La lumière de Marx à la lumière de l’histoire

Jacques Demorgon: La lumière de Marx à la lumière de l’histoire In La Révolution prolétarienne n° 797, juin 2017.

  • 1./ Marx dans les siècles : histoire fonctionnelle et dialogique implicative 
  • 2./ Marx et l’imbroglio du 19e siècle. Identités et fonctions historiques 
  • 2.1. Une histoire fonctionnelle ancienne : religion, politique, économie
  • 2.2. Un précurseur de l’histoire fonctionnelle : Ibn Khaldûn
  • 2.3./ L’imbroglio des Formes de société en France (1789-1871)
  • 2.4./ La gouvernance cachée de l’économie, au 19e siècle, en France
  • 3./ Un Marx planétaire au 20e siècle 
  • 3.1./ La transformation du marxisme. Révolutions nationales, géopolitique mondiale
  • 3.2. L’URSS dans son ambivalence évolutive 
  • 3.4./ Un marxisme tiers-mondiste de décolonisation
  • 4./ Au regard des deux siècles, interpréter les « Erreurs, vérités » de Marx 
  • 4.1. Un marxisme généralisable. Dimensions sociales et géopolitiques 
  • 4.2. Les États-Unis de la globalisation économique mondiale
  • 4.3./ Un grand moment de l’histoire fonctionnelle : l’économie globalisée vous unifie ?
  • 5. Proposition d’un chiasme interprétatif des « erreurs, vérités » de Marx
  • 5.1. L’« erreur, vérité » de Marx concernant l’économie
  • 5. 2./ L’« erreur, vérité » de Marx concernant la Révolution prolétarienne
  • Coda

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J. Demorgon : La lumière de Marx à la lumière de l’histoire

Il y a quelques années, lors d’une réunion du Comité de rédaction, un débat, animé par Jean Moreau, portait sur la question de savoir si les écrivains de la Revue ne devraient pas expliquer aux lecteurs pourquoi celle-ci, née dans les années vingt du 20e siècle, porte encore son nom ? Débat difficile qui évoquait une expérience fréquente. Quand on nommait la Revue, on récoltait souvent sourire moqueur et mot persiflant ! Comment pouvait-on parler encore de Révolution Prolétarienne, à plus forte raison en écrire ? Plusieurs d’entre nous, sans le jurer, promirent d’y penser. J’ai trainé ma honte. Tout un ensemble d’événements ont peut-être tiré ma réflexion de sa torpeur. On en reparlera.  

1./ Marx dans les siècles : histoire fonctionnelle et dialogique implicative 

a./ Marx et son œuvre ont une telle surface géographique, une telle profondeur anthropologique que nous avons choisi de passer par l’histoire des trois siècles pour interroger à nouveau les contributions marxiennes. Le 19e siècle est celui que Marx à vécu pour une large part puisqu’il est né en 1808 et mort en 1883. Le 20e siècle a pour particularité d’offrir une référence quasi planétaire à  Marx. Comment est-ce possible ? 

b./ Dans les années 90, le 20e siècle passe déjà quasiment au 21e. Pourtant, ce qui se préparait et a explosé depuis, nous cache quelque chose d’étonnant. Face à l’abîme des inégalités, la lumière Marx semble vaciller comme celle d’une utopie remisée.

c./ Pourtant, 134 ans après sa mort, nous allons découvrir plusieurs données qui font bien plus qu’évoquer les perspectives marxiennes. Elles en sont même de premiers accomplissements. Cela, à partir de trois révolutions : de l’histoire, de la science et de l’économie.

c./ Le renouveau de l’interprétation repose sur deux clés. La première résulte de la prise de conscience accrue de la dimension fonctionnelle de l’histoire. L’interprétation de Marx peut redevenir moins hâtivement critique. 

d./ L’erreur est diagnostiquée dans le champ identitaire de l’histoire ou, par exemple, le prolétaire strictement défi, n’existe plus. Par contre, elle commence à délivrer sa vérité dans le champ fonctionnel où les réalités varient mais dans une généralisation bien venue ; restent analogues. Tant d’humains voient leur survie menacée par une existence au dessous même du seuil de pauvreté. On ne leur donne même plus un nom !

