Leçon 9 : Multiculturel, Multiculturalisme et interculturel

Les grandes orientations culturelles
Cours de formation à l’interculturel

Encyclopédie sonore des Universités, Université de PARIS X - Nanterre

I. Les problématiques (suite et fin)
Mondialisations et mutations dans la pratique et la pensée des cultures

9e émission : Multiculturel, multiculturalisme et interculturel

On peut constater que les deux perspectives multiculturelle et interculturelle ont grandi ensemble de façon relativement désordonnée. Donnons-en quelques exemples. En 1987, un centre de recherches de l’OCDE mobilise une douzaine de chercheurs pour travailler sur “L’éducation multiculturelle”. En 1991, une autre douzaine de chercheurs publient “L’Europe interculturelle. Mythe ou réalité”. La même année, le Québécois Ouellet publie “L’éducation interculturelle”. Mais en 1997, A. Touraine consacre le chapitre de l’un de ses livres à “la société multiculturelle”. De leur côtés, F. Gauthey et D. Xardel ou M. Bosche, J. Pateau consacrent leurs travaux au “management interculturel”. Charles Taylor, autre Québécois propose une politique de la Reconnaissance et précise dans cette perspective un certain “multiculturalisme”. A sa suite, en France, Michel Wierviorka, Jean-Loup Amselle, Andrea Semprini, Geneviève Vermès consacrent eux aussi des ouvrages au “multiculturalisme”. Par contre, Martine Abdallah-Pretceille parle à plusieurs reprises, comme Ouellet, d’éducation interculturelle.

 

En fait, c’est cinq termes au moins qui sont ici ou là couramment employés: pluriculturel, multiculturel, interculturel, transculturel et multiculturalisme. Comme on va le voir tout au long de ce texte, il n’y a pas là qu’une simple difficulté terminologique mais commençons par là.

 

Le premier terme, pluriculturel, suffisait généralement au début du siècle. Avec la mondialisation des flux migratoires, l’emploi de multiculturel est devenu nécessaire. En apparence, l’un et l’autre ne font que diagnostiquer la coprésence d’une pluralité ou d’une multiplicité de cultures en un même lieu, en un même temps.

 

La notion d’interculturel apporte une idée supplémentaire: celle d’une interaction des cultures à travers contacts et échanges entre sociétés, groupes, personnes. Pour nombre de ceux qui l’emploient, le terme interculturel renvoie simplement au contact qu’établissent des personnes de cultures différentes. Cette limitation dans l’emploi du terme risque d’être responsable d’un leurre profond dont l’éducation interculturelle doit se saisir. Cet interculturel interpersonnel ou intergroupal est presque toujours constitué sur la base de bonnes intentions. Il s’agit le plus souvent d’une aide apportée aux personnes qui se trouvent en situation de relation à un milieu culturel différent du leur propre. On oublie – à ce moment-là – que ces cultures se sont déjà elles-mêmes engendrées interculturellement. Cela dans une auto-organisation antérieure et qui se poursuit en échappant largement aux volontés expresses des personnes, des groupes et des sociétés elles-mêmes.
Il faut au minimum distinguer interculturel auto-organisationnel et interculturel volontaire, intentionnel. Le premier est toujours d’abord déjà là et ne cesse de s’engendrer à partir de l’enchevêtrement des dynamiques pacifiques ou guerrières des humains. Ces dynamiques à l’oeuvre dans le macrocosme humain sont productrice d’interférences culturelles de toutes sortes constituant les identités complexes de sociétés, de groupes, de personnes qui ne reconnaissent plus ces apports. L’intérité est ce processus sans cesse recommencé dont les résultats sont vite oubliés pour ne pas dire déniés. A Paris, un restaurant turc photocopie régulièrement pour ceux qui le demandent un texte qui – après avoir souligné le patchwork culturel qui nous constitue – s’étonne : comment nous-même, tissé de tant d’apports étrangers pouvons-nous encore trouver l’autre étranger ? (cf. annexe 1 pour ce document brut). Le second interculturel mérite d’être dénommé intentionnel, volontaire. Il émane en effet des volontés expresses de personnes ou d’institutions microcosmiques. Celles-ci définissent des objectifs d’interculturalité précis tels qu’ajustements entre autochtones et immigrés ou entre membres d’une équipe internationale de travail en entreprise.

