8.5./Après 1050. « Seldjoukides, Roum, Ayyoubides, Mamelouks ». Sans méreuporie

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a./ Cosandey (2007 : 348-355) observe que la situation de l’Islam est, pendant cette période, diversement « handicapée ». 

D’abord, le précédent primat démographique de l’Islam par rapport à l’Europe se renverse. Celle-ci compte 40 millions d’âmes contre 33 millions pour l’Islam. Autre handicap : « une division politique largement instable et un lent naufrage économique ». 

b./ Il y aura quelques exceptions sur lesquelles nous reviendrons. En attendant, il n’y a pas de difficultés pour comprendre, avec Cosandey comme avec d’autres historiens, que ces siècles profondément instables de l’histoire de l’Islam sont peu propices aux découvertes scientifiques et aux inventions techniques. 

c./ Dans les territoires situés en Europe on a beaucoup de troubles intérieurs. Souvent en raison de leur peuplement historique diversifié, comme pour la Sicile qui sera reconquise par les chrétiens (Normands) entre 1061 et 1091. Mais c’est surtout le Califat omeyyade de Cordoue qui se divise et tombe dans la guerre civile entre autochtones et originaires du Maghreb, jusqu’à perdre tout pouvoir central organisé. Ensuite, ce califat tombe sous les pouvoirs de deux empires qui s’y imposent successivement : les Almoravides du Maroc (1086) puis les Almohades (1147). Et finalement les chrétiens (1236). 

d./ En Asie centrale, l’empire des Turcs Ghaznévides qui comprend la Transoxiane, l’Iran, l’Afghanistan et le nord de l’Inde « est absorbé par l’empire des Turcs Seldjoukides. Ils englobent toute l’Asie centrale, l’Iran, l’Irak, la Syrie et l’Asie mineure arrachée aux Byzantins ». En 1092, à la mort du sultan, Malik Chah, l’empire éclate en « principautés instables ». Seul se maintient le « sultanat iranisé de Roum (1077-1304) » qui fit face à la Première Croisade. 

e./ Sciences et techniques sont peu présentes, mais Chaliand et Rageau (2012 : 94) soulignent que les Seldjoukides ont régné sur un Empire « aux mosquées exquises, où s’épanouit la culture persane (le philosophe Al-Ghazali et l’astronome et poète Omar Khayyâm). L’irruption mongole y met pratiquement fin (1243). » 

f./ Les Fatimides d’Égypte « irrités par la rébellion de leurs vassaux tunisiens » favorisent l’invasion des nomades hilaliens contre eux. Cosandey (2007 : 349) précise : « cette invasion fait disparaître toute forme d’organisation étatique. Le Maghreb oriental retourne à une économie préagricole. » 


g./ Au XII siècle, l’Empire Ayyoubide (célèbre avec Saladin et sa tolérance pendant les croisades) s’empare de l’Égypte fatimide. Moins d’un siècle après, en 1249, les Mamelouks, ses troupes d’élite, s’emparent du pouvoir. 

h./ Chaliand et Rageau (2012 : 95) observent que l’armée des Mamelouks est « dotée d’institutions encore plus rigoureuses par Baybars (1260-1277). » Elle stoppe les Mongols en 1260, en Syrie, mais subit une défaite en 1299. Plus tard, elle est victorieuse contre les États francs (prise d’Acre, 1391). 

Ensuite, la discipline se relâche, d’où une grave défaite en Syrie devant Tamerlan. Enfin, son mépris des armes à feu cause sa perte. L’armée des Mamelouks s’effondre face à l’artillerie ottomane en 1517. Toutefois le pouvoir ottoman vainqueur s’appuie encore sur les Mamelouks en Égypte. 

i./ Au plan du commerce maritime, l’évolution est tout aussi négative. Marins chinois comme marins indiens refoulent les flottes musulmanes des mers asiatiques. En Méditerranée, les Chrétiens et les Normands les éliminent. 

j./ Toute « l’économie arabo-musulmane régresse… la terre redevient la principale source de richesse… Le régime turc à Bagdad (dès la secondemoitié du XIe siècle attribue non plus des revenus aux officiers, mais des terres, à charge pour eux de fournir un certain nombre de soldats… dès lors dominent les couches sociales qui tirent leur pouvoir de la propriété foncière et de la force militaire. » 

k./ Un pouvoir, de plus en plus despotique, convoque à son service un conformisme religieux soutenu. « L’esprit d’initiative économique est de plus en plus bridé… Les castes militaires turques ne respectent pas le droit de propriété. » 

l./ Les Sultans et leur Vizir peuvent recourir au travail forcé, à la confiscation des biens. Certains peuvent même faire « raser tout un quar- tier de Bagdad pour utiliser ses matériaux dans la construction de leur palais. La confiscation des biens porte même sur les donations religieuses ». 

m./ « Les interprétations des textes religieux sont de plus en plus hostiles au négoce ». Le commerçant « se voit détrôner de sa place élevée dans la hiérarchie des valeurs au bénéfice du Saint, de l’ascète comme du faqih non engagé dans le monde. » 

n./ Les Ecoles privées – en Droit et en théologie – disparaissent. Au IXe siècle, il y en avait encore cinq cents. Plus aucune au XIe siècle. Elles sont remplacées par « des Ecoles financées par les gouvernements : les Madrasas ».

o./ Cette dépendance gouvernementale étouffe l’interprétation des textes, « ijtihad ». Cosandey (2007 : 359) précise que « dans les débuts de l’islam, on a plusieurs centaines de doctrines interprétatives. À la fin du XIII siècle, on tombe à quatre tendances qui sont toujours celles de l’Islam contemporain. » 

p./ La régression des sciences et des techniques est considérable. À tel point que la médecine redevient « prophétique, prétendant guérir tous les maux à partir d’indications du Coran ». 

q./ Au plan industriel, les Italiens imitent d’abord l’industrie textile musulmane puis ils la remplacent. De même, dans le papier et le verre. Ainsi, « des artisans égyptiens du verre sont invités », ou des Syriens sont reçus « fuyant l’invasion mongole ». Les secrets de l’art du verre syrien font l’objet d’un Traité dont dispose le Doge de Venise. A la place de Damas et d’Alep, ruinés par le marasme économique et le chaos militaire, c’est Venise qui produit les plus beaux verres du monde. 

r./ Ainsi, la division politique instable et la ruine économique vont conduire l’expansion antérieure de la civilisation musulmane « au repli sur soi dans un traditionalisme soutenu ». Une « ultime grande réalisation astronomique de l’islam médiéval fut l’œuvre du petit fils de Tamerlan, le sultan Ulugh Beg (1409-1449)…il fit construire un Observatoire exceptionnel ». Après son assassinat, l’observatoire fut fermé puis « rasé de fond en comble en 1460 par des religieux fanatisés ». 

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