e./ Seconde clé, le renouveau, interprétatif dépend aussi du fait que les deux méthodes de recherche comparative-descriptive et compréhensive-explicative ont été complétées par une troisième, dialogique implicative. Elle correspond en effet à un choix de cet ordre que fait Marx. Il l’explicite à travers la notion de « praxis », signifiant que théorie, pratique, imagination s’entretiennent pour produire connaissance, parole, action, de façon non pas analytique, séparée, mais de façon synthétique mêlée, 

f./ Sans cette troisième méthode, on a de nouveau vite fait, en disséquant Marx, de décréter qu’il s’est trompé. On le regarde sous l’angle de la seule connaissance ; ou sous celui de la seule action. Quant à l’imagination, surtout prophétique, elle est d’avance doublement bannie. 

g./ Cela rejoint une difficulté irréductible de la praxis humaine. Pour agir mieux, il faut bien s’informer. En même temps qui ne fait que s’informer n’agit pas. L’action doit aussi anticiper sur l’information d’autant qu’elle contribue à l’information manquant. Marx ainsi se débat entre analyse et action. Ou encore entre explication, stratégie, prophétie. Comme tout acteur qui s’implique dans le destin des humains

h./ Cet article soumet à l’évolution des siècles et aux clés interprétatives citées les deux interrogations qui rebattent les cartes de la lumière Marx : primat de l’économie, primat du prolétariat (révolution, dictature et avenir).

2./ Marx et l’imbroglio du 19e siècle. Identités et fonctions historiques 

2.1. Une histoire fonctionnelle ancienne : religion, politique, économie

a./ Le 19es. de Marx est sans doute quelque peu décalé. Marx naît moins de 20 ans après  la Révolution Française de 1789. Il meurt une douzaine d’années après la Commune de Paris. 

b./ Avant de poursuivre, nous devons faire une observation fondamentale qui détermine largement le profil de notre interprétation. Communément, c’est à peine moins vrai aujourd’hui, l’histoire humaine est essentiellement identitaire. Elle se réfère à des pays, à leurs gouvernants, à leurs peuples et aux événements qu’ils vivent. D’ailleurs, comme acteurs, eux aussi contribuent à déterminer les événements. 

c./ Il y a toujours eu aussi, mais constamment repoussée, une histoire fonctionnelle. Elle part des actions humaines personnifiées, individuelles ou collectives, mais elle n’oublie pas que les acteurs humains ont aussi construit de grandes fonctions qu’ils ont mises en œuvre tout au long de l’histoire. 

d./ Ils ne l’ont pas fait d’abord consciemment. Confrontés à la double nécessité d’exister comme individu séparé et comme individu associé, ils ont engendré les quatre principales : religion, politique, économie, information. 

2.2. Un précurseur de l’histoire fonctionnelle : Ibn Khaldûn

a./ Sans pouvoir développer les étapes de cette histoire fonctionnelle, rappelons seulement l’un de ses grands moments, celui de la vie et de l’œuvre d’Ibn Khaldûn. En effet, il a montré que l’histoire s’était constituée comme interaction entre invasions tribales et assimilations impériales. 

b./ Ces assimilations réussies, l’énergie du conflit originel faiblissant, l’empire était de nouveau envahi par des tribus à l’énergie neuve. Il y avait là une sorte de répétition fonctionnelle entre tribus et empires. Elle dépassait la conscience des acteurs engagés dans leur seule histoire présente. 

c./ On aura compris que l’histoire comme globalité exige d’être au moins à la fois identitaire et fonctionnelle. Marx est bien évidemment dans cette perspective. Comment n’y serait-il pas compte-tenu de ce qui ne cesse de se répéter dans l’histoire au 19es. !

2.3./ L’imbroglio des Formes de société en France (1789-1871)

a./ Prenons simplement le cas de la France. Si nous partons normalement de la Révolution de 1789 pour aller jusqu’à la Commune de Paris en 1871, la politique y est constituée par une suite répétitive de changements opposés. 

b./ Au plan des formes de société, nous découvrons quatre révolutions (1789, 1830, 1848, 1871), trois restaurations royales, deux empires et deux Républiques. Pour qu’enfin la Troisième République puisse advenir et persister.

c./ Dans cette séquence, on observera qu’au début, en 1789, le peuple gagne. A l’arrivée, en 1871, il perd. La Troisième République naît. En réalité, nous ne sommes déjà plus dans une domination de la politique mais dans une domination de l’économie. A vrai dire, cela commençait déjà en 1789. 

