8.7./ Après 1500 : Un Islam d’« États universels ». Le plus durable, l’Empire ottoman

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a./ Après 1500, les États musulmans ne vont plus retrouver les deux exigences de prospérité économique et de division politique stable suscitant les rivalités interétatiques favorables aux progrès des sciences et techniques. ler de « quatre Empires musulmans » : les empires chérifiens du Maroc (Wattasside, Sadien : 1472-1659), la Perse des Séfévides (1501- 1736), l’Inde des grands Moghols (1483-1857), l’Empire ottoman (1421-1923). 

c./ Selon pays et moments, trois situations se présentent parfois même ensemble : troubles intérieurs, guerres intestines entre États musulmans proches ou lointains, guerres étrangères. Une quatrième situation est possible : l’Empire est en paix. 

d./ Cosandey fait seulement un survol concernant l’Empire ottoman. Parti d’une modeste tribu turcophone qui devient une principauté de l’empire seldjoukide, il se constitue en État centralisé des deux côtés des Dardanelles, déjà dans une perspective impériale avec le projet de vaincre l’Empire byzantin. 

e./ Certes, l’esprit tribal, conjugué à la foi musulmane, a pu faire merveille dans les premières conquêtes, mais il comporte aussi beaucoup d’indiscipline. Pour s’assurer d’une plus grande discipline militaire, le pouvoir ottoman crée de toute pièce une infanterie d’élite. Elle sera constituée, en particulier, d’enfants chrétiens achetés ou enlevés, islamisés, formés militairement de façon professionnelle : les Janissaires. 

f./ Par ailleurs, deux corps spécialisés sont constitués, l’un d’arque- busiers, l’autre surtout de canonniers. Or, c’est précisément cette base technique supplémentaire qui va permettre à l’offensive ottomane de triompher des murailles de Constantinople et de mettre fin à l’Empire byzantin (1453). 

g./ Cependant, le prestige de cette victoire ne doit pas tromper sur la réalité de l’Empire ottoman qui ne cessera guère d’être aux prises avec des conflits intérieurs et extérieurs. Les Ottomans, méfiants des velléités d’indépendance de la classe mercantile, laissent la soldatesque piller marchands et boutiquiers. L’économie régresse. 

h./ Cosandey va jusqu’à dire : « Unité et pauvreté font de l’Islam après 1500 un désert scientifique ». Dans l’inculture qui s’étend, quand un nouvel observatoire astronomique est quand même construit à Constantinople, en 1575, il est d’autorité « rasé en 1580 par les Janissaires qui l’accusent d’avoir causé la peste ». 

i./ En cette fin du XVIe siècle, les soulèvements des Janissaires se multiplient. C’est, qu’en effet, « la guerre incessante sur deux fronts est difficile et coûteuse. A l’Est, les Ottomans ne triomphent pas sur leurs adversaires séfévides musulmans. A l’Ouest, ils échouent devant Vienne (1683). Sur mer, les flottes occidentales les surclassent même dans l’Océan indien ». 

j./ Au Nord, ils sont en guerre avec un nouvel adversaire, les Russes. Ils perdent et signent le Traité de Karlowitz (1699) avec l’Autriche et la Russie. Chaliand et Rageau (2012 : 102) concluent : « le reflux militaire ottoman est entamé et va jusqu’à la chute finale ». 

k./ Il n’est pas nécessaire d’insister pour comprendre que l’histoire de l’Empire ottoman, du fait d’une instabilité poursuivie, est restée peu propice au progrès des sciences et des techniques. 

l./ Surtout il apparaît, pour l’Islam comme pour la Chine, que la forme sociétale impériale stricte est rarement source de progrès scientifiques et techniques.

m./ Nous aurons donc quelque raison de nous demander si l’échec de l’impérialisation européenne n’est pas au moins l’une des conditions indispensables à l’exceptionnelle floraison scientifique et technique qui, depuis la Renaissance, se manifeste en Europe de façon continue. 

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Bibliographie

Chaliand G., Rageau J.P., Géopolitique des empires, Paris, Flammarion, 2012, et Artaud, 2010. 

Cosandey D., Le secret de l’Occident. Vers une théorie générale du progrès scientifique, Paris, Flammarion, 2007. 

Demorgon J. L’homme antagoniste, Paris, Economica, 2016. Tr. roumaine de Victor Untilă, Omul Antagonist. Bucuresti, Fundatia România de Mâine, 2017. 

Demorgon J., Complexité des cultures et de l’interculturel. Contre les pensées uniques, 5e éd. Economica, 2015.
Martinez-Gros G., Brève histoire des Empires, Paris, Seuil, 2014. Martinez-Gros G., Ibn Khaldûn et les sept vies de l’Islam, Paris, Actes Sud, 2006. 

Mouline N., Le Califat. Histoire politique de l’islam, Paris, Flammarion, 2016. 

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