 

Les deux interculturels n’ont ni la même ampleur ni la même prégnance. L’un est la matrice toujours présente des bouleversements considérables de l’histoire humaine, l’autre se situe dans des îlots limités et momentanés mais devenus, aujourd’hui, plus nombreux, plus étendus, plus durables. Ce second interculturel volontaire peut être producteur d’actions heureuses et créateur de valeurs. Il peut même faire partie de la matrice de transformation de l’histoire humaine. si la conscience de sa portée limitée lui évite de se constituer de façon idéalisée en nouveau “salut” pour tous.

 

La notion de transculturalité est – quant à elle – écartelée entre deux sens. Est transculturel, ce qui transite d’une culture à l’autre. Mais, dès lors, est transculturel ce qui, ayant transité à travers une multiplicité de cultures, est désormais au-delà des cultures singulières. Une éducation transculturelle ne peut prétendre nous dispenser de traverser réellement des cultures sous le prétexte qu’elle-même saurait d’avance les transcender.

Si le multiculturel signifiait une certaine coexistence partiellement inégalitaire mais momentanément stabilisée des cultures, si l’interculturel signifiait des moments de contacts violents ou pacifiques, les deux notions seraient pensées comme clairement séparées et toutes deux nécessaires. Il ne faut pas s’y attendre. En effet, chacune de ces deux notions est en réalité constituée en stratégie de perception, de réflexion et d’analyse, pertinente dans sa zone culturelle.

 

C’est ainsi que la notion de multiculturalisme qui sort du domaine des faits pour se présenter comme solution culturelle existentielle, politique, fait davantage partie des cultures dont les acteurs ont été conduits à se situer en fonction de la présence d’autres différents sur le même territoire. Le rejet ou l’acceptation de la coexistence avec les autres est acquise on non selon des orientations culturelles antérieures ou selon l’appréciation de certains avantages compensant les inconvénients.

 

A une époque ancienne, si les notions de multiculturel et de multiculturalisme n’existaient pas, certaines réalités y correspondaient déjà. C’était par exemple le cas pour les cultures communautaires. de l’Europe nordique avant et après une ère chrétienne qui ne les concernait pas encore. On y trouvait un certain “multiculturalisme” de juxtaposition qui permettait de maintenir – à la fois à distance et ensemble – de petites entités sociétales tribales. Elles gardaient leur autonomie et leur diversité mais si un danger les menaçait, (les armées romaines, par exemple ou plus tard les envahisseurs mongols), elles pouvaient s’associer en “ligue” pour un temps.

 

Plus près de nous, la constitution des États-Unis nous fournit un autre exemple. Elle s’est faite à partir de groupes sociaux bien différenciés, par exemple religieusement mais, à un certain moment, unis pour s’approprier les territoires antérieurement occupés par les Indiens.

 

Parfois, une phase d’arrangement multiculturel plus large s’installe enfin après une période guerrière violente et destructrice au cours de laquelle c’est l’extermination des autres qui était recherchée ou en tout cas leur rejet au-delà d’un certain territoire. Les groupes sociaux hostiles parviennent à s’arranger provisoirement d’un certain partage territorial.

 

Une telle coexistence ambiguë demeure souvent fragile. Elle peut se maintenir pacifiquement si des intérêts économiques sont partagés et un équilibre démographique respecté. Par contre, quand les déséquilibres économiques et démographiques s’associent, la reprise des conflits reste toujours possible.

 

Ce fut le cas du Liban hier en guerre civile pendant quinze ans. Actuellement, les Balkans sont aux prises avec ce problème. La Yougoslavie puis la Serbie avec le Kosovo, la Macédoine avec les Albanais, en sont des exemples particulièrement significatifs.

 

Depuis plusieurs décennies Israéliens et Palestiniens vivent aussi ce problème. Ils cherchent à se séparer culturellement, politiquement,
territorialement. Et, en même temps, leurs territoires sont encastrés les uns dans les autres et nombre de Palestiniens travaillent quotidiennement en Israël.

 

On pourrait évoquer aussi le cas des Kurdes en Turquie, en Irak, en Iran. Parfois une stabilisation peut devenir durable comme à Chypre entre Grecs et Turcs. Les circonstances peuvent faire resurgir les anciens griefs ou, au contraire, améliorer la relation. Ainsi les Grecs se montrèrent soucieux des malheurs turcs après les tremblements de terre qui dévastèrent plusieurs sites en Turquie.