2.4./ La gouvernance cachée de l’économie, au 19e siècle, en France

a./ Non seulement Marx a raison : au 19es., l’économie gouverne déjà la politique. Mais il est encore, par cette orientation, un véritable prophète de l’avenir. Au 20es., une certaine économie, fille de celle du 19e, va prendre presque tous les pouvoirs. 

b./ En démontrant que Marx a tort d’attribuer tant d’importance à l’explication par l’économique, Max Weber a raison dans l’absolu du savoir humain. En effet, l’économie ne constitue qu’une des sources compréhensives explicatives parmi bien d’autres. 

c./ Mais ce n’est certainement pas ce que Marx voulait contester. Sa seule erreur : n’avoir peut-être pas assez souligné qu’il parlait de l’histoire en train de se faire. Ce n’était plus la religion, ce n’était plus la politique, c’était bien l’économie qu’il fallait suivre. 

d./ Prophète, car si la politique faisait encore illusion à son époque, c’était bien fini peu après. Les deux grandes Guerres mondiales allaient signer la fin du concert européen des « Etats ». Les empires d’hier allaient se transformer en dictatures monstrueuses. Après ces désastres, l’économie allait, plus que jamais se hisser au sommet du pouvoir.

3./ Un Marx planétaire au 20e siècle 

3.1./ La transformation du marxisme. Révolutions nationales, géopolitique mondiale

a./ Observons qu’en 1905, en France, la laïcité s’invente. Comme on le sait, elle est une sorte de compromis tout à fait exceptionnel mais pas égalitaire. Certes, la politique se pose comme ouverte aux différentes religions mais elle leur demande d’accepter la loi républicaine qui organise leur coexistence. 

b./ Au plan des réalités sociétales de la France à cette époque, l’affaire Dreyfus venait de le montrer, il y avait toujours deux France, radicalement opposées. L’engagement français dans un colonialisme posé comme humaniste essayait déjà de les réconcilier. Les pays européens et leurs Etats, à travers la rivalité coloniale, pensaient avoir éloigné de leur sol, les dangers d’affrontements. 

c./ En réalité, leurs vives compétitions n’étaient pas à l’abri d’un affrontement plus direct et, peut-être même, le préparaient. Si cela menaçait, chaque pays, pour être fort, devait être uni. En France, la laïcité de 1905 était un premier pas vers ce qu’on appellera bientôt « l’union sacrée ». En ce sens, il va de soi que l’économie aussi était à la manœuvre. 

d./ La première Guerre mondiale allait être bien différente de la culture guerrière héritée du passé. Les responsables politiques avaient complètement sous-estimé les capacités de destruction des armes nouvelles. La lutte n’était pas seulement entre des sociétés de régimes opposés : empires et républiques. Elle était avant tout entre l’humanité de bonne volonté, de courage, voire d’enthousiasme des acteurs mobilisés et l’effroyable inhumanité des nouvelles armes automatiques : mitrailleuses, automitrailleuses, avions mitrailleurs. 

e./ Les troupes au sol étaient désormais dépassées non seulement par cet armement mais encore par l’aviation naissante. De reconnaissance, elle repérait les mouvements en cours ou les refuges prévus. De bombardement, elle détruisait à l’aveugle parfois. De même que les canons, d’une bien plus grande portée.

f./ Dans ces conditions, la victoire des uns et la défaite des autres étaient tout à fait inhumaines des deux côtés. Cette inhumanité allait se poursuivre autrement pendant la paix. En particulier, du fait d’un Traité de Versailles qui prévoyait de faire payer à l’Allemagne vaincue pour les désastres qu’elle avait occasionnés. 

g./ Une inhumanité plus grande encore allait se mettre finalement en place. Les gouvernants de chaque société désireux de maximiser leur puissance manipulèrent leur peuple entre autoritarisme et séduction. Les sociétés et les gouvernants se caricaturèrent au-delà du pensable. Fascismes, nazisme, stalinisme émergent et se renforcent. 

3.2. L’URSS dans son ambivalence évolutive

a./ Certes, la victoire contre les fascismes et le nazisme allait être obtenue . Mais il y faudrait une tenaille bien constituée : à l’ouest, par l’aide américaine ; à l’est, par l’aide soviétique. 

b./ Rappelons qu’entretemps la Russie révolutionnaire est apparue en 1905, avant ; puis, en 1917, au cœur de la première Guerre mondiale. Elle met fin à l’empire russe. Elle est directement inspirée du marxisme.

c./ L’après deuxième Guerre mondiale s’ouvrait ainsi sur un match exceptionnel entre des alliés adversaires. Dans nombre de pays européens, l’opposition entre capitalisme et communisme traversait l’ensemble des couches sociales. 

