GRANDE-BRETAGNE

Source : Les grandes orientations culturelles. Cours de formation à l’interculturel

I. Les problématiques

2. Mondialisations et mutations dans la pratique et la pensée des cultures

7e leçon : Cultures nationales. Trois grandes enquêtes sur leur existence

26. LE PROFIL DIFFÉRENTIEL DES GRANDS CHEFS D’ENTREPRISE EN FRANCE, ALLEMAGNE ET GRANDE-BRETAGNE.

M. Bauer et B. Bertin-Mourot ont effectué cette enquête au milieu de la décennie quatre-vingt. Quand ils ont présenté leurs résultats dans un ouvrage intitulé : “Les 200”, comment devient-on un grand patron ?” (12), ils ont du faire face à de vives critiques. Non sur la rigueur et le sérieux de l’enquête ! On a prétendu que ces résultats, justes, étaient maintenant déjà périmés.

B. Bertin-Mourot l’écrit: “ On nous a reproché d’avoir photographié un état de choses dépassé, voué à un bouleversement rapide par la mondialisation de l’économie et la modernisation des entreprises françaises”. Bauer et Bertin-Mourot, piqués au vif dans leur méthodologie empirique, vont décider de refaire l’étude moins de dix ans après, “désirant en avoir le coeur net”.

Ils présentent ces nouveaux résultats, en 1995, avec P. Thobois, dans un nouvel ouvrage : “ Les n°1 des 200 plus grandes entreprises, en France et en Grande-Bretagne ” (13).

Comme notre mise en évidence du long terme de la genèse culturelle pouvait le prévoir, les faits ne se sont pas modifiés en moins de dix ans. Bien loin de disparaître, les faits constatés, au milieu de la décennie quatre-vingt, se sont encore accentués au milieu de la décennie quatre-vingt-dix, comme si la culture française était plutôt dans une phase de renforcement, de crispation pourraient dire certains.

Les auteurs avaient opérationnalisé leur recherche, définissant des crédits ou des atouts pour devenir dirigeant d’une grande entreprise. En France, l’atout “État” est passé de 41 % à 47 %. L’atout “capital” de 28 % à 32%. L’atout “carrière” a encore régressé de 31 % à 21 %. C’est donc aujourd’hui près de 50 % des dirigeants des grandes entreprises qui, en France, sont “détectés dans le vivier de l’État, c’est-à-dire en général après un parcours “Grandes Écoles + Grands Corps de l’État”. Au contraire, le recrutement à partir de preuves faites tout au long d’une carrière effectuée dans l’entreprise privée est passée d’un pourcentage d’un peu moins d’un tiers à un pourcentage d’un cinquième seulement.

Les auteurs ont coopéré à l’ouvrage dirigé par E. Suleyman et H. Mendras (14) “Le recrutement des élites en Europe”. Ils ont comparé le recrutement des élites économiques, en France et en Allemagne. B. Bertin-Mourot souligne “ qu’en Allemagne, le système est très différent : les dirigeants font de véritables carrières à l’intérieur de l’entreprise avant d’arriver au sommet. Lorsqu’un grand patron allemand arrive en France et que l’on apprend qu’il a commencé comme mécanicien dans son entreprise, ça paraît tout à fait ahurissant à ses homologues français”. Sur le long terme des cultures, cela s’enracine en Allemagne dans la prégnance des cultures communautaires au cours du premier millénaire européen. Ces cultures communautaires entraînent toujours un esprit plus égalitaire. De plus, elles ne conduisent pas au mépris des activités économiques. Contrairement à la culture impériale et à la culture catholique dont les influences seront finalement repoussées par la Réforme.

En ce qui concerne la Grande-Bretagne, Bertin-Mourot ajoute: “c’est encore autre chose, une bonne partie des dirigeants sont des gens qui se sont faits reconnaître, non pas dans l’entreprise mais dans le monde de l’entreprise et des affaires en général”.

Pour notre part, nous pourrions montrer aussi la longue continuité culturelle britannique. L’aristocratie et la grande-bourgeoisie se sont associées et ont accordé le primat aux activités économiques sur toute autre activité, en particulier, militaire. Cette élite a fini par marginaliser la Royauté et a pu conquérir le pouvoir politique. Dès le milieu du XIXe siècle, la Grande-Bretagne est devenue la première des nations-marchandes (15).

*

Source : Les grandes orientations culturelles

II. Domaines et cultures

13e leçon : Cultures de l’économique

58. UNE GRANDE-BRETAGNE OÙ L’ÉCONOMIE DEVIENT POLITIQUE

Il n’y a pas de moment unique, de cause unique de ce passage de l’économique dominé à l’économique politiquement dominant. Plutôt une longue histoire de Venise, aux Pays-Bas et à la Grande-Bretagne, mais en genèse aussi, diversement dans les autres pays.