 

Dans d’autres cas, c’est un tiers – conquérant ou chef prestigieux – qui impose la paix en obligeant à respecter les cultures différentes. Ainsi la colonisation britannique en Inde se juxtaposa aux cultures elles-mêmes déjà très diversifiées de ce sous-continent. Autre exemple, après sa victoire dans la Seconde Guerre Mondiale, la Yougoslavie de Tito parvint à maintenir son unité pour encore une cinquantaine d’années.

 

Dans d’autres cas encore, le conquérant tolère des populations marginalisées pour les exploiter. On a là un multiculturalisme de ségrégation et non plus de juxtaposition pacifique ou de tolérance bienveillante. Toutefois, notons qu’en Afrique du Sud même, ce multiculturalisme d’apartheid, après des violences extrêmes, a connu sa conversion politique en une coexistence moins inégalitaire et plus pacifique.

 

Comme on le voit, les exemples de renversement de tendance existent. Il est donc inévitable que le multiculturalisme ait un visage ambigu. Souvent l’imposition d’une domination – à des populations qui ne la souhaitaient pas – a d’abord primé. Une fois victorieuse, cette imposition ne fut pas toujours exterminatrice, elle trouva parfois son avantage à coexister avec le reste des populations antérieures.

 

Ainsi le multiculturalisme a pu se retrouver exterminateur, ségrégationniste, puis se montrer indifférentiste et même conquérir une position morale en cherchant à promouvoir un différentialisme du respect des différences.

 

Tout cela existe et c’est donc époque par époque et lieu par lieu qu’il faut traiter ces questions. Au cas par cas donc et non en fonction d’une idéologie d’ensemble qui ne peut qu’être démentie par telle ou telle situation, aujourd’hui ou demain.

Chacune des notions est donc loin de porter en elle-même la clarté terminologique souhaitable. Chacune, de ce fait, engendre un certain nombre de leurres d’où la nécessité de poursuivre plus profondément leur étude critique. Par exemple en se demandant pourquoi dans certains pays on emploie préférentiellement telle notion plutôt que telle autre.

 

L’usage du terme pluriculturel est depuis longtemps privilégié aux États-Unis. Comme le souligne Guy Hermet, c’est dès 1915 que l’on y parle même déjà de pluriculturalisme.

 

La mondialisation des flux migratoires entraîne une correction de vocabulaire. Selon Nathan Glazer le terme multiculturalisme n’apparaît encore que dans quarante articles des grands journaux de la presse américaine au cours de l’année 1981. Par contre, en 1992, dans le même échantillon, l’auteur recense 2 000 occurrences du terme. Ce privilège accordé aux notions de multiculturel et de multiculturalisme dans la culture américaine conduit même un auteur français, Andréa Semprini à produire un ouvrage de vulgarisation sur le multiculturalisme en précisant d’entrée de jeu qu’il ne traitera que du cas des États-Unis.

 

D’une façon générale, plusieurs données historiques peuvent avoir entraîné dans certaines sociétés un choix conceptuel valorisant le pluriculturel puis le multiculturel. D’une part, les populations autochtones indiennes ont été refoulées. L’intérité du mélange a été refusée. Elle l’a été aussi en ce qui concerne les esclaves importés d’Afrique. Enfin, de même, les communautés blanches mais de culture et de religion différentes qui ont successivement peuplé les États-Unis, ont été, pour conserver leur identité, conduites à s’isoler dans des États ou des parties d’États. Il en résulta même une partition nord-sud et une menace concernant l’unité nationale qui entraîna la guerre de Sécession.

 

On pourrait d’ailleurs faire des remarques voisines en ce qui concerne la Grande-Bretagne et sa politique coloniale. Par exemple, la culture britannique en Inde se surajouta – évidemment en position de supériorité administrative – aux cultures déjà très diversifiées de ce sous-continent. Dans cette attitude britannique, aucune volonté de changer la situation multiculturelle de l’Inde.

 

Il serait intéressant de se référer ici au peuplement de la Grande-Bretagne lui-même historiquement très diversifié : Bretons, Angles, Saxons, Normands, Jutes, etc. Les événements actuels le soulignent : la question irlandaise, tragiquement, mais pacifiquement les autonomies écossaise et galloise. On a de fait une longue tradition historique – de la Grande-Bretagne aux États-Unis – pour laquelle le pluriculturel et le multiculturel correspondent à des réalités effectives.

