IDENTITÉS, ALTÉRITÉS, INTÉRITÉS ET COMPLEXE PRODUCTION CULTURELLE

IDENTITÉS, ALTÉRITÉS, INTÉRITÉS ET COMPLEXE PRODUCTION CULTURELLE

Dans le T kit 4 L’apprentissage interculturel les auteurs « Martinelli e. a. » exposent ce qu’ils n’hésitent pas à nommer la « conception de la culture » de Demorgon (2000, 2002, 2018) et Molz (2000). Ils le font aux côtés des positions de E. T. Hall et Milton Benett. Cela, accompagné de propos plutôt élogieux. Leur intérêt se comprend. En effet, ils sont contre l’insistance sur les cultures nationales et favorables à la liberté des acteurs humains de pouvoir composer une grande variété de cultures. Ils apprécient à cet égard la mise en évidence du processus d’adaptation oscillatoire antagoniste de la culture (Demorgon, Molz, 2000). D’autant plus que ce processus est à la fois inséparablement intra et interculturel. Il concerne aussi bien les adaptations poursuivies au sein des cultures que l’on a déjà en partie constituées que les adaptations nouvelles aux cultures non encore rencontrées. Cette adaptation entre des orientations polarisées communes à l’expérience humaine générale peut ainsi donner lieu à de très nombreuses différences selon les lieux, les temps, les acteurs et les domaines. Il y a là pour les auteurs du T Kit 4 d’apprentissage interculturel, la preuve théorique d’une souplesse de liberté inventive culturelle. Elle rend obsolètes les sempiternelles caractéristiques nationales visions folkloriques superficielles ou souvent totalement caricaturales de prétendues cultures nationales monolithiques. Ils regrettent même que sur cette excellente base théorique, Demorgon, Molz n’aient pas entrepris une démonstration expérimentale (c’est leur seule réserve !). C’est vrai. Demorgon s’est contenté de l’argumentation logique abstraite. Et Molz de l’illustrer par des schémas visualisant ce fonctionnement adaptatif oscillatoire, ce qui est fort utile. Demorgon et Molz n’ont pas pensé indispensable d’aller de l’analyse du fonctionnement adaptatif à l’enquête sur les résultats des conduites. En effet, chacun, s’il s’observe constate fonctionnement et résultats au cours de tout apprentissage interculturel mais déjà dans sa simple vie quotidienne.

Reste un autre point plus important. Les auteurs du T Kit 4 (Martinelli e. a.), sont engagés, à juste titre, contre un culturalisme nationaliste source de ce racisme émietté et débile appuyé sur des caractéristiques nationales caricaturales. Cela n’aurait pas dû les empêcher de découvrir l’existence de certaines orientations plus ou moins préférentielles qui, parfois, sur le long terme de leur histoire singulière se sont composées dans tel groupe social, voire telle société y compris telle nation. 

Telles caractéristiques culturelles même nationales ne doivent pas passer à la trappe. Elles ne doivent ni être niées, ni affirmées sans études approfondies, rigoureuses. Leur résistance ne doit pas être seulement éprouvée, testée par des enquêtes empiriques statistiques, elle doit trouvée sa compréhension-explication systémique socio-géo-historique.

Entre la synthèse que fait chaque personne de ses oscillations en direction de sa polarisation culturelle évolutive mais néanmoins orientée et la synthèse qui « peut » s’effectuer dans toute une société ou toute une part majoritaire de cette société en direction d’une polarisation culturelle évolutive mais néanmoins elle aussi orientée, il y a toujours nécessairement un lien. Il faut montrer la façon dont il s’est constitué. Comment causes externes et internes se sont mêlées ? Comment se sont agencés déterminants et libertés inventives ?

Or là, les auteurs du T kit 4 pouvaient trouver chez Demorgon soigneusement, rigoureusement faite, la démonstration expérimentale de ces genèses culturelles au laboratoire de l’histoire. 

Sans refaire ici les démonstrations historiques présentées par Demorgon, voyons leurs solides points d’appui. Il part, par exemple, des judicieux constats empiriques d’un Hall, et entreprend les analyses historiques rigoureuses étendues et approfondies de leurs genèses culturelles effectives. 

Cela en découvrant l’ensemble complexe de conditions écologiques, économiques et socio-politiques des conduites de divers groupes de cette société sur un temps assez long. C’est le cas pour les genèses historiques différentes des communications explicites ou implicites (2017, 2016). 

De même pour les genèses des gestions mono-chroniques ou poly-chroniques des tâches et opérations liées déjà aux modes d’attention mis en œuvre de façon plus focalisée ou plus dispersée  (2015, 2016). 

