d’espèces sauvages » soit interdit de manière permanente. Il estime qu’en projetant de ne mettre fin qu’au commerce des espèces protégées, l’Assemblée nationale populaire, très haute instance dirigeante, ne va pas assez loin.

i./ Pour Singer, un autre spécialiste de l’environnement, Martin Williams, physicien et chimiste diplômé de Cambridge, établi à Hong Kong, le clame aussi : « Tant que ces marchés se maintiendront, il y aura un risque de voir apparaître de nouvelles maladies. Il est grand temps que la Chine ferme ces marchés. Cela lui permettrait à la fois de faire des progrès en matière de droits des animaux et de conservation de la nature, et de réduire les probabilités qu’une maladie made in China se propage dans le monde entier. »

j./ Marina Aizen (2020) conclut elle aussi dans ce sens avec les claires et fermes paroles de Carlos Zambrana-Torrelio (2019) : « Arrêtons de penser que les êtres humains sont un élément indépendant du système écologique. Nous en déduisons à tort que nous pouvons transformer, détruire et modifier l’environnement à notre convenance. Tout changement que nous imposons inconsidérément à la planète aura une répercussion sur notre santé ».

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Bibliographie

  • Aizen M. 2020. « Coronavirus y desmonte. Las nuevas pandemias del planeta devastado » Univ. San Martin. Anfibia, Buenos Aires. Tr. fr. « La destruction des écosystèmes par l’humain favorise l’émergence d’épidémies » – « Les épidémies couvent sous les cendres des forêts ». Courrier international : Repenser le Monde, n° 1534, 26 mars-1er Avril, p.14-15. 
  • ARTE. 2020. « Épidémies, une longue histoire » (Émilie Aubry), Le Dessous des Cartes, 23 mai.
  • Benkimoun P. 2014. « Aux origines de la pandémie du sida », Le Monde, le 3 octobre.
  • Cochet Y., Sinaï A. 2003. Sauver la terre. Fayard.
  • Coccia E. 2016. La vie des plantes, Payot-Rivages.
  • Demorgon J. 2001. « La vache cannibale européenne et l’économie mondiale, Prise de risques et principe de précaution »Conventions & Management Européen, février.
  • Descola Ph. 2020. « Il faut repenser les rapports entre humains et non-humains ». CNRS, le 3 juin.
  • Descola Ph. 2015 [2005] Par-delà nature et culture. Gallimard Folio.
  • Keck F. 2020. Les Sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux. Zones sensibles. 
  • Quammen D. 2020. “Kill em’all, New York Public Radio, 24 mars. 
  • Quammen D. 2013. SpilloverAnimal Infections and the Next Human Pandemic, W. W. Norton. 
  • Singer P., Cavalieri P. 2020. « Une opportunité de modifier notre attitude envers les espèces non humaines » Covid-19. Les philosophes face à l’épidémie, Philosophie Magazine 138, avril, p. 22-23.
  • Sloterdijk P. 2016. Après nous le déluge. Fayard. 
  • Zambrana-Torrelio C., Dr. S. O’Brien. 2020. Biodiversity and Public Health. NatureServe.org: Interview, 26.03.
  • Zambrana-Torrelio C. e.a. 2019. An Ecological Framework for Modeling the Geography of Disease Transmission. Vol. 34. Trends in Ecology & Evolution.
  • Zambrana-Torrelio C., e.a. 2012. “Prediction and prevention of the next pandemic zoonosis” In Zoonoses, The Lancet Vol. 380, déc.

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