 

Tout ce que nous venons de dire des racines culturelles des notions étudiées s’applique à la notion d’interculturel. Elle est tout autant tributaire des cultures historiques : de celles qui ont privilégié l’unification culturelle nationale. Ce sont des cultures qui pensent que leurs caractéristiques sont supérieures et bonnes aussi pour les autres. Dans cette perspective, elles manient souvent à la fois la contrainte et la séduction. On pense que les autres vont s’accommoder plus ou moins et parfois même de façon volontaire en raison de quelque intérêt. Cette situation fut particulièrement prégnante lors des aventures napoléoniennes hors de France.

 

La culture de l’interculturel accompagne les cultures qui se veulent égalitaires mais ne le sont, au mieux, que très partiellement et dans la ressemblance imposée ou fermement proposée. Ce qu’elles souhaitent, c’est trouver en l’autre un assimilé qui leur ressemble. Elles trouvent cela justifié puisque, nous l’avons dit, elles se pensent cultures supérieures que l’autre est censé désirer.

 

Ce fut le cas en France où les cultures différentes du sud n’eurent à choisir qu’entre la disparition et l’assimilation. Les protestants durent aussi passer d’une assimilation offerte à une exclusion imposée. La Révolution française réduisit les provinces à des départements français et tenta de recouvrir toutes les disparités sociales par l’institution unique de la citoyenneté. La même politique d’assimilation servit ensuite d’idéologie dans l’empire colonial français.

 

Nous constatons que les notions de multiculturel et de multiculturalisme d’une part – d’interculturel, d’autre part – ne sont pas séparables des cultures nationales en particulier coloniales dans lesquelles elles sont apparues. Aujourd’hui encore, elles sont employées dans divers buts d’idéologie et de justification quant au passé. Aujourd’hui encore, elles servent des stratégies de stabilisation multiculturelle ou d’assimilation interculturelle.

La querelle idéologique entre multiculturalisme et interculturel occulte ainsi nombre de données essentielles.

 

D’une part, nous venons de le voir, elle occulte les racines culturelles qui dans tel ou tel pays sont à la base de l’emploi préférentiel de l’une ou de l’autre notion. Pays ayant – au long de leur construction – misé davantage sur la diversité et l’inégalité (pays anglo-saxons) ou davantage sur l’unité et l’égalité (la France, par exemple).

 

D’autre part, cette polémique occulte encore le fait que la nécessité adaptative ne peut prétendre, sans dommage, choisir systématiquement une position en éliminant l’autre. Pourtant, on a souvent soutenu et on soutient encore que, sauf dans le cas où une culture est transformatrice d’une autre culture par violence, l’interculturel est impossible. On le démontre à partir d’une logique paradoxale. Elle souligne que c’est sur la base de son système culturel que chacun accueille la culture de l’autre. Dès lors, ce système culturel se réaménage semblable à lui-même en assimilant l’apport extérieur à lui. Dans ces conditions la situation multiculturelle serait en fin de compte toujours la seule vraiment réelle. Cette façon de voir les choses correspond à une part de vérité mais en manque une autre.

 

La théorie de l’adaptation de Piaget nous permet de comprendre que les situations interculturelles et multiculturelles relèvent toutes deux de la difficile régulation adaptative “fermeture/ouverture”. L’être doit se conserver bénéficiant ainsi de l’unité fondamentale qui le constitue biologiquement. A partir de là, il doit réguler sa relation aux environnements. Trop d’ouverture et c’est la submersion mais pas d’ouverture, c’est la sclérose. L’être doit aussi se renouveler car ses environnements changent. Ces deux nécessités vitales (fermeture et ouverture) ne peuvent disparaître. Mais le multiculturel et le multiculturalisme d’une part, l’interculturel d’autre part peuvent occuper toute la gamme des variations de la fermeture ou de l’ouverture. Cette gamme comporte toujours la possibilité d’un dévoiement vers des violences extrêmes ou la possibilité d’échanges et de travaux coopératifs et compétitifs (on dit parfois coopétitifs).

 

Ainsi le multiculturel qui part davantage de situations de fermeture peut toujours les entraîner vers la ségrégation réductrice voire destructrice de l’autre et de sa culture.

 

L’interculturel qui part davantage de situations d’ouverture peut glisser sur la pente de l’assimilation réductrice voire exterminatrice de l’autre, du moins culturellement.