Limitons-nous pour l’instant à l’histoire de la Grande-Bretagne. A travers les stratégies de ceux qui vont devenir des acteurs économiques, va se constituer une culture de la liberté “aristocratique et marchande”. En fait, la genèse de la culture britannique va tourner autour de trois pôles : le courant culturel communautaire encore vivace dans le peuple, le courant culturel royal, le courant aristocratique qui va parvenir à développer un pouvoir économique lui donnant finalement le pouvoir politique. Ce sera la genèse de la Grande-Bretagne comme première nation-marchande achevée. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette évolution singulière. D’abord, l’insularité rend moins importante la fonction martiale de la noblesse anglaise et par là même moins nécessaire sa soumission au Roi. Rappelons qu’en Grande-Bretagne, consécutivement à la Grande Charte (1215) un Parlement, certes formé à l’origine de Barons féodaux, s’est peu à peu mis en place et s’est renforcé au point de pouvoir en 1327 suspendre le Roi. Par la suite, le Parlement se révélera même capable de lever sa propre armée pour s’opposer à l’armée royale.

Au plan extérieur, dès qu’elle sera libérée des guerres sur le continent, la noblesse anglaise sera peu prise par sa fonction guerrière. Elle sera sur ses terres et ainsi conduite à participer au développement agricole. Les aristocrates rachètent les terres de petits propriétaires en difficulté. Leurs grandes exploitations agricoles dégagent des surplus qui, commercialisés vont être à l’origine du capitalisme agricole britannique. La noblesse rencontre la grande bourgeoisie déjà engagée dans cette voie. Elles s’associent et sur la base d’une réussite économique conjointe, elles sont en mesure de résister à la puissance royale. Cette aristocratie britannique établit dès lors sa “distinction” davantage à partir de la qualité de ses moeurs c’est-à-dire de sa capacité de “self control”. La Cour du Roi adopte ces moeurs plutôt qu’elle n’a à les imposer.

Selon le politologue français Guy Hermet “la fonction répressive de l’État sera, elle aussi, minimisée par ce retrait militaire de l’Angleterre vis à vis du continent (du moins jusqu’aux guerres napoléoniennes) et par le caractère “relativement” paisible de la situation sociale à l’intérieur du pays”. Cela permettra donc l’essor de cette nouvelle élite économique intégrant noblesse et bourgeoisie ailleurs “antagonistes”. Elles aspirent, toutes deux, à se transformer en élite politique, pour assumer le pouvoir directement et mettre ainsi un terme aux prétentions du roi de s’appuyer sur le peuple et de réglementer le commerce et la manufacture.

L’historien, Michel Mourre, précise : “Alors que la noblesse des pays du continent continuait à constituer une caste séparée du reste de la population, l’aristocratie anglaise se mêle dès le 17 ème siècle, à la classe marchande. Elle a désormais des intérêts communs avec celle-ci et en outre elle-même ne répugne nullement aux activités lucratives”

Comme l’indique bien le théâtre de Shakespeare, l’histoire de la Grande-Bretagne fut très tourmentée. A diverses reprises, le roi s’appuya sur le peuple mais de façon insuffisante.

Finalement, à travers la longue aventure des enclosures dont nous parlerons dans la prochaine émission, la culture communautaire comme la culture royale sont subordonnées à la nouvelle culture économique. Quand la phase de monarchie absolutiste s’esquisse, elle est interrompue dès la dictature de Cromwell.

Même si les revirements ont été nombreux au cours de l’histoire, le contrôle devenu parlementaire de la royauté l’a finalement emporté permettant à ce pays une plus grande prise d’initiatives favorables au développement économique. A travers des circonstances géopolitiques plutôt favorables la Grande Bretagne parvint enfin à limiter la puissance de grands royaumes tels l’Espagne et la France et à intégrer en partie la concurrence nationale-marchande des Pays-Bas.

Sur la base des développements scientifiques et techniques, le capital d’abord agricole se développe sur les plans industriel et financier. L’industrie britannique se constitue par l’intermédiaire d’entreprises nombreuses et performantes. Les produits nouveaux trouvent des débouchés sur le continent. Cette révolution industrielle se produit donc pleinement pour la première fois en Grande-Bretagne, la transformant en une société nationale-marchande plus puissante.

L’aristocratie britannique saura réunir ces deux versants marchand et national. Elle y parviendra de façon à ce qu’ils produisent une synergie; au lieu de se porter tort. Cela s’est accompagné d’une culture de l’élitisme inégalitaire qui, à partir d’une réussite bien réelle est apparue justifiée et a constitué une “orientation” de la culture britannique.

*

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

div#stuning-header .dfd-stuning-header-bg-container {background-color: #383838;background-size: contain;background-position: top center;background-attachment: initial;background-repeat: initial;}#stuning-header div.page-title-inner {min-height: 250px;}