d./ Or, justement, la leçon du processus économique et politique de l’entre-deux-guerres avait été retenue. La paupérisation humiliante (l’Allemagne paiera !) qui avait suivi la 1ère Guerre mondiale et conduit à la seconde devait être à tout prix évitée par l’Ouest. C’est pourquoi, dès la paix revenue, les Etats-Unis apportaient un soutien économique à l’Europe de l’Ouest avec le Plan Marshall. 

e./ Il fallait éviter que les difficultés économiques puissent conduire les peuples d’Europe de l’Ouest à rallier le marxisme révolutionnaire. D’autant que, sous les termes de «  communisme, République populaire », celui-ci constituait désormais un véritable atout géopolitique de l’URSS.

f./ On avait ainsi un double système économique concurrentiel. Au niveau externe, l’Est et l’Ouest. Au niveau interne, à l’Ouest, il y avait les États-Unis, l’Europe et le Japon, la Triade qui déployait leur propre concurrence économique. L’URSS. était alors soumise à une pression économique triple : dans l’économie générale, la conquête de l’espace et la course aux armements. 

3.3. La Chine et Mao Zedong, un maoïsme marxiste 

a./ Ne l’oublions pas, si la Chine s’engage dans la guerre en 1917, les Traités inégaux imposés par les Européens sont maintenus en 1919. Dès 1914, les Japonais cherchent à s’imposer à la Chine. Dès 1918, les communistes russes apportent leur appui à la formation en cours de l’armée chinoise. Quelques dizaines de partisans communistes dont Mao Zedong fondent le parti communiste chinois en 1921. Celui-ci s’allie avec les nationalistes du Guomindang soutenu par l’URSS. 

b./ Toutefois en 1926-1927, Tchang Kaï-chek fait exécuter nombre de ses alliés communistes chinois. Mao Zedong et d’autres partisans s’échappent et se réfugient dans le Hunan pour fonder une république soviétique dont il est président. On y adopte l’idée, qu’en Chine, la paysannerie est le moteur de la révolution.

c./ En 1934, attaqués par les armées nationalistes, Mao Zedong et plusieurs dizaines de milliers de partisans communistes entreprennent la « longue marche » (plus de 12 000 kms), menant divers combats. C’est alors que Mao Zedong devient leur chef. En 1935, la longue marche s’arrête dans le nord de la Chine.

d./ En 1937, nouveau revirement. L’invasion japonaise des provinces côtières de la Chine oblige nationalistes et communistes à s’allier encore. Pendant cette guerre, les communistes s’implantent dans les campagnes. En 1945, ils ont 1.300 000 adhérents. Quand la guerre civile reprend en 1947, les communistes ont une armée proche de 900.000 hommes. Celle-ci triomphe et la République populaire chinoise est proclamée le 1er octobre 1949. 

e./ On est ainsi en présence d’un phénomène assez extraordinaire. Le marxisme est invoqué par nombre de militants en Europe occidentale. Il est invoqué au cours de la séquence du léninisme au stalinisme. Le voici maintenant invoqué par le maoïsme. On aurait tort d’imaginer un simple suivisme. Bien au contraire. Mao Zedong entend définir sa propre déclinaison du matérialisme dialectique ainsi qu’en témoigne son écrit fondateur précisément intitulé De la contradiction.

f./ Paradoxe incroyable, le marxisme se présentait comme un fondement pour l’Est de l’Europe et pour l’Est de l’Asie. Dans les deux cas, il semblait offrir une mutation révolutionnaire aux anciens empires. Cela, en lieu et place de leur politico-religieux d’hier. Rien d’étonnant à ce que leur marxisme soit alors tombé lui-même dans une véritable dérivation politico-religieuse. 

3.4./ Un marxisme tiers-mondiste de décolonisation

a./ La Révolution Française et toutes celles qui l’ont suivie occultent la Révolution fondatrice des États-Unis en 1790. On n’observe pas assez son originalité spécifique. Elle est une Révolution de décolonisation. 

b./ Du coup, on ne perçoit pas l’incroyable imbroglio du 20es. Les Révolutions semblent être d’abord nationales. Ainsi, elles sont anglaise, française, russe (avec meurtre du titulaire du pouvoir) et elles concernent les luttes entre couches sociales dans un même pays. 

c./ La Révolution américaine est ainsi l’annonciatrice de toutes les Révolutions de décolonisation dans l’ensemble d’un Tiers-monde tricontinental. Chacun sait l’importance qu’elles ont eue. Nous avons étudié le cas de la Chine. Le cas de l’Inde est spécifique. Toutefois, l’influence marxiste, communiste n’a pas manqué de se mêler à la perspective non violente. Ne serait-ce qu’en raison de la nécessité des alliances reconnue par Gandhi lui-même. 

