Sources : Cours de formation à l’interculturel proposé par J. Demorgon et N. Carpentier. Les grandes orientations culturelles. 

I./ Les problématiques. 1. Les cinq perspectives d’étude des cultures

4e leçon. Les cultures et l’adaptation humaine :

INTRODUCTION

Dans la seconde leçon, nous avions présenté la perspective particularisante des cultures. Rappelons qu’elle se constitue comme collection de traits remarquables souvent étonnants pour les non-membres de la culture considérée. Une telle perspective ne va pas disparaître. Chacun regarde les autres à partir de ce qu’il est, de ce qu’il fait, de ce qu’il craint, de ce qu’il veut. Égocentrisme, sociocentrisme, ethnocentrisme constituent des attitudes d’abord inévitables. C’est seulement en constituant une profonde culture des cultures et en la diffusant de façon scolaire, universitaire, journalistique et ambiante que l’on mettra en oeuvre un tri qui, dans ces connaissances particularisantes, découvrira ce qui relève de la superficialité voire de l’erreur et ce qui reste de l’ordre du plutôt profond et “vrai”.

La troisième leçon, la précédente, nous avait fait franchir un pas important. Elle nous avait montré que les cultures sont constituées comme des systèmes singuliers qui traduisent la singularité, l’unicité de chaque société. Cependant, pour penser ensemble ces sociétés et ces cultures singulières, nous avons vu qu’il nous fallait généraliser. Or, ce n’est pas la généralisation en soi qui est mauvaise, c’est la généralisation abusive, erronée.

On s’est toutefois demandé si nous pouvions obtenir de justes généralisations. Ce n’était pas impossible en nous appuyant sur les grandes structurations des sociétés qui se sont produites au cours d’une longue histoire.

En articulant l’étude des sociétés et des cultures singulières avec l’étude des généralités historiques, nous pouvions commencer à constituer une perspective comparative. Cependant, les comparaisons ne sont alors possibles que dans une même période historique. Pour comparer les sociétés et les cultures au-delà des périodes historiques, nous devons nous appuyer sur une donnée qui transcende relativement l’histoire. Il n’y en a qu’une qui est dans ce cas là, c’est l’adaptation humaine. En y comprenant bien évidemment aussi la non adaptation, la désadaptation.

13. LES GRANDES PROBLÉMATIQUES COMMUNES DE TOUTE ADAPTATION.

L’approche explicative compréhensive – qui constitue notre cinquième et dernière perspective d’étude des cultures – s’appuie d’abord sur une donnée irrécusable : les hommes vivent des situations différentes et sont différents les uns des autres. Toutefois, si les cultures produites peuvent beaucoup différer, elles sont cependant des réponses à de grandes questions de base qui sont les mêmes.

C’est seulement à un haut niveau de généralisation que l’on pourra trouver ces bases communes et justement dans l’adaptation. En effet l’adaptation repose sur une dynamique antagoniste et complémentaire entre les hommes et le monde extérieur, entre les êtres humains diversement regroupés, entre le groupe et l’individu, et finalement entre les différentes perspectives constituant le contexte d’une même personne.

Cette dynamique antagoniste et complémentaire se traduit par de grandes problématiques ou si l’on préfère de grandes oppositions que tout individu, tout groupe, toute organisation, toute société doivent résoudre pour s’adapter.

Par exemple il faut réguler ouverture et fermeture dans les relations au monde physique, aux autres, à soi-même. Il faut répartir et hiérarchiser ses intérêts et définir son organisation entre unité et diversité, centration et décentration ou centre et périphérie. Il faut encore conjuguer mouvement et stabilité, changement et continuité.

Nous allons juste après nous arrêter sur cette dernière régulation si décisive que les sociétés se partagent et s’opposent à son sujet entre sociétés et cultures valorisant plus la tradition et sociétés et cultures du changement et de la novation. Alors qu’une bonne régulation adaptative devrait à la fois savoir hériter et savoir inventer.

