MARGARET MEAD (1909-1978)

Sources : Les Grandes Orientations Culturelles. Cours de Formation à l’interculturel proposé par Jacques Demorgon et Nelly Carpentier

II. Domaines et cultures

18e émission : Les générations, les âges et les sexes

84. LES SOCIÉTÉS ET LES AGES. LE FOSSÉ DES GÉNÉRATIONS (M. MEAD)

 

Les différentes sociétés historiques n’accordent pas aux différents âges la même considération. Dans sa médiologie historique, Régis Debray précise ces changements. Dans la mnémosphère bien nommée d’après la fonction de mémoire alors orale, l’âge canonique désigne l’Ancien. Il est celui qui est toujours vivant à une époque où la mort survient tôt. On le respecte pour son expérience et le savoir qu’il en a tiré. A l’image de l’Ogotêmmeli qui informe Marcel Griaule sur la société des Dogons, un vieillard qui meurt c’est une “bibliothèque” qui brûle. Dans la logosphère, c’est toujours l’Ancien dans la mesure où son rôle dans la famille est homologue de celui du roi ou de l’empereur dans la société. L’exemple de la Chine des Zhou nous l’a montré. Par contre, dans la graphosphère, l’âge de référence central est celui de l’adulte et dans la vidéosphère, c’est celui du jeune.

Tout cela a évolué comme l’indique l’anthropologue américaine Margaret Mead dans le “Fossé des générations” où elle étudie les changements de processus dominant dans la transmission culturelle. 

Dans la transmission postfigurative, la transmission culturelle repose sur la co-présence, en un même lieu familial éducatif, de trois générations.

Les figures d’autorité sont redoublées. L’enfant obéit à ses parents qui obéissent eux-mêmes à leurs propres parents. D’où une identification profonde, intériorisée, aux conduites prescrites et un respect plus facile des règles morales. M. Mead évoque ensuite une période spécifique de l’histoire américaine, la conquête de l’Ouest. Les films américains montrent que les parents, prêts pour le départ vers l’Ouest, ne peuvent pas emmener les grands-parents trop âgés.

Arrivé sur place, le père a besoin de l’aide inventive de son fils aîné : pour clore l’espace, construire la maison, s’y installer. La transmission culturelle est réciproque. Les fils inventent une partie de la nouvelle culture.

Cette transmission culturelle est co-figurative dans la mesure où les figures de la culture sont coproduites par deux générations.

La conquête de l’Ouest n’est qu’un exemple de changement des conditions.

L’évolution, toujours plus rapide, des sciences et des technologies place bientôt l’adulte en position d’infériorité par rapport au jeune. Celui-ci, en effet, grandit en étant immergé dans le courant d’informations concernant les dernières données esthétiques (musiques, vêtements) aussi bien que scientifiques, techniques et sociales. En dehors des transmissions médiatiques, le jeune est auprès des adultes le seul transmetteur personnel de la culture actuelle, par exemple informatique. 

La transmission est devenue pré-figurative 

car la culture que le jeune reçoit de l’actualité renouvelée préfigure la culture qui sera celle de tous demain. Les évolutions à venir ne seront pas exemptes de nouvelles surprises. Dans les sociétés les plus individualistes, le modèle de réduction familiale a peut-être atteint son terme extrême avec l’accroissement du nombre de ménages composés d’une seule personne et celui des familles monoparentales. L’accroissement de la durée de vie commune pourrait induire de nouvelles configurations familiales. Les membres de trois et même quatre générations pourraient instaurer de nouvelles relations.

Notes bibliographiques

Margaret Mead,  1982, avec Rhoda Métraux, Aspects du présent ; traduit de Aspects of the present par Jeanne Faure-Cousin, Paris : Denoël-Gonthier,

Margaret Mead, 1979 : Le Fossé des générations, traduit de l’américain par Jean Clairevoye, Paris, Denoël-Gonthier. 1ère éd. augm. 1971.

Consulter aussi : 

Nancy Lutkehaus, Margaret Mead: The Making of an American Icon, Princeton U.P., 2008, 378 p.

William S. Dillon, « Margaret Mead (1901—1978 », Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée, Paris, UNESCO, vol. 31, no 3,‎ 2000 (www.ibe.unesco.org/publications/ThinkersPdf/meadf.pdf).

Grinager, P. 1999. Uncommon lives : my lifelong friendship with Margaret Mead. Traduction sous le titre (fr) Vies hors du commun : mon amitié d’une vie avec Margaret Mead.

Clifford GeertzMargaret Mead (1901—1978) : A Biographical Memoir, National Academy of Sciences, 1989 (lire en ligne [archive])

 Lévi-Strauss, Claude 1979. Hommage à Margaret Mead. Courrier de l’UNESCO (Paris), vol. 32.

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