Ou encore pour les genèses de plus de proximité ou de distance à l’autre (2017, 2016, 2015). 

Demorgon n’y est parvenu qu’en couplant plusieurs travaux systémiques Tels ceux anciens négligés de Norbert Élias (2008, 1985 ) et ceux plus récents d’Emmanuel Todd (2020, ), d‘ailleurs également négligés sur ce point. 

Il a mené ces analyses dans plusieurs écrits bien antérieurs (1999) à la parution du T Kit 4, qui, malheureusement n’en a pas profité. Sans doute plus ne les connaissant pas que les contestant. Cela n’a jamais été le cas. Mais l’oubli, ou le silence sont généralement plus dommageable que l’opposition déclarée.

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Bibliographie

  • Demorgon J. 2016L’homme antagoniste. Paris :Économica. XII. Redécouvrir l’adaptation antagoniste, p.124-131. 5e partie : L’avenir antagoniste. Trad. Victor Untilà. XII. Redescoperirea adaptarii antagoniste, 106-111. Partea a V-a. Viitorul Antagonist. In Demorgon J. 2017. Omul Antagonist, Ed. Fundatiei România de Mâine. .
  • 2015 [2000, 1996] Complexité des cultures et de l’interculturelContre les pensées uniques 5e éd. revue et augmentée. Économica. X. Genèses antagonistesdes cultures allemande et française, p. 261-283.
  • – 2012. « L’intelligibilité transdisciplinaire de l’histoire humaine », p.17-41 In Dietrich-Chénel K. Weisser M. L’interculurel dans tous ses états. Orizons. Cf. Demorgon : « L’intérité, figure transdiciplinaire de l’humainMéthode dialogique implicative».
  • – 2011. « L’interculturel franco-allemand et le monde. L’approche explicative-compréhensive des cultures » chapitre 1. p. 37-88 in O. Seul, B. Zielinski, U. Dupuy (éds) De la communication interculturelle dans les relations franco-allemandes : Institutions. Enseignements et formation professionnelle. Entreprises. Bern : Peter Lang. 
  • – 2002. L’histoire interculturelle des sociétés. Pour une information monde. 2e éd. Économica. Conclusion. VI. Profondeur antagoniste : les problématiques adaptatives, p.328-338.
  • – 2000. L’interculturation du monde. Économica. VII. L’interculturation et l’intérité déniée, p. 35-40.
  • – 1999. « Erziehung und Globalisierung. Für eine Kultur der Kulturen », in Bauer & Wulf. Globalisierung Jahrbuch für Bildungs-und Erziehungsphilosophie 2. Verlag: Schneider Hohengehren.
  • Demorgon J., Carpentier N. 2010. « La recherche interculturelle. L’intérité déniée » Les faces cachées de l’interculturel. De la rencontre des porteurs de cultures, p. 33-55. 
  • Elias N. La société de cour 2008 [1985]. Paris : Flammarion.
  • Molz M. 1994. Di Multiperspektivische Theorie von Kultur von J. Demorgon. Univ. Regensburg.
  • Todd E. 2020 Les luttes de classes en France au XXIe siècle. Seuil.
  • –   2018. Où en sommes-nous. Une esquisse de l’histoire humaine. Points Seuil
  • – 1999. La diversité du monde. Seuil. 

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Apprentissage des communications oscillatoires adaptatives

Identités, altérités, intérités culturelles 


Pôle explicite *    (Ampleur maximale d’adaptation en communications)   * Pôle implicite


……………………………………..Communication plus explicite en Suisse

Communication plus implicite au Japon……………………………………..

Cœur commun aux deux cultures

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Zone plus ou moins extensible d’intérité adaptative des deux cultures


Demorgon J., Molz M. 2020 [2015, 2001] « Discussion sur la culture », in Martinelli S. e.a. L’apprentissage interculturel, p. 25-28. TKit 4. Strasbourg : Conseil de l’Europe. 67075 Strasbourg, novembre 2000, traduit en 15 langues.

2.4. A propos de la culture

2.4.4 La discussion sur la culture : Jacques Demorgon et Markus Molz 

De façon très explicite Jacques Demorgon et Markus Molz (1996) ont nié toute prétention d’introduire un autre modèle de la culture. La nature même de la culture, affirment-ils, fait que toute définition de la culture est par principe influencée par les antécédents (culturels) de celui qui la propose: personne n’est sans culture. En conséquence, leur objectif était d’apporter une contribution à l’analyse de la discussion sur la culture et des enseignements que l’on peut en tirer. 