Nous le verrons ensuite avec Piagetl’équilibre adaptatif dépend d’une dynamique antagoniste et complémentaire entre notre accommodation au monde externe (qui comporte de la soumission) et l’assimilation (la digestion aussi bien technique que mentale) de ce monde externe par notre monde interne.

*

Auparavant, donnons deux exemples précis de ces grandes problématiques communes à toute adaptation. Et d’abord, celui de la problématique ouverture/ fermeture. Si nous choisissons cette première problématique, c’est qu’elle correspond à un dilemme interculturel que nous n’avons qu’à peine évoqué. On entend toujours dire qu’il faut s’ouvrir aux
autres. Mais comme nous le montrera ci-dessous l’analyse piagétienne de l’adaptation, il ne faut pas seulement s’ouvrir, il faut aussi savoir se fermer pour assimiler ce que l’on a acquis au cours de l’ouverture.

C’est grâce à la fermeture qu’un être s’abrite, se préserve, se reconstitue. Pour tenir compte de cette nécessité, les religions ont su proposer à leurs membres des moments réguliers de retraite.

C’est grâce à l’ouverture qu’un être s’exerce, s’éprouve, se renouvelle.

Toutefois, il ne faut pas penser à une balance en équilibre. Bien au contraire. Les constitutions naturelles des êtres, fruits de leurs genèses, introduisent d’emblée des rapports déséquilibrés. La fermeture apparaît dominante. Faute de quoi un être, comme entité individuelle qui se maintient dans le temps, ne pourrait exister.

André Bourguignon en donne quelques exemples saisissants quand il évoque les 160 millions de récepteurs d’une rétine. Il écrit :

« Les 160 millions d’informations ponctuelles sont ramenées au niveau du nerf optique à un million de messages. Il y a à la fois filtrage et compression (fermeture) de l’information rétinienne”.

Il rappelle aussi des données bien connues mais sous-estimées. Le génome, “mémoire de l’espèce et de la spécificité du soi”, lieu de l’identité biologique, “représentant du tout dans chaque cellule”, a droit à quatre protections successives : peau, enveloppes des organes, membranes des cellules puis du noyau. La chirurgie des greffes nous a, pour sa part, largement familiarisés avec la profonde et tenace fermeture du système immunitaire.

A. Bourguignon cite M. Jeannerod :

« Ce n’est pas l’environnement qui sollicite le système nerveux, le modèle ou le révèle. C’est, au contraire, le sujet et son cerveau qui questionnent l’environnement, l’habitent peu à peu et finalement le maîtrisent”.

Incontestablement, si ce travail d’assimilation et d’adaptation n’est que faiblement ou pas effectué, les préjugés peuvent trouver dans le mécanisme normal de la fermeture l’occasion de s’enraciner. Ainsi, comme le philosophe allemand Herder l’avait bien vu, le préjugé n’est pas une exception, il constitue d’abord une sorte de défense première de l’être. Mais alors ?

La solution passe justement par cette démarche plus longue d’assimilation adaptative. Elle s’est d’abord manifestée dans l’évolution même de l’espèce humaine. A. Bourguignon précise :

« C’est le sujet qui enrichit son milieu en lui donnant toujours plus de signification au fur et à mesure que se poursuit l’évolution”.

Or ce que l’auteur dit ici du sujet humain en général au cours de l’évolution de l’espèce peut être également valable pour l’évolution d’une personne au cours de sa propre vie. Il ne s’agit pas tant pour elle de produire une ouverture à l’autre qui serait donnée une fois pour toutes que de produire constamment la régulation d’une série d’ouvertures et de fermetures construisant la relation à travers obstacles et ressources.

Ainsi, la problématique ouverture/fermeture est considérablement ramifiée à travers une hiérarchie de domaines. Elle se traduit en biologie par la reproduction sexuée entre individus à l’intérieur de l’espèce et son impossibilité entre individus de différentes espèces. Ou, en ce qui concerne l’individu, par le système immunitaire.

