PIERRE LÉVY

110. L’ESPOIR EN LA CYBERCULTURE : PIERRE LÉVY

Pour Pierre Lévy (philosophe, sociologue et chercheur en sciences de l’information et de la communication) trois grandes formes sociétales et culturelles sont produites au cours de l’évolution humaine. Il nomme la première “totalité sans universel”. Elle correspond aux sociétés “communautaires”. Le second type de sociétés (“royales-impériales” et “nationales-marchandes”) conjoint “universel” et “totalité”. Pour lui, ces deux types de sociétés utilisent le même ressort fondamental en délivrant un sens global commun longtemps lié au “religieux” avant de chercher à se substituer à lui dans certains nationalismes.

Les nations-marchandes ont repris ce sens global en s’appuyant sur les conquêtes de la science et de la technique soutenant le mythe d’un progrès sans limite. Mais nous entrons dans un troisième type de sociétés et de cultures que Lévy nomme cyberculture et qu’il caractérise comme “un universel sans totalité”. On y pose, en effet, les conditions de réalisation d’un lien possible entre tous les humains composés en réseaux de réseaux. Mais, sans totalité, parce que cette communication, forme pure, exclut toute référence à un contenu de sens qui est d’avance jugé limité, déplacé, dépassable. Y prime la pluralité de sens renouvelés, non totalisables.

On a répliqué à Lévy que cette communication universelle, sans totalité, posée par exemple, à partir d’Internet est plus projetée que réelle. Cette communication semble venir tout droit des traditionnels mots d’ordre du libéralisme économique : “laissez-faire, laissez-passer”. Cette libre-communication reste théorique car les hommes sont déjà membres de sociétés et de cultures stratifiées, hiérarchisées dans lesquelles tous ne disposent pas des mêmes conditions.

Si, dans une certaine mesure, la révolution informationnelle crée, avec Internet, un nouveau forum d’échanges et de discussions, un nouvel espace de liberté conviviale, il faut aussi voir les limites et la profonde labilité du phénomène. Sans compter que, comme pour les autres médias, des cristallisations et des structurations peuvent se mettre en place et rendre prépondérantes et massives des formes d’actions et de pensées uniques.

Notes bibliographiques

Pierre Lévy, « Essai sur la cyberculture: l’universalité sans totalité », Éd. du Conseil de l’Europe,‎ 16 mai 1998 (lire en ligne [archive])

Bernard Miege, « Cyberculture (Pierre Levy) », Réseaux. Communication – Technologie – Société, vol. 16, no 88,‎ 1998, p. 224–225 (lire en ligne [archive], consulté le 19 janvier 2019)

Consulter aussi : 

  • 2006 – Michaël La ChanceCapture totale. Matrix, mythologie de la cyberculture, Presses de l’Université Laval, coll. « Intercultures », 200 p.  (ISBN 2-7637-8304-X)
  • 2001 – Michaël La Chance, Les penseurs de fer, Les sirènes de la cyberculture, Trait d’union, coll. « Spirale », 218 p. (ISBN 2-922572-35-8)
  • 1996 – Timothy LearyChaos et CyberCulture, Ed. du Lezard , 275 p.  (ISBN 2910718077)
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