4./ Au regard des deux siècles, interpréter les « Erreurs, vérités » de Marx 

4.1. Un marxisme généralisable. Dimensions sociales et géopolitiques 

a./ Une sorte de bilan minimal de ces deux siècles influencés par le marxisme devrait pouvoir souligner l’essentiel et nous permettre d’interpréter en étendue et en profondeur les « erreurs, vérités » de Marx. 

b./ D’une part, le marxisme offre un fondement révolutionnaire à une large part des populations occidentales engagées dans la recherche d’une démocratie moins bourgeoise, plus populaire. Ainsi s’affiche le Front Populaire en France. 

c./ D’autre part, le marxisme, de sa question sociale générale, dépassant déjà le national, s’élève au plan de la géopolitique mondiale. Il occupe une place d’importance dans les deux systèmes politiques opposés. Certes, pas dans le même sens. Et, de ce fait, une « collusion, confusion » événementielle historique s’installe, dont la profondeur et l’étendue de la théorie marxiste souffre encore. 

d./ Nombre d’interprètes ont tenté de démontrer que la théorie marxisme elle-même contenait la source de cette évolution géopolitique monstrueuse. C’est tout à fait contestable mais pour y parvenir, nous devrons, in fine, reprendre la question trop facilement embrouillée de la « dictature du prolétariat ».

4.2. Les Etats-Unis de la globalisation économique mondiale

a./ La 2e moitié du 20siècle se met en place avec la rivalité « Est, Ouest ». Elle associe réalisme et idéologie, économie et politique. 

b./ Le Plan Marshall, ayant permis le redéploiement économique de Europe de l’Ouest, une division politique s’installe avec les Etats-Unis, l’Europe, le Japon : la Triade. Pour une économie concurrente dynamisée. Trois décennies de progrès technoscientifiques suivent. La prospérité économique est en faveur de l’Ouest, avec la splendeur des Trente Glorieuses. 

c./ Par contre, l’URSS est soumise à une triple concurrence : économie générale, conquête de l’espace, course aux armements. Elle fait face difficilement. Finalement, épuisée, elle s’effondre. Elle redevient la Russie, non sans lourdes pertes territoriales, même en Europe. 

d./ Pour être moins spectaculaire, moins brusque, l’évolution de la Chine est tout aussi importante voire plus. Elle a pris ses distances avec le contexte révolutionnaire maoïste. Avec « Tian an men », elle barre la voie politique révolutionnaire de type occidental. L’effondrement de l’URSS pousse la Chine vers un certain capitalisme d’Etat.  

e/ Conjointement à ces grands événements, les Etats-Unis, grâce aussi à l’Internet transféré du militaire, vont conduire l’économie, simplement internationale, à sa globalisation financière informationnelle. Avec les fameuses déréglementations et dérégulations de leurs entreprises nationales afin de leur permettre maintenant la conquête de la puissance financière, industrielle et commerciale mondiale.

4.3./ Un grand moment de l’histoire fonctionnelle : l’économie globalisée vous unifie ?

a./ On assiste à un grand moment de l’histoire fonctionnelle. C’est celui où advient le triomphe de l’économie en tant que matrice d’unification de l’histoire humaine. Il survient, dans le monde, après divers précédents dont nous avons commencé l’étude. En particulier, avec D. Cosandey.  

b./ Rappelons seulement deux de ces précédents. La grande réussite et le grand échec de la catholicité pontificale romaine évangélisatrice. Les grandes réussites partielles et les grands échecs successifs des tentatives de l’impérialisation politique européenne y compris colonisatrice.  Notons qu’ils ont même eu leur période associative.

c./ Un nouveau règne commence dans l’histoire fonctionnelle : de la domination de la religion avant-hier à celle de la politique hier. L’Occident vient de passer lui-même et de faire passer le monde sous la domination de la troisième grande activité unificatrice : l’économie. Il est vrai sous une forme spécifique, celle de l’économie financière informationnelle mondiale. Rassurons-nous ce n’est pas la dernière, si rien de grave n’arrive !

d./ La guerre froide porte bien son nom. Sans guerre chaude, l’économie nouvelle remporte la victoire géopolitique. Certes, grâce à un contexte doublement facilitateur. On sortait de deux Guerres mondiales monstrueusement meurtrières. On vivait la paix nucléaire puisque les technosciences avaient accumulé « tant de ressources ! » que l’on pouvait détruire la planète et l’humanité plusieurs fois.

e./ Les clés interprétatives dont nous venons de résumer les apports vont nous permettre maintenant de justifier notre expression d’« erreur, vérité » concernant « la lumière Marx ». 