En psychologie, de la fermeture à l’ouverture, on aura, par exemple, l’incompatibilité, l’antipathie, l’indifférence, la sympathie, l’amitié, l’amour et l’intimité. En sociologie, la même problématique se traduira par les frontières entre sociétés et les flux transfrontières. Les sociétés placent entre leurs membres et les pouvoirs la fermeture de la raison d’État.

Prenons un second exemple, celui de la problématique également fondamentale entre “unité” et “diversité”. Elle se trouve à l’oeuvre dans l’organisation politique des gouvernements. La monarchie – du grec monos : unique – désigne le pouvoir d’un seul. L’oligarchie – du grec oligoï : quelques, – désigne le pouvoir de quelques-uns.

Mais cette problématique “unité/ diversité” est aussi à l’oeuvre dans l’organisation de tout autre groupe humain plus particulier : simple bande de jeunes, ou entreprise multinationale ou globale. Elle est également fondamentale dans l’organisation des conduites d’une seule et même personne. Elle l’est déjà dans sa simple organisation biologique. Les différents membres et organes rendent compte de la diversité. Le squelette, le système nerveux, le cerveau rendent compte de l’unité.

Ces exemples – qui pourraient être multipliés – suffisent à faire comprendre que les grandes problématiques humaines : “ouverture, fermeture”, “unité, diversité”, “changement, continuité” sont relativement les mêmes pour les êtres humains quelle que soit leur société. 

Ces problématiques constituent une référence de qualité comme fruits d’une profonde élaboration par les humains de leurs expériences historiques sur le très long terme. C’est pour cela que ces grandes problématiques permettent de fonder des études comparatives-descriptives rigoureuses des sociétés et des cultures. Toutefois nous ne disons pas que les acteurs des différentes sociétés et cultures sont conscients de ces problématiques. Simplement, d’une manière ou d’une autre, ils sont conduits à les vivre, à travers des symboliques qui leur sont propres. Par exemple, les acteurs des sociétés royales-impériales ont connu des périodes de forte croyance au pouvoir unificateur du roi sans y voir une stratégie de lutte contre le morcellement qu’entraînerait l’acceptation d’une grande diversité.

14. LA CULTURE ET SA GENÈSE ADAPTATIVE : TRADITION ET NOVATION

En comparaison des autres espèces, les êtres humains disposent de peu de réponses naturelles préalables. Par contre, ils disposent de moyens de les construire au contact de la réalité. Leur adaptation peut être ainsi meilleure, évoluant en relation aux évolutions mêmes de leurs environnements changeants.

Logiquement ils auront à décider dans quelle mesure leurs réponses doivent être sélectionnées, conservées, transmises. Le plus souvent c’est sans décision expresse que cela se fera, ou non, en fonction du cours plus ou moins insistant, semblable ou différent pris par leurs expériences.

Si tout change vite, la sélection, la conservation, la transmission n’auront pas de sens. On comprend l’effort fantastique de culture fait par les êtres humains pour découvrir et inventer des constantes au coeur des variations, pour construire et améliorer sans cesse la hiérarchie entre ce qui subsiste et ce qui varie.

Les étapes de cette tentative sont nombreuses : l’écriture, la logique et les mathématiques, les sciences, les arts, les techniques. C’est la culture cultivée – culture au second degré – se construisant à partir des cultures spécifiques. Les techniques étaient d’abord des techniques de chasse ou de forge. Les mathématiques de Pythagore étaient encore religieuses.

Cependant engagés dans cet effort, les humains oublient que les réponses culturelles d’hier peuvent aussi les égarer aujourd’hui et demain. Ils l’oublient d’autant plus qu’ils veulent éviter de se trouver sans réponse. D’autre part, comment trouver bonnes ou mauvaises les réponses antérieures si on ne les éprouve pas de nouveau ?

Les humains découvrent douloureusement l’inaliénable incertitude de toute adaptation et l’anxiété qui en résulte. Les uns vont préférer se fier aux réponses acquises et valoriser la culture qui les conserve et les transmet, ce sera la tradition. Les autres vont préférer se défier des réponses acquises et cultiver plutôt les capacités physiques et mentales d’inventer, dans l’instant même, la réponse nouvelle adaptée.