Selon eux, les controverses qui s’expriment dans la discussion sur la culture amènent à trois contradictions majeures: 

  • –  Comment gérer la contradiction entre la stabilité culturelle et des structures culturelles durables d’une part, et les processus d’évolution et d’innovation culturelles d’autre part? 
  • –  Comment gérer les relations entre «culture» et «interculture»: la «culture» était-elle là en premier, avant de devenir un ingrédient des ren- contres interculturelles? Ou bien la culture n’existe-t-elle qu’au travers de ses constantes interactions avec les autres cultures? 
  • –  Faut-il mettre en avant les aspects universels de tous les êtres humains (ce que nous avons tous en commun) et concevoir les humains en tant qu’individus, la culture n’étant qu’un aspect de cet individu et cette culture étant unique et globale (approche universaliste)? Ou faut-il mettre en avant le rôle de la culture, reconnaître la diversité qui prévaut dans le monde et concevoir alors les humains en tant que membres d’un groupe culturel, dans lequel, par principe, toutes les cultures sont également bonnes (approche relativiste)? 

Ces questions peuvent paraître très académiques et sans intérêt concret. Néanmoins, elles sont porteuses de conséquences politiques: le changement est-il oui ou non perçu comme une menace? (question 1); la diversité au sein d’un pays est- elle perçue comme une condition nécessaire à la culture ou comme une menace pour la culture «originelle»? (question 2); les habitants d’un pays sont-ils perçus comme des individus devant être traités de manière égale (modèle français des droits individuels) ou comme les membres d’un groupe possédant les droits du groupe (modèle néerlandais de société, composé de groupes dif- férents possédant chacun leurs institutions)? (question 3). 

Pour tenter de venir à bout de ces contradictions Demorgon et Molz ont introduit ce que j’appellerai un modèle de culture. Selon eux, la culture ne peut être comprise que par rapport au concept d’adaptation. Les humains sont en permanence mis au défi d’établir une relation durable entre leur monde intérieur (leurs besoins, leurs idées, etc.) et le monde extérieur (leur environnement, les autres, etc.). C’est ce qu’ils font dans des situations concrètes qui devraient former la base de l’analyse. Dans toutes ces situations les individus façonnent leur environnement (chacun peut influer sur ce qui se passe autour de lui) et sont façonnés par leur environnement (chacun peut changer compte tenu de ce qui se passe autour de lui). Ces deux dimensions, façonner l’environnement et être façonné par celui-ci, sont les deux facettes de «l’adaptation». 

Plus scientifiquement, Demorgon et Molz définissent une de ces facettes en tant «qu’assimilation». Par ce terme, ils désignent le processus selon lequel les humains adaptent le monde extérieur à leur réalité. Nous «rangeons» nos perceptions extérieures dans les tiroirs et les structures déjà en place dans notre cerveau. Examinons un exemple extrême d’assimilation: des enfants qui jouent. Dans une haute dune de sable (la réalité du monde extérieur), ils peuvent voir l’Everest (leur imagination). Tandis qu’ils escaladent cette dune, ils ont assimilé la réalité à leur propre imagination; cette interprétation de la réalité est devenue le cadre de leur action. Ils ne sont pas en train d’escalader une dune, mais bien l’Everest. Mais les enfants ne sont pas les seuls à assimiler. Lorsque nous voyons une personne pour la pre- mière fois, nous nous en faisons une impression sur la base de son apparence extérieure. A partir de ce peu d’informations, nous interprétons qui elle est – en faisant appel aux informations pré- sentes dans notre cerveau, souvent stéréotypées, afin d’en «savoir» davantage sur cette personne et de décider du comportement le plus adapté. 

L’autre facette du «modèle» de Demorgon et Molz est «l’accommodation». Par ce terme, ils désignent le processus selon lequel les structures du cerveau (qu’ils nomment «cognitions» ou «sché- mas») se modifient en fonction des informations reçues du monde extérieur. Lorsque nous ren- controns quelqu’un, nous avons tendance, dans un premier temps, à interpréter son comportement à partir de nos stéréotypes. Par la suite, nous pouvons être amenés à constater que la réalité est différente, c’est-à-dire que nos stéréo- types ou nos schémas ne correspondent pas à la réalité. C’est alors que nous les modifions. 

Ceci dit, ni une accommodation extrême ni une assimilation extrême ne conviennent. En mode d’accommodation extrême, nous serions submergés par la masse d’informations venues de l’ex- térieur qu’il nous faudrait traiter, sur lesquelles nous devrions porter un regard nouveau et qui nous obligeraient à modifier notre façon de penser. En mode d’assimilation extrême, nous serions amenés à nier la réalité et en fin de compte, nous ne pourrions pas survivre. 