 

Ainsi, dans le contexte des réalités changeantes, multiculturel, multiculturalisme et interculturel nous réfèrent à des faits incontestables. Les sociétés connaissent – dans l’espace et dans le temps – des éloignements et des séparations mais tout autant des proximités et des rencontres. Ce sont là deux modalités de la réalité avec leurs faits et leurs idéologies associées.

 

D’ailleurs nous l’avons souligné, il n’y a pas un unique multiculturel, un unique multiculturalisme et un unique interculturel. Ils sont eux-mêmes différents, positifs ou négatifs, en successivité ou simultanés voire mêlés.. Leurs oppositions et leurs compositions ne font que refléter les dynamiques issues de deux nécessités opposées : celle de pouvoir se retrouver comme soi (qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe, d’une organisation, d’une région, d’un pays), celle de pouvoir bénéficier des échanges avec les autres.

 

Cette régulation adaptative est requise, socialement et individuellement. Comme au coeur de chaque société, c’est au coeur de chacun que se trouve déjà l’opposition entre ouverture et fermeture. Elle a ainsi un aspect fonctionnel universel mais les expériences sélectionnées des uns et des autres dans les sociétés ont historiquement constitué des cultures faites d’un habitus plus ou moins ouvert ou fermé ici ou là. Même si ces cultures sont révisables, évolutives, elles sont déjà diversement orientées vers le multiculturel ou l’interculturel eux-mêmes nuancés plus pacifiques ou plus guerriers, plus coopératifs ou plus concurrentiels.

 

Les acteurs sont ainsi toujours partagés (dissociés) entre l’orientation préalable de leur culture et leur possibilité d’une autre régulation moins ou plus inventive. Les acteurs des autres cultures sont aussi dans cette position ouverte, incertaine. Cette situation est créatrice d’angoisse de chaque côté. Dès lors, il faut savoir si ce sont les uns ou les autres qui ne le supportant plus vont finalement décider de s’identifier à une position refermée.

 

Cette régulation adaptative entre fermeture et ouverture nous permet de comprendre que dans la réalité, multiculturel, multiculturalisme et interculturel se retrouvent diversement composés. La querelle des notions cache en fait l’incapacité d’une meilleure régulation en raison de choix trop sommairement opposés.

 

Au plan théorique comme au plan stratégique les deux positions demeurent des armes pour les cultures qui les ont produites et ne veulent pas en changer. En ce sens les deux notions fonctionnent aussi comme deux leurres. L’une et l’autre cachent que des dominations s’engendrent.

 

L’idéologie du multiculturel dit que chacun peut demeurer ce qu’il est sans dire à quel niveau de pouvoir.

 

L’idéologie de l’interculturel dit que nous pouvons devenir ensemble sans dire non plus qui devient plus que l’autre.

 

Ainsi, telle ou telle domination se met en place et cherche l’idéologie qui favorise son acceptation et son maintien.

 

Les deux positions, dans leur version idéologique, se présentent chacune comme la bonne solution à des problèmes de relations actuelles entre les acteurs de différentes cultures. Les pratiques et les symboliques multiculturelles et interculturelles continuent d’intervenir dans la genèse actuelle des cultures. Elles visent à orienter différemment l’avenir aujourd’hui en jeu à travers les luttes que mènent les acteurs pour avantager leurs cultures de pays, de groupes, de personnes. Elles fournissent des blasons idéologiques plus différentialistes ou plus universalistes à des cultures de toute façon dominatrices. Dans l’avenir, cela se poursuivra en dépit des efforts faits ici pour montrer que ces deux notions sont à considérer moins comme des solutions opposées de nos difficultés que comme des moments diversement orientés de nos relations et de nos adaptations culturelles toujours à réguler.

*

Pour montrer que la réalité de l’interculturel est une donnée qui fait aujourd’hui partie intégrante d’une certaine conscience populaire, nous proposons pour terminer un document brut. Il s’agit d’un texte régulièrement photocopié par un restaurant turc parisien du onzième arrondissement de Paris, texte anonyme dont nous n’avons pas été en mesure d’établir l’origine véritable.

 

Ton Christ est juif.

Ta voiture est japonaise.

Ta pizza est italienne

et ton couscous algérien.

Ta démocratie est grecque.

Ton café est brésilien.

Ta montre est suisse.

Ta chemise est indienne.

Ta radio est coréenne.

Tes vacances sont turques,

tunisiennes ou marocaines.

Tes chiffres sont arabes.

Ton écriture est latine,

et.. tu reproches à ton voisin

d’être un étranger.

*

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