Ces deux orientations auront, l’une et l’autre, leurs conséquences négatives et leurs conséquences positives. Mais chacune d’elles sera en déficit adaptatif par rapport à toute adaptation qui tiendra compte des deux. Association si difficile qu’elle ne peut jamais être obtenue une fois pour toutes. C’est pourquoi la querelle des anciens et des modernes – ou de la tradition et de l’invention – a encore de beaux jours devant elle.

Rien d’étonnant à ce que la polémique soit inépuisable puisqu’elle correspond à cette opposition entre deux orientations adaptatives dont aucune ne peut détenir, à elle seule, le monopole de la bonne adaptation. Toute adaptation singulière devra mettre en jeu une composition variable de ces deux orientations.

Tantôt ce sera bon d’opter pour plus de conservation des réponses, plus de tradition, car les réponses auront été plusieurs fois éprouvées. Tantôt ce sera mieux de se tourner vers l’innovation, l’invention. Le sens de l’adaptation est dans ce dilemme même. Tantôt, elle se fait mémoire, habitude, réutilisant les acquis du passé. Tantôt, elle s’en détourne dans l’imagination pour pouvoir inventer. Ce travail, poursuivi sur le long terme, éprouve nos réponses culturelles, nous permet d’éliminer les unes, de confirmer les autres, ou de les modifier.

Les ressemblances et les différences culturelles sont donc doublement possibles. Elles résultent du fonctionnement même de l’adaptation humaine qui les invente mais aussi des situations rencontrées qui les imposent. Ainsi, différences et ressemblances culturelles ne sont pas simplement des produits du hasard. Au contraire, elles représentent bien plutôt les résultats d’un travail adaptatif des humains pour s’opposer au hasard et à l’incertitude.

15. LE PROCESSUS ADAPTATIF SELON PIAGET ET LA GENÈSE DES CULTURES

Ceux qui vivent les situations et leurs nécessités adaptatives sont pris dans des champs de tensions. Les réponses culturelles ont l’avantage d’être déjà prêtes. Elles libèrent de l’angoisse d’avoir à inventer à tout moment la bonne réponse. Mais, en contrepartie, cette réponse toute prête peut aussi avoir perdu de son efficacité d’hier en raison du renouvellement des situations et des relations.

Stabilité ou changement : l’adaptation constitue, en elle-même, une dynamique contradictoire. Cela permet de comprendre que la notion même d’adaptation soit tirée dans des sens opposés. Tantôt objet de projections négatives : s’adapter est pensé comme renoncer, se plier, se soumettre, c’est une faiblesse et même une lâcheté. Tantôt, objet de projections positives : s’adapter c’est être souple, imaginatif, créatif.

De plus, l’adaptation est double. Elle doit conjuguer énergie et structuration, pulsion et forme.

D’une part, elle doit permettre une ouverture sur l’environnement et une réceptivité à sa réalité. C’est le processus que Piaget nomme accommodation. Mais cet environnement peut nous envahir. Les psychanalystes, eux, parlent justement de la nécessité pour l’être humain de pouvoir disposer, physiologiquement et psychologiquement, d’un appareil pare-excitations pour se protéger.

D’autre part, l’accommodation doit être compensée par une direction inverse: celle de l’assimilation qui manifeste le souci de soi. En tant que sujet déjà structuré, je dois reprendre les modifications reçues de l’extérieur pour en faire mes modifications internes selon mes lois propres.

Accommodation et assimilation ne sont pas séparables : elles travaillent ensemble à équilibrer la relation moi-monde à travers imitations et jeux.

Mais je ne suis jamais totalement contraint à l’adaptation. Je peux laisser abusivement arriver à moi l’environnement et j’y disparais. Je peux m’abandonner trop à moi et je cesse d’être au monde.

