INTÉRITÉ

Sources : Les grandes orientations culturelles. Cours de formation à l’interculturel présenté par J. Demorgon et Nelly Carpentier. 

I. Les problématiques (suite et fin) Mondialisations et mutations dans la pratique et la pensée des cultures

10e émission : Des acculturations à l’interculturation

43. L’INTERCULTURATION ET L’INTÉRITÉ DÉNIÉES

Le travail de Georges Devereux a mis en évidence le fait que nombre de modifications voire d’inventions culturelles ne sont pas simplement le produit d’emprunts à l’autre culture mais tout autant les fruits des oppositions et résistances. Pour un pays, ses acteurs et sa culture, refuser activement la culture d’un autre pays peut, en fin de compte, laisser plus de traces que dans le cas d’une attitude de réception passive.

Devereux nous introduit à plusieurs notions clefs pour une compréhension de la mondialisation. L’interculturation est première : c’est à partir d’elle que les cultures se produisent ensemble alors même qu’elles s’isolent ou se combattent. Dans ce processus, il y a toujours des rapports de domination mais cela ne signifie pas, comme on le pense naïvement, que les cultures, hier différentes, vont devenir semblables demain. On est dans un processus antagoniste qui entraîne les cultures à devenir en même temps homogènes et hétérogènes. Il faut être en mesure de définir ce qui circule entre les cultures et peut même, à un moment, s’installer chez toutes.
L’interculturalité entraîne bien une intérité qui risque d’être déniée. Les oppositions stratégiques se poursuivent et rendent impossible d’avouer et souvent même de voir ce qui nous vient de ceux avec lesquels nous sommes en conflit.

Hier, le religieux pouvait parvenir à être l’expression acceptée de cette intérité.

Aujourd’hui, la référence intéritaire semble bien être les technologies qui deviennent communes à partir de pays d’origine souvent différents.

Il faut être aussi en mesure de comprendre ce que chaque pays continue à produire comme culture spécifique, reprenant, modifiant, inventant au besoin sa singularité profonde.
L’acculturation antagoniste de Devereux est née en même temps que la théorie de Piaget qui pose clairement l’antagonisme adaptatif entre perspectives à la fois conjointes et opposées : celle de l’accommodation quand le sujet se soumet à l’influence des structures des objets externes, celle de l’assimilation quand il essaye à l’inverse de soumettre les objets à ses structures propres.

Dans cet échange, sans cesse interactif et mobile, l’intérité est difficile à saisir. Structures et contenus “entre” vont se constituer comme un mixte de contraintes et d’appropriations. Cette intérité va plus ou moins travailler les cultures antérieures et les transformer. On a dénoncé, par exemple, l’imitation des Japonais alors qu‘eux-mêmes ont mis en évidence à quel point sur cette base ils étaient inventeurs (8).

Grâce à l’oeuvre de Devereux, indépendamment des mots employés, on est passé de l’acculturation à l’interculturation.

Celle-ci pose que les relations sont souvent antagonistes et ne se ramènent pas à la seule influence assimilatrice des dominants sur les dominés. Il faut cependant se rendre compte de l’hétérochronie des sociétés : elles ne sont pas dans les mêmes développements historiques. D’où un choc quand elles se rencontrent sur leurs bases culturelles spécifiques. Le processus d’interculturation peut être pacifique mais il est souvent violent.

La perspective simplificatrice de l’évolutionnisme qui déclare certaines sociétés en retard et d’autres en avance est très insuffisante. En réalité, les sociétés dites en avance ont des atouts nouveaux mais pour les acquérir elles ont souvent dû abandonner des atouts anciens que conservent justement les sociétés prétendues en retard.

Une analyse prospective de l’interculturation doit mettre en évidence la dynamique de ces différents atouts.

Il lui faut découvrir comment les atouts nouveaux travaillent les sociétés qui ne les ont pas; et comment les anciens atouts travaillent toujours dans les sociétés qui sont en train de les perdre. Les sociétés sont sans cesse prises dans un double mouvement de ressemblance et de différenciation. Chacune y cherche la synthèse qui la rend unique, singulière, universelle dans ses particularités.

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