Comparés aux animaux, les humains sont génétiquement moins «prédéterminés», et moins «prédestinés» par la biologie. En conséquence, nombreuses sont les situations dans lesquelles nous n’avons pas de réaction instinctive – ou biologiquement prédéterminée. Il nous faut donc développer un système qui nous fournisse des orientations et nous aide à nous adapter correctement à toutes ces situations. Ce système est ce que Demorgon et Molz appellent la culture. La fonction de l’adaptation consiste à maintenir ou à accroître la possibilité d’agir de façon appro- priée dans toutes les situations envisageables. La culture est alors la structure qui nous fournit les orientations nécessaires (il faut comprendre cela en tant que structures du cerveau qui sont les bases des processus d’assimilation et d’accommodation); c’est en fait le prolongement de la nature biologique. La culture existe précisé- ment du fait de la nécessité de trouver des orientations dans les situations qui ne sont pas prédéterminées biologiquement. 

Si l’adaptation consiste à trouver des orientations, elle opère dans un contexte d’opposition entre assimilation et accommodation. D’un côté, nous avons besoin de développer des structures stables et des modèles comportementaux généralisables et applicables dans toutes sortes de situations dans la mesure où nous ne pouvons repartir de zéro à chaque fois (avec un cerveau vide). Dans ce mode d’assimilation, la culture est une sorte de logiciel mental, comme l’a suggéré Hofstede, qui nous permet de traiter toutes les informa- tions accessibles dans le monde extérieur. 

Mais, ainsi que le soulignent Demorgon et Molz, si la culture n’était qu’un logiciel mental programmé dans le cerveau des humains dès leur plus jeune âge, alors nous ne pourrions nous adapter à de nouvelles circonstances et modifier nos orientations en conséquence. Les humains ont besoin de la capacité d’accommodation pour changer leurs orientations et leurs cadres de référence et ainsi assurer leur survie. 

Aussi, le comportement adopté dans toute situation est-il presque toujours un mélange entre la répétition d’un ensemble d’actes appris, appropriés et culturellement orientés d’une part, et l’ajustement prudent à la situation donnée d’autre part. 

Dans une telle situation, nous disposons dès le départ d’une palette d’options comportementales qui se situent entre deux pôles opposés: nous pouvons agir rapidement, mais sans informations approfondies; ou être informés, mais agir plus lentement. Nous pouvons nous concentrer sur un aspect de la situation, ou disperser notre attention sur tout ce qui se passe autour de nous. Nous pouvons communiquer explicitement (avec des explications très précises), ou implicitement (avec beaucoup de symboles). Si nous comprenons qu’une situation nous offre des centaines de ce type de possibilités entre deux extrêmes, nous devons en permanence décider laquelle choisir (voir fig. 3). 

Figure 3: Source : p.54, Thomas, Alexander (ed) (1996) Psychologie interkulturellen Handelns, Gottingen : Hogrefe. Chapitre par J. Demorgon et M. Molz ‘‘Bedingungen und Auswirkungen der Analyse von Kultur(en) und Interkulturellen Interaktionen’. Version adaptée. 

https://pjp-eu.coe.int/documents/42128013/47261239/tkit4_fr.pdf/3f7b8858-8dfe-4e61-a8dd-8d89e9be9561

Figure 4: Source : p.55, Thomas, Alexander (ed) (1996) Psychologie interkulturellen Handelns Gottingen :Hogrefe. Chapitre par J. Demorgon et M. Molz ‘Bedingungen und Auswirkungen der Analyse von Kultur(en) und Interkulturellen Interaktionen’. 

On peut représenter ces opposés comme deux pôles sur une ligne (voir schéma 4). La ligne complète schématise l’ensemble du potentiel comportemental. L’orientation culturelle, selon Demorgon et Molz, consiste à réduire le poten- tiel signifié par cette ligne à un rayon d’action plus restreint. Imaginez que les points sur la ligne soient numérotés de 1 à 10 (1 et 10 se situant aux deux extrêmes). L’orientation culturelle va alors situer le comportement approprié au point 3 par exemple. En tant qu’êtres culturels, nous allons considérer ce point comme référence, et choisir le comportement le plus adapté à la situation autour de ce point. Dans l’exemple ici illustré, nous dirions que, généralement, nous optons pour des solutions entre les points 2 et 4. 