Comment trouver dans chaque adaptation le bon équilibre ? Ma culture me propose heureusement des réponses mais je dois aussi les soumettre à la réalité changeante. Ce qui est décisif c’est la capacité d’oscillation entre les positions. Parfois j’adhère à ma culture et j’en prends les positions. Parfois j’ai des doutes. Parfois je crois qu’il me faut renoncer à mes réponses habituelles car elles me semblent de moins en moins justifiées.

Or si chacun le fait à l’intérieur (de sa) de ses cultures, chacun peut être conduit à le faire en se référant aussi aux positions et aux oscillations d’un partenaire d’une autre culture. Et cela dans la mesure où c’est à une même problématique générale (par exemple, la communication) que se réfèrent les réponses culturelles plus ou moins différentes (par exemple, une communication plus explicite ou plus implicite).

Telle est la base fondamentale de toute relation interculturelle.

16. POUR L’ETHNOMÉTHODOLOGIE, LES ACTEURS FORMENT SANS CESSE LA CULTURE

Les ethnométhodologues se veulent plus proches des réalités courantes de la vie sociale que les sociologues. Pour eux, il faut faire un retour à l’expérience. Ils font l’hypothèse que les phénomènes quotidiens sont déformés si on les observe à travers “la grille de la description scientifique”. Ainsi, selon eux, les descriptions sociologiques considèrent trop l’acteur comme un être irrationnel dont elles ignorent les expériences pratiques. Pour les ethnométhodologues, les concepts de la sociologie, tels que normes, règles, structures, proviennent de ce que la sociologie présuppose l’existence d’un monde signifiant extérieur et indépendant des interactions sociales.

Ce qui compte pour l’ethnométhodologie ce sont “les accomplissements continus des acteurs” qu’il faut étudier, au lieu, comme la sociologie, de s’arranger pour trouver des explications conformes aux hypothèses préétablies, en particulier celle de “la constance de l’objet”. Au contraire, pour l’ethnométhodologie, l’accent est à mettre sur la constance des processus d’engendrement des conduites. Même l’apparente stabilité de l’organisation sociale est continuellement créée”. Dans un article devenu célèbre, Garfinkel et Sacks affirment que “les faits sociaux sont les accomplissements des membres”. La réalité sociale est constamment créée par les acteurs, elle n’est pas une donnée préexistante. C’est pourquoi, par exemple, l’ethnométhodologie porte tant d’attention à la façon dont les membres prennent leurs décisions.

Au lieu de faire l’hypothèse que les acteurs suivent des règles, l’ethnométhodologie cherche à mettre en évidence les méthodes par lesquelles ces acteurs “actualisent” les règles ou les inventent.

L’observation attentive et l’analyse des processus à l’oeuvre dans les actions permettent de montrer “les procédures par lesquelles les acteurs interprètent la réalité sociale et inventent la vie dans un bricolage permanent. Il est capital d’observer comment les acteurs produisent et traitent l’information dans les échanges et comment ils utilisent le langage comme une ressource; en bref comment ils fabriquent un monde “raisonnable” afin de pouvoir y vivre.”

*

Bibliographie


Bourguignon A., L’homme imprévu, Puf, Paris, 1989.

Demorgon J., Complexité des cultures et de l’interculturel, chapitre 1, Anthropos-Economica, Paris, 2000.

Garfinkel H., Recherches en ethnométhodologie. PUF, 2007.

Garfinkel H., Sacks H., 1970 : On formal Structures of Practical Action in J.C. McKinney et E.A. Tiryakian (eds) Theoretical Sociology : Perspectives   and Developments, N.Y., Appleton-Century-Crofts, p. 337-366.

Herder, Une autre philosophie de l’histoire, Aubier, Paris, 1992.

Piaget J., Introduction à l’épistémologie génétique, 3 vol. Puf, (1949), Logique et connaissance scientifique, La Pléiade, Gallimard, (1960).

Hommage à J. Piaget, Epistémologie génétique et équilibration, Delachaux & Niestlé, 1977

Polner M., 1974 : Sociological and Common Sense Models of the Labeling Process, in R. Turner (ed)- Ethnomethodology, Harmondsworth, Penguin Books, p. 27-40