5. Proposition d’un chiasme interprétatif des « erreurs, vérités » de Marx

5.1. L’« erreur, vérité » de Marx concernant l’économie

a./ Or, Marx pressent au 19e siècle que l’économie monte inexorablement. Avec, à la fois ses apports et ses dangers. Prophétiser cela serait croire en un déterminisme insoutenable au regard de la liberté humaine. Celle-ci doit pouvoir réagir. Certes, à condition d’avoir l’information indispensable. 

b./ Cela commence par la nécessité de comprendre à quel point l’économie est explicative. Et c’est cela que Marx souhaite développer dans ses études. Ainsi que Engels, en remontant au passé. 

c./ Mais si l’économie est plus explicative qu’on ne le croit, c’est surtout parce qu’elle dans son cours actuel puissamment active. Elle prépare sa pleine domination future. 

d./ C’est au cœur de ce mélange stratégique transhistorique que Marx se débat. Précédemment, nous avons signalé qu’à notre avis Marx avait eu effectivement l’intuition du futur développement d’une économie toute puissante. Et aussi une seconde intuition, celle de l’urgente nécessité d’inventer quelque(s) moyen(s) de s’y opposer. 

e./ Un chiasma se met en place dans « la pensée Marx ». Stratégiquement, il ne peut que refouler toute communication publique prophétisant cette future pleine puissance de l’économique. D’une part, personne n’aurait compris. Personne ne l’aurait cru. On l’aurait pris pour un fou. D’autre part, au cas contraire, c’eût été totalement contre-productif ; et contradictoire puisque c’est ce qui, selon lui, devait être évité. 

f./ En rapport au contexte révolutionnaire du 19es., il était réaliste de croire possibles suffisamment de sursauts populaires concernant les traitements inhumains auxquels étaient soumises les vies prolétariennes. Bref, de croire qu’une Révolution prolétarienne, plus décisive, allait advenir. Aucune démagogie. Aucune irresponsabilité. Simplement, la transmission de l’implication révolutionnaire.  

g./ Première branche du chiasma : l’économie ne voit pas sa future pleine victoire prophétisée (vérité). Ou du moins, elle l’est, mais dissimulée, à travers un raccourci : l’énoncé de son pouvoir explicatif supérieur (erreur). On le sait, Weber l’a montré. Et d’autres.

5. 2./ L’« erreur, vérité » de Marx concernant la Révolution prolétarienne

a./ Nous avons vu la quantité impressionnante de révolutions survenues peu avant et pendant la vie de Marx. Dans ce contexte, Marx pouvait annoncer la possibilité d’une Révolution prolétarienne. 

b./ Seconde branche du chiasma : le prolétariat ne voit pas suffisamment étudié, exposé, son pouvoir explicatif du destin humain (vérité). Ou du moins, il l’est, mais dissimulé, à travers un raccourci : l’annonce stimulante qu’une victoire révolutionnaire est possible et même sa victoire (erreur).

c./ Erreur en effet puisqu’elle n’a pas eu lieu. Mais on va un peu vite dans la dénonciation de toute Révolution prolétarienne, en se référant aux Révolutions réelles, celles advenues après Marx dans des contextes différents de ce dont il parlait et que ces contextes ont pu détourner. 

d./ Les erreurs de Marx se profilent ainsi du fait de l’histoire identitaire (la faute à elle) et du fait de l’action immédiatement impliquée de Marx (tant pis pour sa générosité). Dès qu’on les réfère à l’histoire fonctionnelle et à la dialogique implicative, les erreurs de Marx n’en ont pas fini de retomber du côté de la vérité. 

Coda 

Le présent article comporte une seconde partie qui complète cette recherche d’un renouveau interprétatif de Marx. Il sera proposé pour un prochain numéro de la Révolution Prolétarienne en 2021. Avec pour thème, « la lumière Marx » à la lumière des Passages dissimulés du 20e au 21e siècle. 

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