Appliquons ce principe à la communication, par exemple. Vous venez d’un endroit où les individus communiquent de façon très implicite (en évitant les longues explications et en se référant très implicitement au contexte, c’est-à-dire à «ce que tout le monde sait»). La communication généralement jugée appropriée, «normale», est très implicite. Vous vous servez alors de ce point de départ pour développer un registre courant. En d’autres termes, vous allez communiquer un peu plus ou un peu moins implicitement selon les situations, mais jamais de façon très explicite. Ce n’est qu’en apprenant, en expérimentant des situations auxquelles votre registre de comporte- ments ne convenait pas, que vous allez l’élargir et développer le potentiel pour communiquer de manière explicite – même si cela continue à vous sembler bizarre. 

La culture, selon ce concept, est indépendante de la nation. Elle concerne essentiellement l’orientation de groupes d’individus. Par exemple, l’orientation est donnée par la famille, les amis, la langue, le lieu de vie et votre entourage affectif et professionnel. Sur la base de tous ces éléments, on peut identifier des groupes qui partagent cer- taines orientations ou cultures. Selon le contexte, les individus vont avoir des normes différentes et des rayons d’action différents autour de ces normes. Par exemple, vous pouvez communiquer plus ou moins explicitement dans votre travail et plus ou moins implicitement au sein de votre famille. Mais, s’il existe un terrain commun entre le travail et la famille, vos deux rayons d’action vont alors être très proches, voire empiéter lar- gement l’un sur l’autre. 

Dans l’apprentissage interculturel, les individus prennent conscience de leur orientation culturelle lorsqu’ils se trouvent confrontés à des normes différentes. Parce qu’ils doivent vivre avec deux types d’orientations, les individus vont alors élar- gir la gamme de leurs comportements et leurs habitudes de manière à englober les deux orien- tations culturelles. Selon les situations, ils vont alors disposer de davantage d’options. En principe, plus large est cette gamme, plus nombreuses sont les possibilités d’accommodation et d’adap- tation du comportement au monde extérieur. Mais, parallèlement, plus large est cette gamme, plus grande est l’insécurité: des options plus nombreuses créent des situations moins stables. 

Les médiateurs culturels peuvent précisément être des personnes ayant développé une gamme de comportements englobant les normes culturelles des deux parties ce qui leur permet de trouver un «point de rencontre» entre les comportements jugés respectivement appropriés. 

Les théories développées par Demorgon et Molz au sujet de la culture ont eu beaucoup de partisans, parce qu’elles combinaient plusieurs types d’approches et de modèles au sujet de la culture. D’un autre côté, ce modèle reste purement théorique et se prête très peu à une recherche empirique. Est-il possible de vérifier si leur modèle reflète la réalité? Quoi qu’il en soit, le meilleur test consiste à évaluer l’efficacité du modèle s’agissant de nous aider à comprendre et à interpréter les rencontres interculturelles. 

La culture concerne l’élaboration de décisions appropriées entre deux extrêmes en mode d’adaptation. Une orientation culturelle indique de manière abstraite ce qui, pour un groupe s’est avéré être un comportement adapté dans le passé. Des variations autour de cette orientation, autour de ce qui est considéré approprié, vont être tolérées: il s’agit de déviations «normales», d’adaptations normales aux situations. Tout comportement se situant hors de ce rayon est jugé dérangeant, mauvais, anormal. 

Les cultures peuvent changer: lorsque le champ autour d’une certaine orientation se développe dans une direction, lorsque le comportement des individus qui forment cette culture tend systématiquement vers un côté, alors l’orientation originale va progressivement évoluer dans ce sens. 

Pertinence pour le travail de jeunesse 

Le «modèle» de Demorgon et Molz permet de mieux comprendre la nécessité et la fonction de la culture. De plus, celui-ci rapporte la culture, en tant que concept, aux groupes d’individus à tous les niveaux et non pas aux seules nations. 

Dans le travail de jeunesse, ce modèle, du fait de sa complexité, répond aux exigences des questions complexes qui sont posées, et ouvre une nouvelle voie de réflexion. D’un point de vue pratique, le modèle permet de comprendre en quoi consiste l’apprentissage inter- culturel: apprendre à se connaître, à étendre ses propres possibilités d’action et sa marge de manœuvre dans diverses situations. Il met clairement l’ap- prentissage en lien avec l’expérience et souligne d’autre part que cet apprentissage est une véritable gageure puisque connecté à l’un des besoins fondamentaux de l’existence humaine : l’orientation. 

T-Kit4 L’apprentissage interculturel Conseil de l’Europe F Strasbourg, novembre 2000 – mai 2020.

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